La base de Valcartier perd deux militaires d'expérience

Le caporal-chef Christian Duchesne, 34 ans, et l’adjudant-maître Mario Mercier, 43 ans, sont décédés en Afghanistan mercredi.
Photo: Agence Reuters Le caporal-chef Christian Duchesne, 34 ans, et l’adjudant-maître Mario Mercier, 43 ans, sont décédés en Afghanistan mercredi.

Québec — Les dirigeants de la base de Valcartier ont rendu hommage hier à l'adjudant-maître Mario Mercier et au caporal-chef Christian Duchesne qui sont décédés en Afghanistan mercredi. Âgés respectivement de 43 ans et de 34 ans, ces deux militaires d'expérience étaient originaires de Weedon en Estrie et de Montréal.

Ainsi, pour la deuxième fois cette semaine, les dirigeants de la base de Valcartier ont dû réunir les médias afin de fournir des détails sur les soldats morts sur les routes de Kandahar. Le commandant par intérim du Royal 22e Régiment, le colonel Hercule Gosselin ne tarissait pas d'éloges sur le plus âgé des deux défunts, Mario Mercier, qu'il a décrit comme «un pilier» du deuxième bataillon.

«Pour lui, c'est le couronnement d'une carrière formidable», a-t-il souligné en énumérant les missions auxquelles M. Mercier avait participé en Allemagne, en Bosnie, en Haïti et finalement en Afghanistan. «C'est clair que lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai ressenti un vide immense», a-t-il poursuivi à propos du soldat qu'il connaissait depuis près de 20 ans.

Père de trois enfants âgés de 9, 15 et 17 ans, l'adjudant-maître s'était enrôlé dans les Forces au début de la vingtaine et cumulait 23 années de service. Il s'était envolé pour l'Afghanistan le 21 juillet.

La seconde victime, Christian Duchesne, comptait pour sa part 14 années de service. Après s'être enrôlé dans l'artillerie, il s'était joint à l'équipe de techniciens médicaux des Forces. «C'était un exemple à suivre», a déclaré son collègue, le matelot-chef Yanick Fournier. «Il faisait son travail. C'était quelqu'un de très responsable, apprécié de ses collègues. J'ai vraiment été attristé.»

Le contingent en Afghanistan comprend une équipe médicale d'environ 80 personnes, dont la moitié sont des techniciens. Certains sont basés à l'hôpital multinational de Kandahar tandis que d'autres, comme M. Duchesne, sont appelés à suivre les troupes en zone de combat, ce qui les expose à de plus grands dangers. M. Duchesne était le père de trois filles âgées de 3, 5 et 9 ans.

Les responsables de Valcartier s'en sont tenus à des commentaires sur la personnalité des deux hommes et la réaction de leurs familles. Pressé de questions sur l'état d'esprit des troupes, le colonel Gosselin a répondu que le «professionnalisme» des militaires se manifestait notamment par leur «capacité de retenue».

Prié de dire si le nombre de décès encourus cette semaine l'étonnait, il a rétorqué que «ce n'est pas tant le nombre qui compte», chaque personne étant importante. Il a par contre laissé entendre que les Forces étaient confiantes de ne pas voir les décès se multiplier. «Je peux vous assurer que, grâce aux ressources que nous avons, nous allons faire tout le nécessaire pour éviter d'autres incidents en théâtre d'opération.»

Quant au troisième militaire de Valcartier blessé mercredi, son identité n'a pas été dévoilée, conformément aux souhaits de ses proches. Ses blessures sont «sérieuses», a-t-on indiqué, mais son état est «stable». Transporté d'urgence en Allemagne au cours de la nuit de mercredi à jeudi, il doit être rapatrié au pays.

Les politiciens transmettent leurs condoléances

La base militaire de Valcartier a été littéralement inondée d'appels hier. «On a dû répondre à une centaine de requêtes médiatiques, a indiqué l'un des responsables. C'est tout le Canada qui appelle.» Hier, on ne savait pas exactement quand auraient lieu les cérémonies en l'honneur des défunts, à la base de Trenton. Les corps doivent quitter Kandahar ce matin.

Dans les milieux politiques de la capitale, les messages de sympathie se sont succédé. Après Pauline Marois qui s'était exprimée mercredi soir, c'était au tour du premier ministre Jean Charest de réagir. «Ces soldats participaient à une importante mission. Je salue la détermination et le courage avec lesquels celles et ceux qui servent en Afghanistan défendent les valeurs universelles de paix, de justice et de liberté. Ils n'hésitent pas à mettre leur vie en danger pour poursuivre ces idéaux, et pour cela, nous leur rendons hommage.» Le premier ministre a également salué le courage du journaliste Patrice Roy et de son caméraman Charles Dubois, sans oublier l'interprète afghan décédé au cours de l'attaque.

Le chef de l'opposition Mario Dumont a pour sa part insisté sur la nécessité de soutenir les troupes. «Cette semaine, la mort des soldats Longtin, Duchesne et Mercier nous a rappelé les risques que courent les troupes canadiennes en Afghanistan. Confrontés à cette incertitude constante, nous devons nous unir et offrir notre soutien aux soldats qui sont déployés sur le terrain», a déclaré le chef adéquiste, avant de souhaiter à l'équipe de Radio-Canada un «prompt rétablissement».

La ministre fédérale Josée Verner, qui représente le comté de Louis-Saint-Laurent à Québec, a signalé que c'est «avec chagrin» qu'elle avait appris ces décès «tragiques» et fait savoir que «la bravoure et le courage de ces soldats» allaient rester «gravés dans [sa] mémoire».

Enfin, le nouveau lieutenant-gouverneur du Québec, Pierre Duchesne, et son épouse ont tenu, eux aussi, à exprimer leurs sympathies. «Nos deux fils ayant fait partie des Forces canadiennes durant plusieurs années, nous sommes particulièrement sensibles à votre peine et votre douleur.»