L'affaire Jennifer Carroll - Ottawa menace de couper les vivres à Natation Canada

Ottawa - Le gouvernement fédéral menace de suspendre le financement de Natation Canada si cette dernière ne prend aucune mesure disciplinaire contre l'entraîneur qui a traité d'égoïste la nageuse Jennifer Carroll pour avoir brandi un drapeau du Québec aux Jeux du Commonwealth.

Les mesures disciplinaires réclamées par Ottawa pourraient aller jusqu'au congédiement de Dave Johnson, a indiqué le secrétaire d'État au Sport amateur, Paul De Villers. La retenue de sommes n'est pas la solution privilégiée puisque cela nuirait aux athlètes, nuance-t-on. Sport amateur verse 1,78 million par année à Natation Canada.

Natation Canada a répliqué par voie de communiqué qu'elle reconnaît que les propos tenus par l'entraîneur Dave Johnson étaient «inappropriés et blessants». Elle a annoncé qu'un comité disciplinaire indépendant composé d'athlètes et de représentants de Sports Canada serait formé «immédiatement dans le but d'effectuer une enquête approfondie». Ses recommandations seront rendues publiques dans les 60 jours.

Natation Canada a offert ses excuses à la nageuse de même qu'à la population et aux élus. M. De Villers avait qualifié l'attitude de l'entraîneur de «non professionnelle» et d'«inacceptable».

«Un entraîneur qui commente incessamment ses athlètes dans les médias doit être assujetti à des mesures disciplinaires sévères. Mon rôle n'est pas de gérer Natation Canada, mais c'est certainement mon rôle de m'assurer que les fonds publics versés aux organisations sportives nationales sont utilisés d'une façon qui respecte les droits de nos athlètes», a dit M. De Villers hier.

L'entraîneur en remet

L'affaire a été soulevée mercredi à la Chambre des communes, mais les ministres ont expliqué qu'ils agissaient maintenant parce que l'entraîneur en avait remis au cours d'une entrevue accordée au Journal de Montréal. À une question portant sur son traitement des athlètes québécois, M. Johnson a répondu qu'il y avait «de leur part une tendance aux réactions excessives et à aller se plaindre dans les médias». Il a ajouté qu'il avait pris des décisions similaires à l'endroit d'anglophones mais qu'il ne les avait «pas vus aller se plaindre d'un traitement injuste de [sa] part».

«C'est de voir dans les médias de ce matin un entraîneur qui groupait ses athlètes, en disant que c'est toujours eux qui vont voir les médias, qui jouent la carte politique. C'est là que je trouve qu'il va beaucoup trop loin», a dit M. De Villers.

La nageuse québécoise Jennifer Carroll, gagnante de la médaille d'argent pour le 50 mètres dos lors des Jeux du Commonwealth en août dernier à Manchester, a brandi un fleurdelisé une fois sur le podium. À la demande des Jeux du Commonwealth, Natation Canada a dû prendre des mesures disciplinaires. L'entraîneur Dave Johnson avait écrit que le geste de Mme Carroll était «égoïste, irrespectueux» et avait «rendu malade» l'équipe. Il demandait sa suspension pendant six mois, mais Natation Canada a plutôt demandé qu'elle s'excuse par écrit.

Depuis, la nageuse a perdu son brevet accompagné d'une bourse de 13 000 $, mais c'est parce qu'elle ne s'est pas présentée à un nombre suffisant d'épreuves pendant l'année.

Sports Canada avait déjà émis de nouvelles directives jeudi pour que les athlètes amateurs ne soient plus interdits de brandir des drapeaux de leur province par leur association à moins que les règles de la compétition à laquelle ils participent le stipulent, comme c'était le cas cet été à Manchester.