Harper accuse les libéraux de sympathiser avec les talibans

Gordon O’Connor
Photo: Agence Reuters Gordon O’Connor

Ottawa — Le Parti libéral du Canada emboîte le pas au Bloc québécois et au NPD et réclame lui aussi la démission du ministre de la Défense, Gordon O'Connor. Les trois partis accusent le ministre d'être «incompétent» et d'avoir volontairement menti aux Communes dans le dossier des prisonniers afghans. Coincé sous le feu croisé des attaques de l'opposition, le ministre O'Connor a été secouru par le premier ministre Stephen Harper. Mais ce dernier a soulevé la colère des libéraux en accusant les troupes de Stéphane Dion d'être plus passionnées par les prisonniers talibans que par les soldats canadiens en Afghanistan.

À la fin de la période de questions, le chef libéral a tiré les dernières salves de l'opposition contre Gordon O'Connor. «Le premier ministre doit comprendre que son ministre s'est montré négligent et incompétent sur un enjeu très grave pour un pays comme le Canada, soit la protection des vies humaines qui sont sous notre responsabilité», a-t-il dit. Après avoir de nouveau défendu son ministre, Stephen Harper, exaspéré, a alors lancé: «Je peux comprendre la passion du leader de l'opposition et de ses députés envers les prisonniers talibans. Mais je voudrais occasionnellement qu'ils ressentent la même passion pour les soldats canadiens.» Outré, Stéphane Dion a exigé des excuses qui ne sont jamais venues. Le premier ministre a plutôt répété l'essentiel de ses propos.

Cette prise de becs démontre à quel point le ministre de la Défense est sous pression depuis le début de la semaine. Après le Bloc québécois et le NPD, le Parti libéral a aussi demandé sa démission hier. Pendant des mois, le ministre O'Connor a soutenu que la Croix-Rouge internationale avait le mandat de prévenir le Canada si des détenus talibans arrêtés par l'armée canadienne étaient maltraités par l'armée afghane une fois le transfert de prisonniers effectué. Or, il y a deux semaines, la Croix-Rouge a démenti cette information.

Le ministre O'Connor a donc offert ses excuses officielles aux députés des Communes lundi, soutenant qu'il avait mal compris les informations qu'on lui avait transmises. Le ministre a aussi demandé à la Commission des droits de l'homme afghane de s'assurer que les prisonniers remis au gouvernement afghan sont bien traités. On se rappellera que trois enquêtes sont actuellement en cours au sein des Forces canadiennes concernant des allégations de mauvais traitement subi par des prisonniers talibans aux mains des soldats canadiens. Depuis, on a appris que quatre de ces détenus ont disparu sans laisser de trace, d'où la question du suivi des prisonniers une fois le transfert effectué.

Pour les partis d'opposition, les excuses et les récentes actions de Gordon O'Connor sont insuffisantes. Hier, le député libéral Denis Coderre a rendu public un document interne du ministère de la Défense qui démontre que le ministre a été prévenu en octobre des rôles de l'armée afghane, du Canada et de la Croix-Rouge internationale dans la gestion des prisonniers.

«Nous avons devant nous un ministre incompétent qui a trompé les Canadiens, qui refuse de faire preuve de transparence dans ses dossiers et dont les excuses ne changeront strictement rien. Nous avons un général qui est incapable de lire ses notes ou de comprendre une entente de deux pages expliquant clairement le rôle de la Croix-Rouge. Pourquoi devrait-on encore lui faire confiance?», a lancé Denis Coderre.

«Toutes ces accusations ne changeront pas le fait que nous prenons actuellement tous les moyens pour nous assurer que les prisonniers sont bien traités», a répondu inlassablement Gordon O'Connor. Ce dernier maintient qu'il a fait l'erreur de bonne foi.

Mais les partis n'en démordent pas. Jack Layton juge que le ministre est «irresponsable». Gilles Duceppe juge les excuses trop faciles. «Ça ne marche pas. Ou bien il est malhonnête, ou il est incompétent. Deux qualités non requises pour être ministre.»