Martin pose ses conditions à la mise en oeuvre du protocole de Kyoto

Paul Martin, candidat au leadership du PLC.
Photo: Agence Reuters Paul Martin, candidat au leadership du PLC.

Paul Martin est revenu à la charge dans le dossier de Kyoto, hier, en confirmant sa décision de voter en faveur de la ratification, mais en faisant ses propres suggestions en matière de mise en oeuvre. Une opération qui avait des saveurs de course au leadership, ce qui n'a pas échappé à certains de ses éventuels adversaires.

Ottawa — Peu importe sa décision de voter en faveur de la ratification du protocole de Kyoto, Paul Martin cherche toujours à se démarquer de l'équipe Chrétien dans ce dossier. Cette fois, en critiquant le processus suivi par le gouvernement pour élaborer son plan de mise en oeuvre.

«Même s'il n'est pas parfait, le protocole est une étape majeure vers un meilleur environnement. En plus, pour moi, les défis qui se posent à l'échelle internationale appellent des solutions internationales. En conséquence, j'appuierai la résolution. Cela étant dit, j'ai des réserves à propos de la manière dont le débat sur les intentions de ratification par le Canada s'est déroulé», a-t-il déclaré hier, à l'occasion du débat parlementaire sur Kyoto.

Deux semaines après avoir recommandé la médecine inverse, soit un report pour mieux discuter du plan de mise en oeuvre, l'ancien ministre se fait maintenant l'apôtre d'une ratification rapide et offre ses propres balises pour procéder à l'élaboration du plan de mise en oeuvre.

Il suggère quatre grands principes directeurs qui font ressortir sa préoccupation pour l'économie de l'Ouest canadien, un de ses bastions dans l'actuelle course au leadership. Selon lui, les coûts doivent être partagés équitablement entre les différents secteurs industriels et les régions afin d'éviter de faire subir à l'Ouest canadien une «discrimination "faite à Ottawa"».

Il veut ensuite que le plan assure un climat stable d'investissement, une plus grande transparence et écarte l'achat à l'étranger de crédits d'émission bidon. Il préfère que cet argent serve au développement au Canada de technologies vertes afin de pouvoir profiter des marchés futurs qui s'ouvriront en Chine, en Inde et au Brésil.

Il suggère donc de créer un comité parlementaire qui consulterait les Canadiens et ferait rapport au printemps prochain et, pour le développement de nouvelles technologies, de créer un fonds spécial financé par la vente des actions du gouvernement dans Pétro-Canada, soit une somme évaluée à 1,5 milliard de dollars.

Il n'a toutefois pas voulu s'engager auprès du bloquiste Bernard Bigras à offrir au secteur des énergies renouvelables des subventions aussi importantes que celles accordées au secteur des hydrocarbures.

Le ministre de l'Environnement, David Anderson, lui, ne pouvait réprimer un grand sourire. Il ne rejetait pas l'idée d'un comité parlementaire, applaudissait à l'idée d'utiliser les recettes de la vente de Pétro-Canada pour les technologies vertes, soulignait les similarités entre la position de M. Martin et le plan fédéral. «J'étais content de l'écouter. Il n'y a plus de doute que le nouveau chef du parti, si M. Martin l'emporte, ne mettra pas Kyoto de côté, ni n'attendra ni ne retardera sa mise en oeuvre», a-t-il déclaré, ravi. C'est que l'opposition de Paul Martin, dans cette atmosphère de course au leadership, aurait pu semer la division au sein du caucus libéral.

Herb Dhaliwal, ministre des Ressources naturelles, levait le nez sur les idées de Paul Martin. «Il change de position régulièrement, et je me demande ce qu'elle sera demain.» M. Dhaliwal est en guerre quasi ouverte avec son ancien collègue depuis la prise de contrôle de son association de comté par l'organisation Martin en Colombie-Britannique.

Allan Rock, un autre candidat potentiel au leadership, ne pouvait laisser son adversaire prendre ainsi la vedette. Le ministre de l'Industrie s'est donc empressé d'ajouter ses critiques voilées. «On ne peut pas se lancer dans la vie publique en se disant, chaque fois qu'une décision difficile se présente, qu'on renverra le dossier à un comité. Il faut parfois décider, même si ça ne plaît pas à tout le monde. [...] Je pense que, dans le cas de Kyoto, à ce moment-ci, après cinq ans de discussions et des mois d'intenses discussions avec les provinces, il est temps de décider et d'aller de l'avant», a-t-il déclaré à sa sortie des Communes.