Fort dans les sondages, le PC n'a pas de machine politique au Québec

Ottawa — Les jours de Pierre Coulombe à titre d'organisateur en chef du Parti conservateur au Québec sont comptés. Selon les informations obtenues par Le Devoir de différentes sources conservatrices dans la province, l'état-major du parti à Ottawa est à la recherche d'un remplaçant.

Sur la corde raide depuis plusieurs mois en raison d'une insatisfaction grandissante sur le terrain, Pierre Coulombe devrait perdre son poste d'organisateur en chef dau cours des prochains jours. L'objectif dans les hautes sphères du Parti conservateur consiste à nommer un nouvel organisateur avant Noël, question de laisser le temps à cette personne de s'installer dans ses nouvelles fonctions avant une éventuelle campagne électorale au printemps.

«On est rendus à une autre étape au Québec, ça nous prend quelqu'un de plus fort. Pierre Coulombe a fait du bon travail, mais ça nous en prend plus pour continuer à grandir et atteindre nos objectifs. On cherche donc à le remplacer le plus vite possible», a soutenu au Devoir une source bien au fait des changements à venir au sein du PC au Québec.

Ce ne sont pas les dernières élections partielles au Québec qui ont fait pencher la balance puisque, au sein de la direction du Parti conservateur, on juge qu'elles se sont bien déroulées. «Le problème, ce n'est pas les cinq semaines des élections partielles, ce sont les cinq mois avant», a soutenu une source conservatrice.

Il n'empêche que plusieurs sources dans la province affirment que le PC aurait dû remporter la circonscription de Saint-Hyacinthe, perdue par moins de 2000 voix aux mains du Bloc québécois. Bernard Barré pourrait d'ailleurs avoir une nouvelle chance lors du prochain scrutin, a-t-on appris.

Au sein du PC, on reproche à Pierre Coulombe de ne pas avoir su mettre sur pied une véritable machine politique au Québec. Même si les intentions de vote grimpent, la plupart des comtés n'ont aucune liste de bénévoles et disposent de peu de moyens logistiques et financiers. Le pointage des sympathisants est déficient dans plusieurs régions. Ces faiblesses auraient d'ailleurs coûté la victoire dans Saint-Hyacinthe alors que, dans le comté de Roberval, le PC a pu profiter des militants sympathiques à Denis Lebel, maire de la ville de Roberval, ce qui a compensé.

«À la prochaine campagne, il faudra se fier entièrement à Stephen Harper et aux instances nationales pour espérer gagner. Il ne faut rien attendre du terrain au Québec», a soutenu une source conservatrice qui a travaillé pour le parti lors des dernières élections générales, en 2006. «Ça fait un an et demi qu'il y a de l'insatisfaction à l'endroit de Pierre Coulombe», a ajouté cette source.

Un autre militant conservateur bien placé a toutefois soutenu que les instances nationales du PC n'ont jamais accordé le financement nécessaire au Québec pour bien développer le terrain. «Ils sont riches comme Crésus mais cheap comme ça se peut pas!», a dit une source.

Les organisateurs régionaux devraient rester en poste, selon nos informations. Quant à lui, Pierre Coulombe est toujours à Montréal à titre d'organisateur en chef. «Mais il se doute que son départ approche», a dit une source. M. Coulombe n'a pas rappelé Le Devoir hier pour commenter. À Ottawa, le porte-parole du PC, Ryan Sparrow, a soutenu qu'il s'agit de «rumeurs» et qu'il ne voulait pas commenter au sujet de l'organisation du parti.

À qui la place?

Même si Pierre Coulombe est toujours en poste, les hautes instances du PC à Ottawa se sont lancées à la recherche d'un successeur, a-t-on appris. Des coups de téléphone ont été faits, des CV recueillis.

Le choix du nouvel organisateur en chef au Québec n'est pas encore arrêté, mais quelques noms circulent. En tête de liste figure Gisèle Morgan, une femme étroitement associée à l'ère Mulroney dans la province mais qui a aussi des liens avec les libéraux de Jean Charest. Elle serait la candidate appuyée par le ministre Lawrence Cannon, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec et ancien ministre du PLQ.

Mme Morgan a été vice-présidente du Parti conservateur au milieu des années 80 et organisatrice de haut niveau au Québec au début des années 90. En 2000, elle a tourné le dos aux progressistes-conservateurs pour se joindre à l'équipe de Stockwell Day au sein de l'Alliance canadienne. Elle a fait partie de son comité stratégique au Québec lors des élections générales la même année. Son mari, Keith Morgan, et son fils, Rick Morgan, sont aussi bien en vue au sein du mouvement conservateur et parmi les bleus de l'ère Mulroney.

Certains reprochent toutefois à Mme Morgan ses liens très étroits avec l'ADQ de Mario Dumont, ce qui pourrait peser lourd dans la balance puisque les militants et les organisateurs conservateurs au Québec sont divisés en deux clans bien tranchés: les sympathisants du PLQ d'un côté et les supporters de l'ADQ de l'autre. Il n'a pas été possible de joindre Mme Morgan hier.

Parmi les autres noms qui circulent comme remplaçants éventuels de Pierre Coulombe figure celui de Jean-Maurice Duplessis, qui a travaillé à la fois au sein de l'organisation de Mario Dumont lors de la campagne électorale de 2003 et pour celle de Stephen Harper en 2006.

Le nom de Bernard Côté, responsable des dossiers de Montréal au bureau du ministre-sénateur Michael Fortier, revient aussi dans les conversations, tout comme celui de Ghislain Maltais. Celui-ci a été député du Parti libéral du Québec au Saguenay entre 1983 et 1994. Depuis 2006, il est président du conseil d'administration du Forum francophone des affaires.

Selon nos sources, le PC jongle avec l'idée de créer une structure à deux têtes avec un organisateur pour le sud du Québec et un autre pour le nord et l'est. Gisèle Morgan pourrait ainsi prendre le sud alors que Ghislain Maltais serait responsable du nord et de l'est de la province. Mais rien n'est encore arrêté en ce qui concerne la succession de Pierre Coulombe.
2 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 novembre 2007 04 h 44

    À qui la faute ?

    Le problème du parti Conservateur est plus relié à son penchant pour la guerre en Afghanistan et à ses politiques en environnement qu'à son organisateur en chef, probablement. La pollution et les morts, c'est pas trop fort.

    Pour avoir une liste de bénévoles, ça prend des membres et pour avoir des membres, ça prend des politiques qui attirent. L'organisation du parti en est alors facilitée.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 novembre 2007 04 h 55

    Fort par défaut

    J'oubliais, le PC est fort dans les sondages seulement à cause de la faiblesse des Libéraux canadiens et de son chef, pour le Bloc, à cause de la longueur que prend la souveraineté à évoluer et pour le NPD, le Québécois moyen le trouve un peu trop à gauche à son goût.

    Ça paraît bien dans les sondages mais ce l'est un peu moins sur le terrain.