Poursuite contre la GRC - Herb Gray ne se reconnaît aucune responsabilité

L'ex-Solliciteur général, Herb Gray, rejette toute responsabilité au regard du traitement inhumain infligé à Alain Olivier, qui a passé huit ans dans les prisons thaïlandaises après avoir été ciblé — à tort — comme un trafiquant de drogue d'envergure internationale par la Gendarmerie royale du Canada.

M. Gray est le dernier témoin convoquépar Alain Olivier et ses avocats, dans la poursuite de 47,5 millions de dollars qu'ils ont intentée contre le Substitut du procureur général du Canada et sept policiers de la GRC de la Colombie-Britannique.

À titre de Solliciteur général, Herb Gray était en quelque sorte le patron politique de la GRC de 1993 à 1997. Il a assuré hier lors de son témoignage qu'il avait agi dans les meilleurs intérêts d'Alain Olivier. Pourtant, M. Gray n'a rien fait de tangible pour l'aider à regagner le Canada avant 1997.

Alain Olivier a été arrêté à Bangkok, en février 1989, à la suite d'une opération de la GRC visant à le piéger pour trafic d'héroïne. Il a été condamné à la peine de mort, une sentence commuée en peine de prison à vie après coup. De sa cellule, M. Olivier a écrit à trois reprises au Solliciteur général pour lui demander son aide.

C'est finalement en mars 1997 que M. Gray a signé une lettre recommandant le rapatriement d'Alain Olivier au Canada. La lettre faisait état des 11 antécédents judiciaires de M. Olivier, une fausseté totale véhiculée à son sujet depuis 1987. Au tout début de leur enquête, les policiers de la GRC ont confondu en effet M. Olivier avec son frère jumeau (un criminel notoire).

Simple «accro» à l'héroïne au moment des faits, Alain Olivier se dit victime de «provocation policière». Jamais il n'a revêtu l'étoffe du grand caïd aux contacts mondiaux. Pire, les policiers le savaient, mais ils ont néanmoins poursuivi leur enquête au sujet de M. Olivier, parce qu'il parlait le langage des trafiquants, comme le démontre la preuve faite à ce jour.

La Commission des plaintes du public contre la GRC a blâmé la police fédérale pour sa conduite dans le dossier d'Olivier. Les enquêteurs ont en effet piégé un citoyen canadien outre-mer et ils l'ont abandonné à son sort dans un pays qui appliquait la peine de mort.

M. Gray n'a cependant pas cru bon d'ordonner la tenue d'une enquête publique sur l'affaire Olivier. Il a d'abord indiqué dans son témoignage qu'il n'avait pas le pouvoir de le faire. L'avocat de M. Olivier, François Audet, a donc confronté le témoin avec la Loi sur la GRC. Le texte confirme que le Solliciteur général peut effectivement constituer une commission sur toute question concernant un membre de la GRC, l'efficacité et la bonne administration de la police fédérale. «On m'a conseillé que ce n'était pas approprié de le faire», a répondu alors M. Gray. Dans le dossier d'Alain Olivier, le Solliciteur général prenait finalement ses directives de son sous-ministre, Pierre Fournier.