Loi antiterroriste - Un seul député libéral a défié Dion

Le chef libéral, appaudi par les siens, a imposé la ligne de parti avec succès.
Photo: Agence Reuters Le chef libéral, appaudi par les siens, a imposé la ligne de parti avec succès.

Ottawa — Le nouveau chef libéral Stéphane Dion a passé avec succès son premier grand test de leadership hier soir. Un seul de ses députés a contrevenu à sa volonté en soutenant le maintien de deux clauses controversées de la loi antiterroriste. Mais ce dissident n'a pas été suffisant pour offrir la victoire aux conservateurs, qui ont ainsi vu mourir les clauses de la loi qu'ils défendaient avec passion.

La Chambre des communes a en effet rejeté par 159 voix contre 124 la requête du gouvernement de maintenir pendant encore trois ans les deux clauses controversées de la loi antiterroriste, soit les détentions préventives et les interrogatoires pour fin d'enquête, dits forcés. Ces deux clauses n'ont encore jamais été utilisées.

Les néo-démocrates et les bloquistes se sont toujours opposés à ces dispositions. La pression était davantage sur les libéraux, qui avaient eux-mêmes inclus ces clauses dans le Code criminel en 2001, mais qui s'opposaient maintenant à leur maintien sous prétexte que le contexte avait changé. M. Dion avait imposé la ligne de parti au vote d'hier soir, mais plusieurs de ses députés menaçaient d'en faire fi.

Finalement, un seul député libéral a voté avec les conservateurs: Tom Wappel, un abonné à la dissidence. Un autre député, le montréalais Irwin Cotler, a comme prévu choisi de s'abstenir. Dix autres députés libéraux n'ont tout simplement pas participé au vote, dont Derek Lee, Keith Martin et Roy Cullen, qu'on savait opposés à la nouvelle position de leur parti.

Le premier ministre Stephen Harper était furieux d'avoir perdu ce vote. Il a même prédit la mort politique de son rival libéral. «Les actions du Parti libéral vont être une question politique jusqu'à la prochaine élection», a-t-il dit. «Ce gouvernement ne va jamais abandonner la sécurité nationale. C'est le devoir du gouvernement fédéral. Et un parti qui ne prend pas ces choses au sérieux ne sera jamais choisi par les Canadiens pour former le gouvernement du Canada», a-t-il dit à sa sortie de la Chambre des communes.

Le gouvernement a tout de suite indiqué qu'il présenterait sous peu un bouquet de modifications à apporter à la loi antiterroriste. «Le ministre [de la Justice Rob] Nicholson, le ministre [de la Sécurité publique Stockwell] Day et leurs fonctionnaires rédigeront un projet de loi qui redonnera à nos organismes d'application de la loi les pouvoirs nécessaires pour prévenir les actes terroristes», a écrit le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, dans un courriel envoyé hier soir.

L'opposition demande que la loi antiterroriste soit revue dans son ensemble et non à la pièce. Les libéraux faisaient valoir qu'ils pourraient peut-être accepter le prolongement des deux mesures controversées moyennant d'autres modifications à la loi, notamment des changements à la définition même de ce qu'est le terrorisme.

«On a pris la bonne décision pour les Canadiens, a commenté M. Dion. Si le gouvernement veut revenir avec une réforme d'ensemble, on prendra le temps de bien la regarder dans l'intérêt des Canadiens parce que nous sommes très déterminés à lutter contre le terrorisme et très déterminés à protéger les droits humains.»

M. Dion n'a pas voulu dévoiler quelles seraient les conséquences pour son député récalcitrant. «C'est une question interne au caucus», a-t-il dit. Il a eu par ailleurs la victoire humble. «On a eu un très bon résultat tous ensemble. L'assiduité au vote est dans la moyenne.»

Au cours des deux dernières semaines, le gouvernement avait fait de cette question un enjeu politique central. Les conservateurs avaient même invité des proches de victimes de l'attentat terroriste d'Air India de 1985 pour plaider pour le maintien des deux clauses. Hier, ce fut le tour d'une épouse d'un Canadien mort à New York dans l'effondrement des deux tours du World Trade Center.

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