Discours du chef libéral sur la place du Québec au sein du Canada - Dion tente de contrecarrer l'opération charme de Harper

Stéphane Dion
Photo: Agence Reuters Stéphane Dion

Afin de faire contrepoids à l'entreprise de séduction de Stephen Harper, le chef du PLC, Stéphane Dion, espère rallier les Québécois en misant sur son projet de faire du Canada un «phare» en matière de réconciliation de l'économie et de l'environnement.

Cela devait être un discours marquant sur la place du Québec au sein du Canada, mais le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, se sera finalement contenté hier de décliner de grandes généralités et des voeux pieux qui n'ont pas emballé la foule venue l'écouter. Les troupes québécoises n'en resserrent pas moins les rangs autour de leur nouveau chef, malgré ses difficultés à percer.

Stéphane Dion avait choisi sa circonscription de Saint-Laurent pour livrer un discours attendu sur sa vision de la question québécoise. Il y a deux semaines, son entourage avait présenté cette allocution comme étant très importante, du moins assez pour que M. Dion veuille la rédiger lui-même. Puis, silence. Plus personne n'a tenté de le pistonner auprès de la presse et le communiqué l'annonçant a été expédié moins de 24 heures plus tôt. Le chef libéral n'a finalement offert aucune nouveauté à ce chapitre.

Il faut, a insisté M. Dion dans un discours de 30 minutes, «miser sur l'unité canadienne plutôt que sur la séparation». «Il n'y a aucune rationalité économique pour nous, les Québécois, à transformer les Ontariens et les Albertains en étrangers», a-t-il fait valoir. «Aucune rationalité économique, a-t-il ajouté, à se priver de l'entraide canadienne, car nous sommes une société plus frappée que la moyenne canadienne par la pauvreté, l'endettement, les taxes à payer et le vieillissement de la population.»

Selon au moins un libéral influent, «il y a eu deux ou trois versions de ce discours», qu'il juge d'ailleurs vide. Ce texte aurait été modifié sous la pression de certains militants québécois insatisfaits de ce qu'ils y avaient lu, ce qui expliquerait que la grande vision qui devait s'y trouver au départ n'y était plus. Des ajouts faisant référence aux Québécois auraient été demandés et obtenues, question d'adoucir le ton.

Économie et environnement

M. Dion est revenu avec son thème de prédilection: la réconciliation de l'économie avec l'environnement. «Ce libéralisme du XXIe siècle, nous lui donnerons ses consonances québécoises et nous le porterons partout au Canada», a-t-il lancé.

M. Dion a semblé tendre une main à ses opposants souverainistes. «Je sais bien qu'il y a au sein du Parti québécois et du Bloc québécois des gens de talent, avec lesquels je me sens beaucoup d'affinités, excepté une.» Il n'en a pas moins invité les électeurs à «débloquer le Québec» en élisant un parti capable de former un gouvernement à Ottawa.

Aux journalistes qui lui ont demandé à de multiples reprises ce qu'il offrait aux Québécois alléchés par le ton conciliant du conservateur Stephen Harper, M. Dion y est allé d'un souhait. «Je rêve toujours du moment où ils [les souverainistes] vont se dire: "Je peux bâtir le Québec en m'ouvrant au Canada plutôt qu'en me fermant au Canada." Quand ce moment arrive, les compétences d'une partie de ces gens, qui sont stérilisées, ne le seront plus, et ce sera formidable pour le Québec et l'ensemble du Canada.»

La salle réservée pour l'événement était bondée. Environ 500 personnes s'étaient déplacées, y compris tout le gratin libéral québécois. Seuls deux députés étaient absents (Paul Martin et Marcel Proulx). Six sénateurs étaient présents, de même que des candidats connus (Eleni Bakopanos, Denis Paradis) ou prétendants (Justin Trudeau, Marc Garneau).

Plusieurs sont montés au front pour défendre leur chef et son leadership, malgré des informations ayant circulé le matin même selon lesquelles certains libéraux souhaitaient des élections hâtives afin de précipiter la chute de Stéphane Dion. «S'il y a des mécontents, ils doivent faire comme tout le monde dans tous les partis politiques: se rallier au chef, pousser à la roue et s'assurer qu'on a les meilleurs résultats à la prochaine campagne électorale», a averti le sénateur Francis Fox.

L'astronaute Marc Garneau a par ailleurs confirmé son souhait de porter les couleurs libérales dans la circonscription de Westmount-Ville-Marie, laissée vacante par Lucienne Robillard. Mais dans l'entourage de M. Dion, on indique qu'il n'est pas question de désigner un candidat rapidement dans ce château fort, pour lequel on ne manque pas de prétendants de prestige. «On attendra de voir les candidatures qu'on a et on choisira quand ce sera vraiment nécessaire [à la veille d'un scrutin]», a expliqué cette personne.

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