Le Nunavut veut adopter sa propre loi 101

Edmonton — Par des mesures rappelant la loi 101 québécoise, le gouvernement du Nunavut a déposé deux projets de loi qui imposeraient l'utilisation de l'inuktitut dans les lieux publics comme les restaurants, les écoles ou les bureaux.

«Nous voulons protéger la langue des Inuits pour l'avenir», a expliqué le ministre de la Culture, de la Langue, de l'Éducation et de la Jeunesse, Louis Tapardjuk. «Ça aura un impact sur tous nos enfants, nos familles, nos communautés, nos entreprises, nos écoles et nos gouvernements.»

M. Tapardjuk a déposé deux projets de loi sur les langues au Nunavut. Le premier, une loi sur les langues officielles, ferait de l'anglais, du français et de l'inuktitut les langues officielles du territoire. Le second, une loi sur la protection de la langue inuite, imposerait l'utilisation de l'inuktitut sur les panneaux de signalisation et dans le secteur des services afin de faire en sorte que l'utilisation des trois langues demeure sur un pied d'égalité.

L'affichage en inuktitut devrait ainsi être «au moins aussi visible que n'importe quel autre affichage utilisé» pour les «services essentiels».

Ces services essentiels englobent presque tous les secteurs d'activité du Nunavut: les services d'urgence, la restauration, les hôtels, les services publics, les télécommunications et les autres services jugés «essentiels en raison de leur nature ou de leurs conséquences».

«Quand nous parlons de services essentiels, ça touche presque toute l'industrie touristique et le secteur de la vente au détail», a affirmé M. Tapardjuk. Toutes les institutions publiques ou privées devront offrir un service au public en inuktitut et en français ou en anglais.

Le projet de loi ajoute aussi que les enfants inuits ont le droit à une éducation en inuktitut, même si le matériel pédagogique est rare dans cette langue. Il propose également la création d'un bureau qui déterminera l'utilisation officielle et la création de nouveaux mots.

La loi 101 québécoise, qui dicte l'utilisation du français dans la province, a été une des inspirations pour ces projets de loi, selon M. Tapardjuk. «C'est la direction que le Nunavut voulait prendre», a-t-il indiqué.

Comme le français l'était au Québec, l'inuktitut est menacé par l'utilisation de l'anglais. «Si vous allez dans un restaurant, vous ne verrez pas de menu en inuktitut. Tout est en anglais, a déploré le ministre. Dans les magasins régionaux, la majorité des clients sont des Inuits, mais la majorité de l'affichage est en anglais. On se demande qui est vraiment servi.»

Si ces lois sont adoptées, elles seront appliquées par un commissaire aux langues qui fera rapport directement au gouvernement. Il agira en fonction des plaintes reçues.

M. Tapardjuk a précisé que les pénalités pour ceux qui enfreindraient la loi n'ont pas encore été établies.

Une étude de Statistique Canada, publiée la semaine dernière, indiquait que l'inuktitut était une des langues autochtones les mieux préservées au pays. Plus de la moitié des 30 000 Inuits du Canada le considèrent comme leur langue maternelle et c'est la langue la plus souvent parlée à la maison par 43 % d'entre eux. Toutefois, l'utilisation de l'inuktitut décline chez les jeunes, moins susceptibles de le parler couramment.

M. Tapardjuk s'attend à une certaine opposition du milieu des affaires en raison des coûts associés à la mesure, mais il espère que les lois seront adoptées d'ici la fin de la session parlementaire.

Le ministre a estimé que ces projets de loi sont peut-être uniques au monde. «Nous ne connaissons aucune loi comme notre projet de protection de la langue, a-t-il dit. La plus proche que nous pouvons citer est la loi 101» au Québec.