Programme de contrôle des armes à feu - Rock doit démissionner, dit un député libéral

Ottawa - Les députés libéraux fédéraux veulent connaître et punir les responsables du fouillis dans le programme d'enregistrement des armes à feu. Mais peu importe leur indignation, le gouvernement leur demande encore aujourd'hui de voter pour accorder encore plus d'argent au programme.

Gênés par le gouffre financier qu'est devenu le programme d'enregistrement des armes à feu, les députés libéraux demandent maintenant des comptes, un d'entre eux allant jusqu'à exiger la tête du ministre Allan Rock, instigateur du programme lorsqu'il était ministre de la Justice.

Ces appels surviennent alors que le Parlement s'apprête à adopter, aujourd'hui, l'attribution de 72 millions de dollars au programme, une somme qui, selon le ministre de la Justice, Martin Cauchon, était comprise dans les 113 millions annoncés dans le budget principal des dépenses pour 2002-03.

Ce serait une première car, par le passé, le budget supplémentaire des dépenses servait plutôt à couvrir des hausses inattendues de dépenses. Et pour le programme des armes à feu, on s'en est allègrement servi, ce qu'a vertement dénoncé la vérificatrice générale Sheila Fraser dans son rapport dévastateur de mardi dernier.

C'est en agissant ainsi que le gouvernement a pu faire adopter des sommes supplémentaires sans provoquer trop de débats. On estime que le programme aura coûté, à la fin de l'année financière en cours, environ 810 millions et qu'il atteindra le seuil du milliard en 2004-05. Et encore, Mme Fraser n'a pas pu tout examiner. On affirmait pourtant, en 1995, qu'il n'en coûterait que deux millions au trésor public, 117 des 119 millions prévus devant être récupérés grâce aux frais d'enregistrement.

Or l'essentiel des millions exigés a été autorisé au moyen de budgets supplémentaires, une méthode qui évite l'examen attentif du Parlement. «Je trouve épouvantables les coûts, la croissance des coûts, et je trouve encore inexcusable le fait que personne au Parlement n'ait été informé», a déclaré Mme Fraser.

Ministre de la Justice depuis janvier, M. Cauchon estime avoir mis carte sur table en mars dernier et n'envisage donc pas de geler les fonds qui seront bel et bien votés cet après-midi.

Comme il s'agit d'une mesure budgétaire, ce sera un vote de confiance et les libéraux devront l'appuyer peu importe leur embarras et leur colère. Le plus sévère, hier, était Benoît Serré, un député du nord de l'Ontario qui dénonçait le programme d'enregistrement des armes à feu dès 1995 et qui prédisait qu'il coûterait une fortune en plus d'être inefficace. Il demandait hier la tête d'Allan Rock, le ministre de la Justice à l'époque.

«C'est un gros fiasco. On ne peut pas défendre l'indéfendable et c'est pour ça que je demande la démission de M. Rock», a-t-il déclaré avant d'assister à la réunion du caucus libéral.

Son collègue Paul Szabo ne nommait personne mais disait pour sa part que les responsables, quels qu'ils soient, devraient en payer le prix. Joe Comuzzi souhaitait une suspension du programme, le temps pour le caucus de faire enquête et d'identifier les responsables.

Le ministre Cauchon a refusé de blâmer ses prédécesseurs, disant même appuyer le travail fait par M. Rock. «Tout ça est un travail d'équipe. Dans le système parlementaire actuel, c'est le ministre qui est imputable. Je suis le ministre de la Justice et c'est moi qui est imputable pour tout le programme.»

Il dit être préoccupé et vouloir régler les problèmes soulevés, mais ces derniers s'expliquent, selon lui. La nouveauté du programme, sa complexité, ses exigences technologiques et le refus de collaborer de certaines provinces ont contribué, à son avis, à faire augmenter les coûts.

Dans l'entourage d'Allan Rock, on attribuait les flèches lancées contre le ministre de l'Industrie à la guerre intestine qui a cours pour le leadership du Parti libéral et à des opposants de toujours de l'enregistrement des armes à feu.

D'ailleurs, même si les députés souhaitent faire la lumière et le ménage, la plupart ne seraient pas d'accord avec une suspension ou une remise en question du programme.

«Je vois le résultat et je dis comme tout le monde que c'est effectivement lamentable, [mais] il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain», de dire la députée Liza Frulla.