Banal séjour au chalet?

Le premier ministre Jean Chrétien a défendu son ministre des Travaux publics, Don Boudria, qui a séjourné au chalet du président du Groupe Everest, une des compagnies clientes de son ministère, faisant valoir qu'il n'y a pas de conflit d'intérêts parce que le séjour a été payé.

«Moi, je trouve qu'on a droit de recevoir de l'hospitalité, mais lui a payé pour être là», a dit M. Chrétien à la sortie du cabinet. «Il n'a rien reçu de bénéfice: il a payé.» «Il n'a même pas vu la personne» pendant son séjour, a-t-il continué en faisant référence au président du Groupe Everest, Claude Boulay. «Il a occupé la maison et payé 400 $ par soir. Je ne vois pas une grande faute là-dedans. S'il n'avait pas payé, ç'aurait été autre chose, mais il a payé. Que voulez-vous, j'ai le droit d'aller chez des gens qui font affaire avec le gouvernement. Il y a des gens, je n'y vais pas souvent, qui peuvent me payer un lunch.»


M. Boudria, qui avait à se défendre pour la première fois de ces allégations à la Chambre des communes, a indiqué qu'il ne recommencera pas. «Il n'y a rien d'illégal ni autrement qui a été fait. Si vous me demandez si je le referais encore, la réponse est: bien sûr que non», a-t-il dit.


M. Boudria, son épouse, leurs deux enfants et les conjoints de ceux-ci ont passé deux jours pendant le week-end du 16 mars, soit après sa nomination aux Travaux publics, dans le chalet des Cantons-de-l'Est de Claude Boulay, président du Groupe Everest. C'est le fils de M. Boudria, Daniel, qui aurait pris les arrangements pour cette escapade.


Son épouse, Paule Charbonneau, a signé le chèque de 800 $ remis à Diane Deslauriers, l'épouse de Claude Boulay, qui l'a ensuite donné à l'église de Saint-Henri.


La paroisse a remis une photocopie du recto du chèque, mais le Bloc québécois veut maintenant voir le verso. «On veut savoir qui l'a encaissé et quand, a expliqué Gilles Duceppe. Supposons qu'il n'y aurait pas eu de chèque du tout et qu'une fois les révélations faites, on ait fait un chèque la semaine passée, encaissé le 18 mars: ce serait intéressant de le savoir.»


Le prêtre de la paroisse est en retraite pour la semaine et n'a pas rappelé Le Devoir. M. Boudria a lui-même indiqué qu'il ne savait pas si l'argent était sorti du compte de banque de son fils.


Le Groupe Everest et ses filiales ont touché 13,5 millions de dollars en commissions diverses pour avoir été parmi les gestionnaires du programme de commandites d'Ottawa, programme qui relève de M. Boudria.