Un véritable rouleau compresseur - Le clan Martin prend le contrôle de l'exécutif du PLC-Québec

L'organisation de Paul Martin au Québec a des allures de rouleau compresseur. Mais, même si elle a montré ses muscles avant et durant les assises du Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q), en fin de semaine, elle n'a pas réussi à étouffer les velléités des autres candidats éventuels à la succession de Jean Chrétien qui rejettent le scénario d'un couronnement en novembre 2003.

Trois d'entre eux — Sheila Copps, John Manley, Allan Rock — ont fait un saut au congrès. Deux y avaient des organisateurs actifs. Le spectacle de la fin de semaine n'était toutefois pas à leur avantage. L'élection du nouvel exécutif du PLC-Q est venue compléter la mainmise de M. Martin sur l'aile québécoise. Tous les postes ont été pourvus par ses poulains. Et, à une exception près, cela s'est fait par acclamation après le retrait du candidat à la présidence Michel Gaudette au profit du vainqueur,

Pablo Rodriguez.

Cette prise de contrôle est une victoire, car l'aile québécoise était une des rares à lui échapper encore. «Le congrès était un jalon pour nous. Il s'agissait de la première réunion des militants après le caucus de Chicoutimi [où M. Chrétien a annoncé sa retraite], et on y choisissait le nouvel exécutif», a d'ailleurs confirmé le principal organisateur de M. Martin, Pietro Perrino.

Malgré cela, on n'a pas baissé la garde en fin de semaine. Tous les gros canons du camp Martin rôdaient dans les corridors, surveillaient les discussions et multipliaient les approches. On répétait que l'avance réelle de Paul Martin n'est pas tout ce qui compte. La perception que les gens en ont est tout aussi importante pour créer un effet d'entraînement.

Pas question de ralentir

«Il n'est pas question de ralentir», de dire M. Perrino, même si M. Martin a l'appui des membres de l'exécutif et de la plupart des circonscriptions, des présidents d'association, des anciens candidats, des députés. «On ne peut pas être trop prêt», ajoute-t-il, un an avant le vote final.

Cela expliquerait l'activisme persistant de l'équipe Martin en fin de semaine, une attitude qui a causé une certaine frustration manifestée lors de l'élection du président de la commission des aînés. Maria Jean, une militante de longue date partisane de M. Chrétien, se battait pour conserver son poste. Elle l'a perdu aux mains de Guy Bisson. Parmi les militants encore indécis ou blessés par la campagne menée l'été dernier pour faire partir M. Chrétien, on associait la lutte contre Mme Jean à de l'arrogance. On parlait d'intimidation, de manque de respect.

Selon Pierre Léger, un des principaux organisateurs de M. Manley au Québec, cette grogne se traduit par le début d'un phénomène anti-Martin. Marginal mais réel, affirme-t-il, et qui profite à

son patron.

Les forces en présence au Québec restent cependant fortement inégales, ce que personne ne nie. «Il faut que chacun fasse son évaluation, mais il est certain que ce pays veut Paul Martin, que ce parti est très Martin. On le sent partout, mais rien n'est irréversible en politique», reconnaît même

le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion.

Le ministre ne souhaite pas un couronnement ni une «course cosmétique». «Pour présenter des idées de gouvernement, il faut être un candidat crédible ayant des chances de gagner. On ne doit pas tordre le bras de quelqu'un, seulement pour avoir une course», a-t-il confié au Devoir.

Argent et organisation

Cela signifie qu'il faut de l'argent et une organisation. Selon Pierre Léger, «l'argent n'est pas un problème» pour M. Manley au Québec, car il a l'estime des gens d'affaires depuis son passage au ministère de l'Industrie.

Son organisation est toutefois embryonnaire, car le ministre refuse de s'afficher avant le dépôt du budget en février. Mais s'il se lance, son équipe sera prête, soutient M. Léger. «Ce qu'on essaie de donner à M. Manley, pour le moment, c'est l'assurance qu'il aura les fonds et l'organisation nécessaires pour prendre une décision éclairée.»

John Manley refuse de croire M. Martin invincible. À son avis, il lui reste amplement de temps pour faire sa marque. Chose certaine, il veut une course, qu'il y soit ou pas. «C'est important pour le parti, le pays et les candidats, y compris celui qui deviendra premier ministre. Parce qu'après la course, il y aura une élection», a-t-il dit samedi.

Allan Rock, lui, agit comme s'il était en campagne, mais insiste pour dire qu'il ne l'est pas. Son équipe est pilotée par Benoît Corbeil et Sergio Gentile, deux anciens cadres du parti, et Serge Paquette. Ils ont véritablement démarré il y a un mois, disent-ils, et prétendent être maintenant presque partout, ce que mettent en doute les autres camps.

Claude Vigneault, responsable de l'organisation dans les circonscriptions de l'Est de Montréal, ne s'en formalise pas. Il mise, pour accroître les chances de M. Rock, sur la nouvelle méthode d'élection du chef. Contrairement au passé, il ne suffira pas qu'un candidat obtienne 51% des votes dans une circonscription pour récolter tous les postes de délégués. Ces derniers seront partagés entre les candidats en fonction du pourcentage

de votes obtenus auprès de tous les membres

de l'association.

Cela veut dire un recrutement intensif car l'échéancier est serré. Pour avoir droit de vote lors du choix des délégués, une personne doit être membre au moins 90 jours avant le scrutin prévu pour la fin septembre, début octobre. La vraie date limite n'est donc pas novembre mais, au plus tard, fin juin 2003. Un autre avantage pour Paul Martin.