Chrétien répète qu'il ratifiera Kyoto

Ottawa — Peu importe l'obstruction de l'Alliance canadienne aux Communes ou la décision des provinces d'annuler la rencontre fédérale-provinciale prévue pour vendredi, le gouvernement fédéral ira de l'avant avec la ratification du protocole de Kyoto avant la fin de l'année, a averti le premier ministre Jean Chrétien.

«Nous procéderons avant le 1er janvier. [...] Je suis content. Ça donne les résultats que nous voulions avoir. Si on n'avait pas décidé de procéder, on en aurait parlé pendant dix ans. Là, mes [fonctionnaires] me disent que, dans certains secteurs, ils veulent la certitude», a-t-il dit à sa sortie de la réunion du conseil des ministres.

«Ça force les gens à prendre des décisions et, une fois qu'elles sont prises, ils peuvent faire leur plan d'investissements en fonction de la réalité», a-t-il ajouté.

Les premiers ministres provinciaux ont décidé lundi d'annuler la réunion fédérale-provinciale des ministres de l'Environnement et de l'Énergie qui devait avoir lieu vendredi, à Toronto. Lundi, plusieurs premiers ministres ont manifesté leur mécontentement à l'endroit du plan de mise en oeuvre fédéral présenté la semaine dernière.

L'Albertain Ralph Klein a même évoqué la possibilité de contester la constitutionnalité des mesures fédérales devant les tribunaux puisque plusieurs toucheraient des domaines de compétence provinciale. Il a aussi accusé M. Chrétien de tenter, au cours de ses rencontres avec certains leaders provinciaux, de «diviser pour mieux régner».

Jean Chrétien a rejeté ces attaques, notant qu'il avait rencontré les premiers ministres de l'Ontario et de la Colombie-Britannique à leur demande.

Le ministre fédéral de l'Environnement, David Anderson, notait hier que ce sont les provinces qui ont d'abord demandé un report de la première rencontre prévue pour le 21 novembre, et voilà qu'elles annulent celle destinée à la remplacer. Il disait en ignorer la raison et refusait de parler d'impasse. Il se disait toujours prêt à rencontrer ses homologues cette semaine, la dernière chance de discuter du plan fédéral avant la tenue d'un vote aux Communes sur la ratification.

Le débat parlementaire amorcé lundi s'est toutefois enlisé depuis que l'allianciste Bob Mills a pris la parole. Étant le premier député à donner la réplique au gouvernement, il a le droit de parler aussi longtemps qu'il le veut, ce qu'il a fait toute la journée d'hier et ce qu'il compte continuer encore aujourd'hui.

Le leader parlementaire libéral Don Boudria a reconnu qu'il ne pouvait rien faire pour l'arrêter, à moins d'imposer le bâillon, ce qui empêcherait les autres partis d'intervenir.

Conservateurs et alliancistes s'opposent à la démarche du gouvernement et trouvent le traitement des provinces cavalier. Le chef conservateur Joe Clark estime que le gouvernement Chrétien a opté pour le rouleau compresseur dans ce dossier. Il doute du pouvoir d'Ottawa de mettre en oeuvre le protocole puisqu'il a besoin des provinces pour appliquer de grands pans de son plan d'action.

De l'avis de M. Anderson, il y a place aux compromis, y compris avec l'Alberta dont le plan, dit-il, propose des mesures très valables. Le problème est qu'Ottawa et Edmonton ne s'entendent pas sur les points les plus cruciaux, soit l'échéancier et les cibles de réduction d'émissions des gaz à effet de serre.

Le plan de mise en oeuvre d'Ottawa répondait à neuf des douze points soulevés récemment par les provinces. Ces dernières restent toutefois insatisfaites. Le Québec et le Manitoba estiment qu'il faut procéder quand même à la ratification, mais d'autres, en particulier l'Alberta, l'Ontario et la Colombie-Britannique, émettent de sérieux doutes.

Elles veulent qu'Ottawa précise les objectifs de réduction des émissions qu'il assigne à chaque province et s'engage à en assumer les coûts. Elles exigent aussi une évaluation plus claire de l'impact économique de la lutte contre les changements climatiques.