Élections partielles fédérales - Le Bloc résiste

Tous les moyens de locomotion sont bons quand vient le temps d’aller voter. Au volant de son véhicule tout-terrain muni de chenilles, Christian Jobidon, de Saint-Gabriel-de-Brandon, s’est rendu hier dans un bureau de vote de Berthier-Moncalm, l’un
Photo: Jacques Nadeau Tous les moyens de locomotion sont bons quand vient le temps d’aller voter. Au volant de son véhicule tout-terrain muni de chenilles, Christian Jobidon, de Saint-Gabriel-de-Brandon, s’est rendu hier dans un bureau de vote de Berthier-Moncalm, l’un

La lutte aura été serrée, mais le Bloc québécois a réussi à conserver ses deux châteaux forts. Le parti de Gilles Duceppe a ainsi remporté les deux élections partielles hier soir, retenant les circonscriptions de Lac-Saint-Jean-Saguenay et Berthier-Montcalm dans son giron.

Dans Lac-Saint-Jean-Saguenay, le candidat bloquiste Stéphane Gagnon a remporté avec 48,1 % des voix contre 41 % pour son adversaire libéral, soit une différence de 1312 votes. Le taux de participation n'a été que de 35 %.

Dans Berthier-Montcalm, le bloquiste Roger Gaudet a franchi le fil d'arrivée avec 50,1 % des voix contre 42,4 % pour son adversaire libéral, soit une marge de 2092 votes.

À Ottawa, MM. Gagnon et Gaudet remplaceront Stéphan Tremblay et Michel Bellehumeur, les deux députés bloquistes démissionnaires qui ont tenté leur chance sur la scène provinciale.

Contre toute attente, le Bloc québécois a donc réussi à garder ses deux circonscriptions, conservant la majorité des sièges du Québec à la Chambre des communes. Le parti en a maintenant 37 contre 35 pour le Parti libéral. La balance des sièges québécois est détenue par le conservateur André Bachand et les indépendants Ghislain Lebel (ex-bloquiste) et Jean Carignan (ex-libéral).

Dans Lac-Saint-Jean-Saguenay, la circonscription du fondateur Lucien Bouchard, les organisateurs bloquistes s'étaient entre-déchirés à la suite d'irrégularités dans le choix de leur candidat. L'assemblée d'investiture avait dû être reprise. Sébastien Gagnon avait été confirmé vainqueur, mais certains organisateurs de son opposant ne se sont pas ralliés, certains allant jusqu'à travailler pour le libéral Gilbert Tremblay. De manière générale, certains militants commençaient à remettre en question la pertinence d'envoyer des souverainistes dans l'arène fédérale.

Quant à la circonscription de Berthier-Montcalm, elle recoupe deux circonscriptions provinciales que le Parti québécois a perdues au profit de l'Action démocratique du Québec lors de l'élection partielle en juin dernier. D'aucuns croyaient que les électeurs réserveraient le même sort à l'homologue fédéral. Cela n'aura pas été le cas.

«La population de Berthier-Montcalm envoie deux messages clairs: le Bloc québécois est plus que jamais utile pour la défense des intérêts du Québec et promouvoir la souveraineté du Québec», a lancé Roger Gaudet dans son discours de victoire hier soir.

Le Bloc québécois l'emporte quand même sans éclat. Habitué à des majorités de plus de 14 000 voix, les résultats d'hier témoignent d'une remontée de la popularité libérale dans ces bastions traditionnellement «bleus». Gilbert Tremblay, dans Lac-Saint-Jean-Saguenay, a d'ailleurs parlé de «victoire morale». «Il y a un vent de changement», a-t-il dit au Devoir hier soir. «Ils avaient 14 000 voix d'avance, ils n'en ont plus que 1200. C'est plutôt inquiétant pour le Bloc québécois.» À la dernière élection générale, en 2000, le candidat libéral était arrivé deuxième avec à peine 23 % des voix.

Même discours de la part de son collègue Richard Giroux. «Tranquillement, cette idée de conciliation, d'entente, de travailler ensemble entre le fédéral et le provincial est en train de faire son chemin.»

Les candidats libéraux dans les deux circonscriptions misaient sur la venue de Paul Martin à la tête du Parti libéral pour promettre un renouveau. Dans les deux cas, on faisait valoir que M. Martin serait plus ouvert aux revendications du Québec et plus flexible dans ses relations intergouvernementales. Les deux disaient vouloir «sauter dans le train» pour aller chercher leur «dû» à Ottawa. Le candidat libéral de Berthier-Montcalm s'affichait d'ailleurs comme un candidat de «deuxième génération», c'est-à-dire un fédéraliste plus ou moins fervent, un «bleu-rouge» qui ne se gênerait pas pour brandir son drapeau du Québec le 24 juin.

Le lieutenant politique du Québec pour le Parti libéral, le ministre Martin Cauchon, a quand même parlé de «belle victoire» pour son parti hier soir. Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, ne commentera les résultats que ce matin.

Quant au Parti progressiste-conservateur et l'Alliance canadienne, ils sont arrivés très loin derrière dans les deux circonscriptions. Dans Lac-Saint-Jean-Saguenay, le candidat PC est arrivé cinquième, avec à peine 433 voix, et l'allianciste, sixième, avec 288 voix. C'est Gilles Lavoie, qui a fondé le nouveau Parti alternative nationale du Canada, qui est arrivé en troisième place (avec 539 votes), et l'indépendant Richard Harvey ensuite.

Le scénario est similaire dans Berthier-Montcalm où le Nouveau parti démocratique a raflé la troisième place, laissant au Parti progressiste-conservateur, puis l'Alliance canadienne, le soin de fermer la marche. En 1997 pourtant, le candidat conservateur (Réal Naud, le même qui défendait cette fois les couleurs alliancistes) était arrivé troisième avec 21 %. Avant d'élire des bloquistes, la circonscription de Berthier-Montcalm s'était donné un ministre conservateur avec Robert de Cotret.