Commission d'enquête sur le programme de commandites - Gomery était soucieux de son image

Le juge John Gomery
Photo: Jacques Nadeau Le juge John Gomery

Le juge John Gomery était fort préoccupé par son image et la couverture médiatique des travaux de la Commission d'enquête sur le programme de commandites, révèlent des documents de correspondance rendus publics hier.

Le mandat confié à François Perreault, porte-parole de la commission, était on ne peut plus clair: élaborer et mettre en oeuvre des stratégies de communication «visant à éviter tout embarras» au juge Gomery et à la commission. Toutes les communications verbales ou écrites de M. Perreault étaient sujettes à l'approbation du juge.

M. Perreault, vice-président exécutif au sein de la firme Weber Shandwick, devait produire un rapport mensuel au juge Gomery sur la couverture médiatique des travaux. Payé 1200 $ par jour, plus les dépenses, il avait pour mission d'établir sa propre crédibilité et celle de la commission, de nourrir l'intérêt des médias pour les audiences et de répondre aux demandes de la presse de façon rapide et efficace. Il a reçu pour ces tâches environ 288 000 $.

Ces informations sont tirées des documents déposés en Cour fédérale hier dans le litige opposant le commissaire Gomery à l'ex-premier ministre Jean Chrétien, son ancien chef de cabinet, Jean Pelletier, et l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano. Ces trois principaux acteurs du programme des commandites demandent à la Cour fédérale de casser les conclusions du rapport Gomery.

Par la bouche de leurs avocats respectifs, ils se sont battus jusqu'en Cour d'appel fédérale pour obtenir un double de tous les documents concernant le mandat confié à M. Perreault, ainsi qu'une copie de tous les courriels du public adressés au juge Gomery, faisant référence à leurs clients, entre le 7 septembre 2004 et le 25 août 2005. Ils auraient l'intention d'utiliser ces documents en Cour pour tenter de prouver que M. Gomery était obnubilé par la couverture de presse, avec le résultat qu'il a irrémédiablement entaché la réputation de MM. Chrétien, Pelletier et Gagliano dans l'exercice de ses fonctions.

Correspondance

Outre les 78 pages de documents reliés à François Perreault, quelque 450 pages de courriels ont été rendues publiques. Elles témoignent de l'écrasante sympathie des Canadiens, francophones ou anglophones, à l'égard du juge Gomery, notamment lorsque M. Chrétien a exigé une première fois la récusation du juge. «Laissez vos détracteurs poursuivre leur campagne car ils sont en train de se mettre des boulets aux pieds. Jamais la population ne pardonnera à l'ancien premier ministre d'avoir voulu compromettre les travaux, si bien amorcés, de votre commission», écrit l'un deux. Une minorité seulement exprime sa désapprobation à l'égard de M. Gomery. Le juge opiniâtre a notamment affirmé que M. Chrétien avait démontré son «mauvais goût de village» («small town cheap») en se dotant de balles de golf à son effigie lorsqu'il dirigeait le Canada.

Des dizaines de courriels sont à classer dans la catégorie «contribuables désabusés» et proviennent de citoyens outrés par le gaspillage de fonds publics éhonté auquel se sont livrées des agences de publicité, avec la participation tacite de certains éléments de la classe politique et de la fonction publique fédérale. «L'argent du peuple, parfois difficilement acquis, a été dissipé sans scrupules. Il incombe aux responsables qui ont soit coopéré, soit fermé les yeux devant cette activité perverse à l'endroit du peuple, d'en subir les conséquences», écrit un citoyen.

D'autres se proposent enfin d'éclairer la lanterne du juge Gomery à propos de l'implication dans le scandale de tel politicien, et lui suggèrent des pistes d'enquête inédites, à mi-chemin entre la rumeur et le procès d'intention.

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