L'opposition s'inquiète de l'emploi de mercenaires par le Canada

Ottawa — Les partis d'opposition aux Communes ont sommé hier le gouvernement Harper de rendre public le contrat qui lie Ottawa à la controversée firme de sécurité britannique Saladin, qui protège l'ambassade canadienne à Kaboul. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a refusé, ajoutant toutefois que cette firme ne pratique pas d'activités militaires au nom du Canada.

Les révélations du Devoir hier sur les contrats conclus entre le gouvernement fédéral et les firmes de sécurité au passé trouble Saladin et Blackwater ont fait passablement de bruit sur la colline parlementaire. Tous les partis d'opposition ont apostrophé le gouvernement lors de la période de questions, alors que les trois chefs ont jugé la situation «inquiétante».

Dans une lettre publiée aujourd'hui dans nos pages, l'ambassadeur du Canada en Afghanistan, Arif Lalani, soutient que la firme Saladin, engagée en 2006, «fournit un périmètre de sécurité et sert de premier point de contact pour le contrôle de sécurité des visiteurs. Toutefois, cette entreprise ne fournit pas de services de garde rapprochée», peut-on lire.

Même si les partis d'opposition réclament plus de transparence sur les règles que doivent suivre les employés lourdement armés de Saladin et la responsabilité qui leur incombe en cas de bavure, l'ambassadeur Lalani estime que cette discrétion est justifiée. «Par souci de protéger notre personnel, nous ne pouvons divulguer de renseignements relatifs à la sécurité opérationnelle de l'ambassade», écrit-il.

L'entreprise Saladin est la nouvelle mouture de la firme britannique KMS, fondée en 1975. La société a été impliquée dans plusieurs opérations clandestines au fil du temps. Elle a travaillé avec la CIA et les services secrets britanniques en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Son site Internet mentionne qu'elle pratique des activités paramilitaires de tous genres pour plusieurs clients. Cette firme a touché près de 500 000 $ du gouvernement canadien jusqu'à présent.

Hier encore, il n'a pas été possible de savoir auprès du ministère des Affaires étrangères si Saladin avait déjà fait des prisonniers en Afghanistan, si elle avait déjà tué ou blessé des gens ou encore combien de gardes elle emploie à l'ambassade canadienne.

Rien d'anormal, dit Harper

Interrogé par le chef du Bloc québécois, le premier ministre a soutenu qu'il n'y avait rien d'anormal dans l'octroi de ce type d'entente. «Ce sont des services exécutés par des gardes de sécurité. Ces gens ne font pas des activités militaires», a dit Stephen Harper.

Mais pour Gilles Duceppe, ce n'est pas suffisant. «Le premier ministre ne cesse de se faire l'apôtre de la transparence et, pourtant, le plus grand secret entoure l'embauche de ces firmes privées de sécurité. Quel est le statut international de ces mercenaires? Envers qui sont-ils imputables?», a lancé le chef du Bloc, qui demande également au gouvernement d'éclaircir le passé des hommes qui entourent l'ambassade canadienne. «Ont-ils été impliqués dans des guerres civiles ou la protection de dictateurs?»

Le député libéral et critique en matière de défense, Denis Coderre, estime que la réponse du gouvernement est trop floue. «Le gouvernement doit être transparent et arrêter de prendre cette question à la légère. Il doit déposer en Chambre le contrat signé avec Saladin. Il faut voir leurs règles d'engagement», a-t-il dit. Le chef du NPD, Jack Layton, allait dans le même sens hier. «On pourrait avoir les mêmes problèmes [qu'avec la firme] Blackwater en Irak. C'est très inquiétant.»

D'ailleurs, Denis Coderre demande au gouvernement de justifier «la pertinence» de ces contrats accordés à la firme Blackwater, qui a formé aux États-Unis des soldats canadiens qui sont actuellement en Afghanistan. Depuis deux ans, Ottawa a accordé pour 1,3 million de dollars de contrats de formation à cette entreprise.
1 commentaire
  • Élisabeth Papineau - Abonnée 25 octobre 2007 11 h 04

    Les mercenaires et la loi

    Je crois qu'il est interdit à un citoyen canadien de se porter mercenaire à l'étranger.
    Or de nombreux canadiens sont mercenaires, souvent dans des armées nationales étrangères comme en Israel. Combien aussi dans des armées privées?
    Ici le Canada fait appel à des mercenaires étrangers à l'encontre des principes de ses lois.