Petite révolution militante au PLC

Ottawa — La lettre est passée à peu près inaperçue dans le tourbillon politique, mais elle n'en était pas moins surprenante. Signée par deux aspirants députés libéraux fédéraux en mai dernier, elle interpellait le premier ministre Stephen Harper: «Tous les nationalistes québécois ne se retrouvent pas dans votre parti!» Impensable il y a à peine quatre ans, cette lettre témoigne d'un lent, mais profond changement en cours au sein du Parti libéral du Canada (PLC). Une frange québécoise plus nationaliste émerge ou, à tout le moins, ose se faire entendre.

Plusieurs militants libéraux du Québec interrogés par Le Devoir au cours des derniers jours ont reconnu que le visage constitutionnel de leur parti avait changé. Mais ils voient plutôt dans cet assouplissement la conséquence d'une petite révolution interne, à savoir l'implication accrue de la base militante dans l'élaboration des politiques officielles... envers et contre l'establishment pur et dur.

«Le parti compte-t-il plus de nationalistes? La question ne se pose pas comme ça», lance d'entrée de jeu François-Xavier Simard, le président de la Commission des régions du PLC-Q. «Les militants, et de plus en plus de Québécois, trouvent qu'il est temps que ce parti redevienne la chose de la base militante et ne soit plus la chose d'une certaine classe dirigeante ou d'un certain groupuscule. Partant de là, c'est certain que la conséquence de cela, si le parti redevient tributaire [...] des collectivités qu'on veut représenter au Parlement, ça peut se traduire comme un virage au sein du PLC et ça peut se manifester par la présence de plus d'éléments nationalistes.»

M. Simard connaît bien ce désir de renouer avec la base militante. L'homme, et surtout la fonction qu'il occupe, fait beaucoup jaser dans les rangs libéraux ces jours-ci. Dans ce parti aux mille structures, un bouleversement s'est produit avec la création en 2005 d'une commission des régions dont les 14 membres ont droit de vote et de participation au comité de direction du PLC-Q.

Auparavant de simples observateurs (donnant l'impression à M. Simard, qui a joué le jeu, d'être un «bouffon»), ces 14 membres forment aujourd'hui le tiers du comité de direction et ils en mènent large. Leur but: relayer les préoccupations des citoyens des régions, en particulier des francophones, qui boudent depuis longtemps le PLC.

Nation québécoise

La première manifestation publique de cette influence est survenue à la fin de l'été dernier. L'aile québécoise du PLC décide d'adopter une résolution reconnaissant la nation québécoise et de la piloter jusqu'au congrès général quelques mois plus tard, à Montréal. Le sénateur Serge Joyal, l'influent président de la Commission politique du parti et lien vital avec d'importants bailleurs de fonds, s'y oppose viscéralement. Rien n'y fait.

Marc Bélanger, un des architectes de cette résolution qui siège à la commission politique, ne s'en cache pas. Ce n'était pas tant la reconnaissance de la nation québécoise qu'il défendait que le droit des militants d'avoir un parti reflétant leurs aspirations. «C'est arrivé à certaines reprises dans le passé que des militants voulant des résolutions, pas nécessairement sur la nation, mais sur le statut particulier du Québec par exemple, ne soient pas entendus ou tenus amicalement au silence. Moi, j'y ai simplement vu un cheval de bataille pour imposer la volonté des membres.»

Un autre militant ayant été aux premières loges de cette bataille épique, et qui demande l'anonymat, est plus direct. «Pour moi, c'était juste de prendre quelque chose qui venait de la base avec lequel l'establishment du parti n'était pas d'accord et lui rentrer dans la gorge.»

Lutte difficile

La bataille pour cette simple résolution a été âprement menée. Louis-Victor Sylvestre, un militant de longue date de Berthierville, raconte que Serge Joyal avait même demandé à l'imprimeur du cahier de résolutions du congrès de ne pas imprimer celle sur la nation québécoise! Selon lui, la bataille pour le droit de parole des militants n'est «pas finie. La vieille garde, l'orthodoxie trudeauiste est encore présente», dit M. Sylvestre. M. Joyal n'a pas rappelé Le Devoir.

Certains diront que l'aile québécoise du PLC n'avait pas le choix d'effectuer un virage si elle veut renouer avec l'électorat francophone qui la boude comme jamais auparavant. Le récent sondage Léger-Marketing effectué pour le compte du Devoir place les libéraux de Stéphane Dion au quatrième rang à 13 % chez les francophones.

Fabrice Rivault, ex-directeur des communication du PLC-Q et aspirant candidat pour le parti contre Gilles Duceppe, a aussi fait un geste surprenant. En avril dernier, son communiqué de presse annonçant sa candidature était intitulé «Un des principaux acteurs de la reconnaissance de la nation québécoise annonce son intention de se présenter pour les libéraux fédéraux dans Laurier-Sainte-Marie». Mettre autant d'accent sur un fait d'armes qui a tant fait grincer les dents au sein des hautes instances du parti relevait du pied de nez.

C'est ce même Fabrice Rivault qui, en mai dernier, a cosigné une lettre dans Le Devoir avec William Hogg, futur candidat en Estrie, rappelant que le Parti conservateur de Stephen Harper n'avait pas le monopole des fédéralistes nationalistes du Québec.

Pas sous Jean Chrétien

Le ton tranche avec la docilité de la base militante caractéristique de l'ère Chrétien. En novembre 1999, par exemple, alors que le premier ministre Jean Chrétien élaborait une loi sur la clarté référendaire, ses militants québécois réunis en congrès, bien que mal à l'aise avec les rumeurs qui circulaient, avaient rejeté toutes les résolutions visant à tempérer les visées du chef, laissant à ce dernier carte blanche.

À l'été 2002, les ministres Alfonso Gagliano et Stéphane Dion avaient dû expliquer quelle absolution un ex-souverainiste devait obtenir pour être admis au PLC après que leur chef Jean Chrétien eut qualifié de «pacte avec le diable» le recrutement par l'Alliance canadienne de deux ex-bloquistes comme candidats.

Finie la récréation?

Plusieurs militants interrogés estiment que l'année entière où le PLC s'est retrouvé sans chef a facilité cette prise de contrôle des militants. L'arrivée de Stéphane Dion n'a rien changé.

«C'est vrai que depuis que M. Dion est devenu le chef du parti, on a pas mal de marge de manoeuvre. Personne ne nous téléphone pour dire "Tu n'as pas le droit de parler de cela" ou quoi que ce soit, bien au contraire», confie Fabrice Rivault.

Pour le député Pablo Rodriguez, qui siège également au comité de direction du PLC-Q, aucun retour en arrière n'est possible. «Cette soif de liberté est devenue immuable. On y prend goût. Moi je ne me verrais pas aller dire aux militants "On rentre dans le rang". C'est une sorte de monstre qui s'est créé, mais aux effets bénéfiques.»

M. Rodriguez voit d'un bon oeil la visibilité accrue des nationalistes au sein de sa famille politique parce que, selon lui, «ce qui nous a souvent éloignés des Québécois, c'est notre position constitutionnelle». «La question de l'unité nationale nous a toujours nui au Québec, continue-t-il, ce qui a permis à Stephen Harper de venir à Québec en décembre [2005] et d'offrir un fédéralisme renouvelé, et c'est là-dessus qu'il a pu gagner.»

Les nouvelles lois fédérales sur le financement populaire ont fait mal au PLC, lui qui était branché sur l'establishment financier montréalais et torontois, la riche communauté juive aussi. Selon plusieurs militants, ces généreux financiers ont pu faire chanter le parti et l'obliger à adopter des politiques dont ne voulaient pas les militants. Plus maintenant.

C'est pour cette raison que Louis-Victor Sylvestre voit en cette loi, qui accorde aux partis un versement étatique de 1,75 $ pour chaque vote obtenu, «à la fois l'enfer et le salut du PLC». Désormais, chaque vote compte, et pas seulement ceux de l'île de Montréal susceptibles de se transformer en siège. «Si le parti n'est pas capable de coller aux aspirations des électeurs, ce sera la fin du parti!»
1 commentaire
  • Normand Chaput - Inscrit 5 juin 2007 06 h 47

    article bacle

    je sent le baillement, un petard mouille. Meme Gilles Duceppe est devenu chef du PLQ dans cet article et, en plus on veut l y deloger! <j ai juste compris qu on s agite grandement en bas pour trouver une solution afin de prendre la place de ceux qui sont en haut.