Revue de presse: L'après-remaniement ministériel

Il était plus que temps! C'est du moins ce qu'ont pensé la plupart des éditorialistes et commentateurs du remaniement ministériel et, en particulier, du départ de Gordon O'Connor du ministère de la Défense. Cela étant dit, cela ne signifie pas que le premier ministre Stephen Harper a réussi à calmer ses critiques.

Comme l'écrit le Globe and Mail, la question est maintenant de savoir ce que Harper fera de ce cabinet. Le quotidien est toutefois heureux de voir O'Connor partir. À son avis, il aurait dû être relevé de ses fonctions lors du remaniement précédent. En le maintenant en poste plus longtemps que nécessaire, écrit le Globe, Harper a démontré son incapacité à reconnaître une erreur. Cette résistance a eu son prix: elle a miné l'appui du public à la mission afghane.

Le Toronto Star estime pour sa part que ce remaniement offre un cabinet légèrement plus compétent qu'avant, sans plus. Le quotidien se demande si Harper acceptera enfin de jeter du lest et, surtout, s'il sera davantage au diapason des Canadiens. «Si les conservateurs ne remanient pas leurs politiques, les changements de personnel de [mardi] se révéleront un exercice futile.» Selon le Star, l'appui aux conservateurs stagne parce que, «entre autres, leurs priorités ne sont pas celles du pays».

Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, pense que, si l'équipe de Harper n'a pas réussi à inspirer les Canadiens, la faute en revient à Harper. «Reconnu pour son obsession à tout contrôler, il accapare les projecteurs tout en étant raide, susceptible et sans charisme. De plus, il a des relations affreuses avec les médias.» Ce remaniement pourrait avoir un effet positif sur la popularité de son parti, «à la condition que le premier ministre change son propre comportement» et laisse ses ministres s'exprimer. Selon elle, ce brassage ne peut être qu'un élément d'une stratégie plus large destinée à relancer un gouvernement qui semble à court d'idées.

Le Winnipeg Free Press, de son côté, croit que Harper a reconnu qu'il ne pouvait attendre des élections pour offrir un programme plus détaillé que celui qu'il a suivi jusqu'à présent. Le quotidien s'attend à davantage mais trouve ce premier pas plus encourageant que de voir un gouvernement minoritaire «tuer le temps en attendant des élections qui ne viennent pas».

Défendre O'Connor

À peu près tout le monde s'entend pour dire que ce jeu de chaises musicales n'aurait pas eu lieu sans la contre-performance du ministre O'Connor. L'historien J. L. Granatstein regrette toutefois la sévérité des médias à l'endroit de ce dernier. Il reconnaît que le ministre était un piètre communicateur et qu'il était à couteaux tirés avec le chef d'état-major Rick Hillier. Mais dire que le passage d'O'Connor à la Défense fut un total échec est carrément injuste et signifie qu'on ne s'attarde qu'à la forme et non au contenu. Sous sa gouverne, l'armée a obtenu un niveau de financement sans précédent, des autorisations d'achat d'équipements attendues depuis des lustres et, pour les troupes en Afghanistan, les moyens nécessaires à leur mission. Il rappelle que, lors du premier déploiement en 2002, les libéraux avaient envoyé les soldats sans véhicule blindé et vêtus des mauvaises tenues de camouflage. Même un comité parlementaire l'a reconnu. Selon l'historien, le crédit en revient à O'Connor et il faudrait le reconnaître.

Ça suffit

Pas encore! C'est exactement ainsi que le Globe and Mail a commencé son éditorial sur la volonté du Québec de voir le gouvernement Harper respecter sa promesse d'encadrer et de limiter le pouvoir de dépenser du fédéral dans les domaines de compétence provinciale. «Est-ce que cette demande pour plus d'autonomie n'a pas de fin?», demande le Globe, qui rappelle que Québec a obtenu des millions en transferts il y a à peine cinq mois. Le quotidien convient que Stephen Harper a fait cette promesse au Québec lors de la dernière campagne, mais cela ne rend pas cette promesse judicieuse pour autant, laisse entendre le quotidien. Selon lui, pareille contrainte «altérerait l'inestimable flexibilité des arrangements constitutionnels actuels». À son avis, le cadre prévu dans l'Accord sur l'union sociale — que le Québec n'a pas signé — suffit. Harper doit refuser.

Accepter de limiter le pouvoir fédéral de dépenser, comme l'a promis Harper et le souhaite Jean Charest, affaiblirait le gouvernement fédéral, ce que le Toronto Star refuse avec encore plus de vigueur que le Globe. Pareil projet ne peut faire l'objet d'une entente bilatérale. Un débat au parlement s'impose. Le public doit être consulté, insiste le Star, qui rappelle aux deux chefs qu'ils sont minoritaires.

L'Ouest se rebiffe

Les deux quotidiens sont beaucoup plus sensibles à l'avertissement lancé cette semaine par l'ancien premier ministre albertain Peter Lougheed. Devant l'Association du Barreau canadien, il a soutenu que l'unité du pays pourrait être menacée par un sérieux affrontement constitutionnel entre Ottawa et l'Alberta au sujet de l'environnement et de l'exploitation des sables bitumineux. Le fédéral a la responsabilité de protéger l'environnement alors que la province a l'entière compétence en ce qui concerne l'exploitation des ressources non renouvelables. Selon Lougheed, l'affaire risque d'aboutir devant la Cour suprême si les deux gouvernements ne trouvent pas un compromis.

Le Star et le Globe ont pris note. Le Star rappelle que les citoyens de toutes les provinces s'inquiètent pour l'environnement et que la menace d'un renvoi devant la Cour suprême ne devrait pas justifier l'inaction mais la coopération. Avant que ça saute, le Globe recommande à l'Alberta de renforcer ses lois en matière d'émissions de GES et aux partis d'opposition fédéraux, de mettre un peu d'eau dans leur vin à l'égard de Kyoto. Ils «doivent comprendre qu'ils pourraient gagner leur bataille pour Kyoto et perdre celle de l'unité.»

mcornellier@ledevoir.comk
 
1 commentaire
  • Marcel Arseneau - Inscrit 18 août 2007 12 h 28

    Le vrai test pour Harper: les élections partielles au Québec en septembre

    Le remaniement ministériel du gouvernement Harper n'a pas dérangé tellement les canadiens. Ce n'était pas le sujet de l'heure à mon TIM au centre-ville cette semaine. Cependant, la visite de M.Harper au grand tintamarre des Acadiens à Caraquet en présence d'environ 25 000 personnes a fait jaser. S'il a pris la peine de se déplacer, c'est qu'il a besoin d'appuis dans les milieux francophones hors Québec lors de la prochaine élection fédérale. Il ne faut oublier que Stéphane Dion était lui aussi à Caraquet, NB le 15 août en la fête Nationale du peuple acadien et les gens l'ont trouvé fort sympathique. Et tout cela se déroulait dans Acadie-Bathurst, le bastion du député fédéral du NPD, Yvon Godin!
    Marcel Arseneau, Campbellton, NB