Conservateurs et alliancistes retardent le débat sur Kyoto

Le ministre fédéral de l’Environnement, David Anderson, a pu lancer le débat devant mener à la ratification du prototocole de Kyoto après avoir assisté, impuissant, aux tactiques dilatoires des conservateurs et alliancistes
Photo: Agence Reuters Le ministre fédéral de l’Environnement, David Anderson, a pu lancer le débat devant mener à la ratification du prototocole de Kyoto après avoir assisté, impuissant, aux tactiques dilatoires des conservateurs et alliancistes

Le débat parlementaire devant conduire à la ratification du Protocole de Kyoto a démarré au milieu des tactiques dilatoires des conservateurs et des alliancistes.

Ottawa — Après quatre heures d'attente, le ministre fédéral de l'Environnement, David Anderson, a pu lancer hier le débat qui devrait conduire au vote des Communes sur la ratification du protocole de Kyoto.

«Je me demandais si ce moment viendrait jamais», a-t-il dit avant de livrer un long plaidoyer en faveur de la ratification et de se porter à la défense des actions de son gouvernement dans ce dossier.

Rappelant l'appui accordé par Brian Mulroney à la Convention sur les changements climatiques, il a lancé de nombreuses flèches vers les conservateurs qui, avec les alliancistes, tentaient de paralyser le débat.

Les conservateurs ont d'abord demandé l'ajournement de la Chambre avant même que le débat ne commence, forçant la tenue d'un vote. Seuls les alliancistes les ont suivis, le Bloc québécois et le NPD voulant aller de l'avant. Le chef Joe Clark est revenu à la charge avec une question de privilège dénonçant des publicités diffusées durant le match de la Coupe Grey. Après que les conservateurs eurent épuisé leurs munitions, l'Alliance a pris la relève, invoquant cette fois des accrocs aux traditions parlementaires.

«On fera tout ce qu'on peut pour empêcher la ratification avant Noël», avait promis en matinée le porte-parole de l'Alliance en matière d'environnement, Bob Mills, une menace dont s'est moqué le leader parlementaire libéral Don Boudria.

«Le gouvernement aurait pu ratifier hier, s'il l'avait voulu. Ratifier n'est pas une fonction du Parlement. Ce dernier est consulté mais le pouvoir de ratifier relève, en vertu de la constitution, du pouvoir exécutif», a-t-il rappelé. Et le gouvernement est déterminé à ratifier avant la fin de l'année, a insisté M. Anderson.

Les travaux parlementaires ont été ajournés hier au moment où M. Mills faisait son discours. Ses fonctions lui accordent le droit, comme au ministre, de parler aussi longtemps qu'il le désire, ce qui signifie qu'il pourrait continuer pendant des heures.

Les conservateurs veulent qu'on retarde la ratification tant qu'on n'aura pas un consensus parmi les provinces et un plan détaillant les impacts économiques de sa mise en oeuvre. Les alliancistes, eux, s'opposent à la ratification au profit de ce qu'ils appellent une «solution canadienne». À leur avis, Kyoto serait un désastre économique sans pour autant résoudre des problèmes environnementaux plus urgents.

Le ministre Anderson a présenté, il y a une semaine, la dernière version du plan canadien de mise en oeuvre du protocole. Il disait répondre ainsi à neuf des 12 points soulevés par les provinces à la fin octobre, mais plusieurs se disent encore insatisfaites.

Le premier ministre Chrétien tentait encore hier de les amadouer. Il a rencontré en soirée le premier ministre ontarien Ernie Eves et devait faire de même ce matin avec le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell. Avec l'Albertain Ralph Klein, ces deux premiers ministres se montrent les plus récalcitrants.

Les premiers ministres provinciaux ont aussi tenu une conférence téléphonique hier matin pour discuter, entre autres, de Kyoto. La tenue d'une rencontre fédérale-provinciale des ministres de l'Environnement et de l'Énergie, vendredi à Toronto, devait être discutée.

Son sort semblait incertain hier. Selon certains médias, elle aurait été reportée. Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, ne savait plus si elle avait lieu, mais aux bureaux du ministre de l'Environnement du Québec, André Boisclair, et de celui de l'Ontarien Chris Stockwell, on n'avait rien entendu du genre et on se préparait toujours pour la rencontre. Même chose du côté du ministre Anderson.

Le débat parlementaire pourrait prendre encore plusieurs jours, à moins que le gouvernement n'impose le bâillon. L'opération ne serait pas sans risque, car il y a danger de divisions au sein du caucus libéral à l'égard de cette tactique.

Sur le fond du dossier, le gouvernement espère l'emporter puisqu'il a l'appui des bloquistes et des néo-démocrates et de la très grande majorité du caucus libéral. Une centaine de députés d'arrière-banc ont signé une lettre à cet effet cet été. Depuis que Paul Martin a exprimé des doutes, quelques-uns de ses partisans tentent cependant de reculer.

De plus, le gouvernement a dit qu'il s'agirait d'un vote de confiance. «Je parlerai donc contre le protocole de Kyoto, mais voterai pour la ratification», a indiqué sans sourciller l'Ontarien John McKay.

M. Chrétien souhaiterait participer au débat mais une décision finale n'avait pas encore été prise hier soir. Paul Martin a manifesté le même désir, mais attendait des nouvelles de la whip Marlene Catterall.