Le Bloc bien implanté en terre agricole

Ève-Mary Thaï Thi Lac
Photo: Ève-Mary Thaï Thi Lac

Lundi prochain, les électeurs de Saint-Hyacinthe-Bagot, d'Outremont et de Roberval-Lac-Saint-Jean seront appelés aux urnes pour choisir un nouveau député fédéral. Dans une série de trois textes qui débute aujourd'hui, Le Devoir rend compte des batailles qui font rage entre les candidats dans ces trois circonscriptions fort différentes.

Saint-Hyacinthe — Les 40 étudiants du Centre de formation des Maskoutains attendent, attentifs, que la candidate du Bloc québécois prenne la parole. Une légère odeur de fumier emplit l'air ambiant en ce début du mois de septembre. Dehors, aux limites du village d'Acton Vale qui entoure le centre de formation pour adultes, les champs s'étirent à perte de vue. L'agriculture, c'est le nerf économique de la circonscription de Saint-Hyacinthe-Bagot.

«Près de 25 % des emplois sont reliés de près à l'industrie agroalimentaire», explique Ève-Mary Thaï Thi Lac, qui tente de conserver la circonscription sous les couleurs bloquistes qu'elle arbore depuis 1993. Teint basané naturel, yeux bleus perçants légèrement bridés, cheveux noirs, Ève-Mary Thaï Thi Lac doit sans cesse expliquer ses origines vietnamiennes à des électeurs qui ne baignent pas dans la diversité culturelle. La circonscription, en grande partie rurale, sauf pour la ville de Saint-Hyacinthe, a un taux d'immigration marginal.

Mais le fort accent québécois de la candidate bloquiste a tôt fait de déstabiliser les étudiants adultes, anciens décrocheurs, qui reviennent à Acton Vale pour terminer leur secondaire. «Ce qui surprend le plus les gens, c'est mon accent!», convient-elle. Adoptée par des parents québécois en 1974, Ève-Mary Thaï Thi Lac est arrivée dans la province à l'âge de deux ans.

Toute sa vie, elle a habité dans Saint-Hyacinthe-Bagot, notamment dans une ferme, avec ses parents. «Je sais castrer des cochons!», lance en riant cette fille d'agronome. Un atout de taille dans le milieu agricole.

Militante souverainiste depuis plusieurs années, Ève-Mary Thaï Thi Lac a été l'adjointe du député sortant Yvan Loubier pendant 12 ans. «Les gens savent que le Bloc a été très actif dans le milieu agricole. J'étais aux côtés de M. Loubier lorsqu'il a aidé les producteurs à se battre contre les motards qui utilisaient leurs champs pour cultiver la marijuana. Le Bloc défend la gestion de l'offre avec vigueur et a mené la bataille pour que l'hôpital vétérinaire retrouve son accréditation. Les gens savent que le Bloc travaille pour eux», explique la candidate, qui a une formation en criminologie et en droit de l'immigration à l'Université de Montréal.

Pendant près d'une heure, Ève-Mary Thaï Thi Lac, 35 ans, discutera d'environnement, de souveraineté, d'immigration et de la place des femmes en politique avec les étudiants. «Le Bloc présente des femmes aux élections partielles de Roberval et de Saint-Hyacinthe, des comtés déjà bloquistes. En plus, je suis jeune et issue des minorités visibles. Le message envoyé est clair: tout est possible pour les femmes et la relève», dit-elle aux jeunes adultes assis devant elle.

Au-delà des arguments de la candidate, la machine bloquiste est prête pour le jour J. Les dizaines de bénévoles qui vont tenter de «faire sortir le vote» lundi, comme on dit dans le jargon politique, n'ont pas l'intention de laisser filer cette circonscription qui a été remportée par 14 000 voix de majorité sur les conservateurs en 2006. «On va avoir du monde au boulot», dit une organisatrice. Même les autres candidats avouent que la machine bloquiste est la mieux huilée. Dans une élection partielle où le taux de participation oscille généralement entre 28 %et 38 %, cela peut faire la différence.

Les conservateurs dans le coup

Le plus sérieux rival du Bloc québécois est Bernard Barré, 53 ans, le candidat conservateur qui est conseiller municipal à Saint-Hyacinthe depuis 19 ans. Ce dernier a toutefois refusé de rencontrer Le Devoir pour expliquer les motivations qui le poussent à vouloir représenter les électeurs de cette région du Québec. En trois jours, il n'a pas pu accorder 15 minutes de son temps. Il n'a pas non plus participé au débat entre candidats qui a eu lieu le 28 août dernier.

L'homme s'est toutefois démarqué par ses déclarations controversées depuis le début de la campagne. Lors du lancement des hostilités électorales, le 8 août dernier, M. Barré a affiché une confiance hors du commun. «Je ne pense pas qu'on va se demander qui va gagner, mais plutôt par combien Bernard Barré va gagner», a-t-il dit au Courrier de Saint-Hyacinthe en parlant de lui à la troisième personne. Puis, il a ajouté: «Disons tout simplement que j'ai de la difficulté avec les votes serrés.» Pourtant, lors des élections provinciales de 2003, alors qu'il portait les couleurs de l'ADQ, Bernard Barré avait mordu la poussière aux mains du PQ. Il n'avait même pas gagné dans son district électoral de La Providence.

Du côté du Parti libéral du Canada, Jean Caumartin ne se prive pas pour lancer des flèches aux candidats conservateur et bloquiste. «M. Barré a été souverainiste, avant de se présenter pour l'ADQ, et là, il veut être conservateur. Disons que ça fait pas mal girouette! Dans le cas du Bloc, les gens sont tannés. Mme Thaï Thi Lac est trop dans l'ombre d'Yvan Loubier et n'a pas ses propres idées», lance Jean Caumartin, visiblement d'attaque.

Au milieu de son grand local électoral vitré, anciennement un concessionnaire Mazda, Jean Caumartin explique que les libéraux doivent revenir au pouvoir. «Le seul qui peut remettre en ordre le désastre environnemental de Harper, c'est Stéphane Dion», dit ce candidat parachuté qui est avocat à Beloeil. Selon lui, «la page du scandale des commandites est tournée», et les gens écoutent plus attentivement les idées libérales.

Mais pour s'imposer, Jean Caumartin, 43 ans, aura besoin d'une aide presque divine, compte tenu du fait que le PLC stagne à 14 % des intentions de vote chez les électeurs francophones, selon les derniers sondages. Il semble que ce soit aussi l'avis d'un cultivateur à la retraite qui vit aujourd'hui à la Résidence Bienvenue, dans le quartier Sacré-Coeur, au centre de Saint-Hyacinthe. Lors du porte-à-porte de Jean Caumartin, jeudi dernier, l'homme de 72 ans a donné au candidat libéral un exemplaire du Nouveau Testament. «Le problème, Monsieur, c'est que vous ne priez pas assez», lui lance l'homme, très sérieux. En 2006, le PLC a terminé à plus de 22 000 voix du Bloc québécois dans Saint-Hyacinthe-Bagot.

Pour la candidate néo-démocrate, Brigitte Sansoucy, une femme dynamique qui connaît les dossiers chauds de la circonscription sur le bout de ses doigts, le salut du NPD passera par sa position sur l'Afghanistan. Même si aucun électeur rencontré par Le Devoir lors de son passage dans la circonscription n'a soulevé ce conflit comme raison majeure de se rendre aux urnes, Brigitte Sansoucy est confiante que la position du NPD fera la différence. «Le fait qu'on soit le seul parti à réclamer le retrait immédiat des troupes, c'est important. Les gens m'en parlent de plus en plus», dit cette femme de 44 ans qui oeuvre depuis 25 ans dans le milieu communautaire de la région. La côte est toutefois abrupte, puisque le NPD a fini loin derrière en 2006, à plus de 25 000 voix du Bloc québécois.
3 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 11 septembre 2007 07 h 04

    Un Belge dans Outremont, une Vietnamienne dans St-Hyacinthe

    Le Bloc.. ethnique!

    Y'a pas 10% des immigrants qui votent pour le Bloc. Comme ils font 10% des électeurs, le vote ethnique qui va au Bloc représente environ 1% du vote total au Québec. Qu'a celà ne tienne si ces deux candidats sont élus, 12% des députés bloquistes pourraient être des immigrants. 12 fois le % d'électeurs immigrants qui votent Bloc!

  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 11 septembre 2007 09 h 38

    Le Bloc, défenseur des terres agricoles

    Si le Bloc est bien imlanté dans le mileir agricole, la raison en est fort simple. C'est malheureusement le seul parti qui en parle et que le défend sur la scène fédérale. Je lance une question, comment ce fait-il que seul le parti représentant une seule province alors que les problèmes affectent le Canada au complet se montre ne serais-ce que préoccupé alors qu'il y a de grands enjeux internationnaux à ce sujet?
    Il semble aujourd'hui que contrairement à ces détracteurs, le Bloc est utile au Canada entier.

  • Alain Charpentier - Inscrit 11 septembre 2007 10 h 54

    Ma confiance ira au NPD

    Ras-le-bol des bloquistes, ras-le-bol des conservateurs! Vivement un parti qui se préoccupe des vraies questions! Quand Yvan Loubier était là, il ne se préoccupait que de jouer les James Bond en survolant les champs de maïs en hélicoptère. Mme Thaï Thi Lac, formée en criminologie, marchera sans doute dans ses pas. Mais ni l'un ni l'autre n'a compris que la problème de la marijuana sera réglé quand elle sera légalisée et soumise à une législation semblable à celle du tabac, de l'alcool et du jeu. Quant à M. Barré, c'est une girouette qui ne sait plus quel parti joindre pour pouvoir enfin réaliser son rêve et être élu comme député du comté! La fin justifie les moyens... En attendant, il "patine" (dans les deux sens du terme) dans les rues pour vanter l'écologie, pendant qu'un gros VUS l'attend, moteur en marche... Bravo!

    Non, finalement, ma confiance va à Mme Sansoucy, une femme de coeur et d'action, très impliquée dans le milieu social, qui a choisi de défendre de vraies valeurs : la paix, l'environnement, la justice sociale. Mon choix est fait, ce sera le NPD.