Biographie du chef libéral Stéphane Dion - Ottawa a étudié des scénarios sur la partition du Québec

Servant sous Jean Chrétien, Stéphane Dion a, à une certaine époque, demandé à ses collègues du cabinet de cesser de travailler sur des scénarios portant sur la partition du Québec.
Photo: Agence Reuters Servant sous Jean Chrétien, Stéphane Dion a, à une certaine époque, demandé à ses collègues du cabinet de cesser de travailler sur des scénarios portant sur la partition du Québec.

Si le chef des libéraux du Québec, Jean Charest, ne peut se permettre de jongler avec l'intégrité du territoire québécois, le gouvernement Chrétien, lui, ne s'en est pas privé. Dans la foulée de l'adoption de la Loi sur la clarté, certains ministres avaient commencé à examiner la question, révèle Linda Diebel, dans Stéphane Dion à contre-courant, un livre sur le chef libéral, publié par les Éditions de l'Homme et qui doit paraître le 15 mai prochain.

«Lors d'un entretien en 2007, Dion expliqua que le gouvernement fédéral avait commencé à examiner des scénarios possibles, y compris la mission ingrate de diviser le territoire et de décider qui devrait posséder quoi. "Certains collègues s'étaient attelés à cette tâche, mais je leur ai demandé de ne pas le faire. J'étais sûr qu'il y aurait des fuites."», écrit Diebel, journaliste au Toronto Star.

À quoi ressemblaient ces scénarios et qui les concoctaient? Diebel n'a pu le savoir, Stéphane Dion refusant d'en dire davantage, au point où la révélation en question est présentée entre parenthèses, comme un aparté, dans le livre.

Elle est pourtant de taille. Devrait-elle surprendre cependant? Stéphane Dion n'a jamais caché qu'il croyait que, si le Canada est divisible, le Québec peut l'être aussi. La Loi sur la clarté, dont il est le parrain, prévoit d'ailleurs la négociation du tracé des frontières advenant un OUI clair à la souveraineté. Ce fut d'ailleurs un des éléments qui avaient provoqué un tollé au Québec.

Mais le plus ironique est que le gouvernement Chrétien a bien cru un moment ne jamais pouvoir se rendre aussi loin dans ses préparatifs du plan B. George Anderson, qui était à l'époque sous-ministre des Affaires intergouvernementales sous Stéphane Dion, raconte qu'il a même craint en mai 1996 que Lucien Bouchard ne déclenche des élections rapides et tienne un référendum avant qu'Ottawa n'ait le temps d'agir. Et selon lui, s'il l'avait fait, Bouchard aurait pu l'emporter.

L'affaire Bertrand était alors devant les tribunaux. Le 12 avril, Québec présente une requête en irrecevabilité de l'affaire. Ottawa, qui avait décidé de ne pas intervenir, change alors d'avis, car la juridiction de la Cour supérieure était mise en doute. «Grave erreur», dira Dion à Diebel en parlant du choix de Québec. Lui qui souhaitait obtenir un avis juridique ajoute que «cette intervention du gouvernement du Québec était ce qui pouvait nous arriver de mieux».

L'annonce de l'intervention d'Ottawa, le 13 mai, fait bondir Lucien Bouchard, qui menace de déclencher des élections. Il tient une réunion spéciale de son cabinet et s'adresse aux médias. À Ottawa, on est sur les dents. «Anderson était convaincu que Bouchard déclencherait des élections, parce qu'il se trouvait en position de force et savait qu'Ottawa n'avait pas encore concocté sa stratégie en cas de référendum», écrit Diebel. Mais Bouchard n'annonce que l'annulation d'une réunion avec Chrétien. «Bouchard ne se retrouverait jamais dans une situation aussi avantageuse que ce jour-là, explique Anderson. De nouvelles élections auraient pu aboutir à une forte majorité, ce qui aurait donné lieu à un autre référendum et, cette fois, il l'aurait remporté.»

Les fédéraux venaient de gagner du temps et l'avantage. Selon Anderson, Bouchard a raté sa chance et Ottawa a pu respirer. On connaît la suite: renvoi devant la Cour suprême, Loi sur la clarté, départ de Bouchard...

L'ouvrage, qui paraît aussi en anglais, arrive à point nommé pour le chef libéral, qui doit encore se faire connaître au Canada anglais après la vague de publicités négatives des conservateurs. Pour les lecteurs québécois, les révélations seront plus rares, au-delà des détails sur sa vie privée, sa vie de famille, sa relation avec sa femme, sa fille et son père. On peut aussi suivre son entrée dans la course au leadership, sa campagne, ses rapports avec Gerard Kennedy et sa victoire. Le portrait, empreint de sympathie, met en évidence des aspects de la personnalité du chef libéral qui, quoique connus au Québec, ont été souvent perçus d'un point de vue négatif. L'auteur ne les nie pas mais les présente sous un autre éclairage.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Normand Chaput - Inscrit 12 mai 2007 02 h 38

    c etait une lubie

    La loi sur la clarte a indiffere a peu pres tous les quebecois. Elle a eu beucoup plus d impact sur la perception du roc. Meme la cour supreme, qui penche toujours sur le meme bord comme dirait l autre a mit de l eau dans son vin. Au grand dam du federal. Il n y avait pas lieu de partir en election, et encore moins en referendum pour cela. Mais le roc aime bien transformer une quasi defaite en victoire en se disant que si on l avait pas faite, cette loi, on serait au bord du goufre. En fait c etait une victoire du Quebec; pour la premiere fois le roc se disait que ca peut arriver et qu il faut faire quelque chose. Et la cour supreme a cautionne cette realite qu effictivement ca pourrait arriver et que ca pourrait meme etre legitime ouf! C est ce qu on appelle l effet boomerang!