Lucienne Robillard tire sa révérence

Lucienne Robillard a d’abord siégé à Québec, de 1989 à 1995, avant de se faire élire à Ottawa en 1995.
Photo: Jacques Nadeau Lucienne Robillard a d’abord siégé à Québec, de 1989 à 1995, avant de se faire élire à Ottawa en 1995.

Ottawa — Son départ a été maintes fois prédit, tout comme sa démotion ministérielle d'ailleurs, mais cette fois, c'est vrai. La députée libérale Lucienne Robillard a annoncé hier qu'elle accrochait ses patins politiques. La très convoitée circonscription de Westmount-Ville-Marie, véritable château fort libéral au coeur de Montréal, se retrouve donc libre pour une candidature de choix que son ancienne titulaire espère réservée à une autre femme.

«Ce fut une longue réflexion. J'y avais même pensé avant la dernière élection, mais les choses sont arrivées trop rapidement et je n'avais pas terminé ma réflexion», confie Mme Robillard en entrevue avec Le Devoir. «Là, il y a tellement de rumeurs d'élections, on ne sait plus sur quel pied danser. Alors je me suis dit qu'il fallait que je l'annonce maintenant pour laisser le temps à mon chef de recruter quelqu'un.»

Mme Robillard siège à Ottawa depuis 1995. Elle a été successivement ministre du Travail, de l'Immigration, secrétaire du Conseil du trésor, et ministre de l'Industrie et des Affaires intergouvernementales. Discrète, Mme Robillard était toujours renvoyée aux banquettes arrière par les analystes politiques dès qu'une rumeur de remaniement ministériel faisait surface sur la colline parlementaire. Mais seule la défaite de son gouvernement, en janvier 2006, aura eu raison de sa limousine.

«On m'a envoyée au Sénat, lieutenant-gouverneure, n'importe quoi», se rappelle-t-elle en riant. Elle avait auparavant siégé à l'Assemblée nationale de 1989 à 1995.

Mme Robillard dit que sa réflexion a commencé à l'été 2005, quand elle a eu 60 ans. «Selon les statistiques, il me reste 10 belles années de vie pleinement active, en pleine santé. Qu'est-ce que je veux faire avec ces années? Comment voudrais-je contribuer à la société?» Elle assure ne pas avoir de plan pour l'instant, notamment parce qu'elle s'engage à siéger jusqu'à la prochaine élection pour ne pas déclencher d'élection partielle inutile.

Il est certain que les rumeurs reprendront de plus belle pour lui trouver une remplaçante. Remporter l'investiture de Westmount-Ville-Marie est un laisser-passer quasi assuré pour la Chambre des communes pour quiconque est libéral.

«J'ai une filière pleine de candidatures», reconnaît Linda Julien, responsable du recrutement de candidates pour le PLC au Québec. Elle assure qu'elle fera pression pour que ce soit une femme qui remplace Mme Robillard. «Je peux vous assurer que je suis là pour sauver le comté dans ce sens-là, pour faire des représentations en ce sens-là.» Mme Robillard exprime aussi ce souhait. «C'est sûr que, comme femme en politique, je souhaiterais grandement que ce soit une autre femme, mais la décision ne m'appartient pas.»

Mme Robillard avait semé la confusion au lendemain du budget fédéral, en laissant entendre que les annonces conservatrices étaient bonnes pour le Québec. Son parti a voté contre le budget à la Chambre des communes. Elle se défend bien de quitter pour cette mini-tempête qui n'était le fruit, selon elle, que d'une citation prise hors contexte.

Vendredi dernier, le Parti libéral a donné ordre aux organisateurs du Québec, de l'Ontario et de la Saskatchewan de redoubler d'efforts dans leur préparation électorale. Les libéraux n'ont choisi que 37 candidats à travers tout le pays, soit bien moins que les conservateurs (138). Même si officiellement tout le monde dit ne pas vouloir d'élection, tous s'y préparent. Stéphane Dion a entrepris une tournée du pays pendant les deux semaines de congé parlementaire. Hier, il a livré un long discours à Toronto exposant sa vision du pays et en quoi elle est différente de celle de M. Harper, abordant des sujets aussi divers que l'environnement, les politiques sociales, l'économie et la lutte à la criminalité. M. Harper fait de même en multipliant les sorties, notamment celle sur les délais d'attente en santé, hier midi.