Le Bloc réclame la démission du ministre de la Défense

Ottawa — Le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, n'avait pas sitôt présenté ses excuses, hier, pour avoir induit en erreur la Chambre des communes au sujet des combattants talibans faits prisonniers par les troupes canadiennes et remis aux autorités afghanes, que le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et son collègue Claude Bachand ont réclamé sa démission. Les libéraux et les néo-démocrates ont également vertement critiqué le ministre conservateur lors de la période des questions.

M. O'Connor a retiré les affirmations qu'il avait faites à ses collègues de la Chambre à propos de la transmission des rapports de la Croix-Rouge sur le sort des détenus afghans.

Des excuses

Le ministre a fait des excuses «complètes et sans réserve» à la Chambre. Il a affirmé qu'il avait fourni à la Chambre une information erronée, mais qu'il l'avait fait en toute bonne foi. Il a dit en prendre pleinement la responsabilité et a exprimé ses regrets quant à cette confusion.

M. O'Connor avait auparavant affirmé que le Comité international de la Croix-Rouge assurait le suivi des conditions de détention de ces détenus afghans et qu'il en faisait rapport aux autorités canadiennes, ce que la Croix-Rouge a réfuté. La Croix-Rouge a indiqué qu'elle mène des inspections ponctuelles des conditions de détention, mais qu'elle n'avise que les autorités du pays qui incarcère les détenus.

L'Afghanistan est connu pour ses piètres conditions de détention et pour sa pratique de la torture, dénoncées par des organisations humanitaires comme Amnistie internationale.

M. O'Connor, qui a rencontré récemment le dirigeant de la Croix-Rouge internationale, a reconnu avoir commis une erreur et il a indiqué que la Croix-Rouge n'est nullement tenue de partager avec le Canada l'information sur le traitement des détenus transférés par les troupes canadiennes aux autorités afghanes.

Au cours de la période des questions, M. Duceppe et d'autres députés de l'opposition ont reproché au ministre d'avoir induit le Parlement en erreur pendant des mois. Chaque fois que le gouvernement a eu à traiter du transfert de détenus en Afghanistan, il a répondu qu'il se fiait à la Croix-Rouge pour s'assurer que les prisonniers étaient bien traités, a fait remarquer M. Duceppe, qui a alors voulu savoir si le premier ministre demanderait la démission de son ministre de la Défense.

Le leader du gouvernement en Chambre, Peter Van Loan, a répliqué que le ministre O'Connor avait corrigé l'information aussi tôt que possible.

Enquêtes

D'autres députés ont ensuite dénoncé ce qu'ils ont qualifié de tentative du gouvernement pour faire dérailler les enquêtes sur le traitement de détenus par les soldats canadiens eux-mêmes.

La semaine dernière, le ministère de la Défense avait fait savoir qu'il pourrait contester la juridiction de la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire en matière d'enquête sur des allégations de négligence au sujet du bien-être des détenus.

«Toutes les enquêtes iront de l'avant et nous attendrons l'issue de chaque enquête», a assuré le ministre O'Connor en Chambre.