Loi antiterroriste - Les libéraux resserrent les rangs

Ottawa — Les quelques récalcitrants libéraux qui songeaient à se rallier à Stephen Harper pour prolonger l'existence de deux clauses controversées de la loi antiterroriste rentrent peu à peu dans le rang. Le vote crucial se tiendra ce soir, et plusieurs députés de Stéphane Dion ont accepté de le suivre.

Au moins trois députés libéraux qui pensaient ne pas respecter la ligne de parti libérale et appuyer le prolongement des deux clauses ont changé leur fusil d'épaule. Un quatrième, bien que n'ayant pas changé d'avis, songe à s'éclipser lors du vote pour éviter la déconvenue à son chef.

«Je m'abstiendrai par principe», a expliqué le député libéral montréalais Irwin Cotler. M. Cotler avait à l'origine, en 2001, réclamé des dates de péremption pour les deux clauses contestées de la loi antiterroriste, soit les détentions préventives et les interrogatoires pour fin d'enquête, dites forcées. Comme ces deux clauses n'ont jamais été utilisées, il se dit capable d'accepter qu'elles restent en place, mais il n'apprécie pas la façon dont les conservateurs ont utilisé ce débat à des fins partisanes.

Ces deux clauses, adoptées dans la foulée des attentats terroristes de 2001, arriveront à échéance jeudi. Un vote est nécessaire pour les réactiver. Les trois partis d'opposition, majoritaires, s'opposent à leur renouvellement. À moins de recruter un nombre suffisant de récalcitrants libéraux, les conservateurs perdront donc le scrutin.

Le premier ministre a beaucoup politisé ce dossier en établissant une adéquation entre les opposants au maintien de ces clauses et une «mollesse» dans la lutte contre le terrorisme, ce qui en a dérangé plus d'un.

Ainsi, après hésitation, l'ancien ministre Stephen Owen, de Colombie-Britannique, a aussi accepté d'appuyer Stéphane Dion. «J'en arrive à la conclusion que ces deux clauses doivent s'éteindre à moins qu'on ne mette en place des garde-fous plus importants pour éviter les erreurs et les abus», écrit-il dans une lettre expliquant sa position. Allan Tonks, un autre réfractaire à la ligne libérale, appuie désormais la position du parti.

La semaine dernière, c'est la député montréalaise Marlene Jennings, de surcroît critique en matière de Justice, qui avait dû rectifier le tir par écrit après avoir laissé entendre qu'elle voterait avec les conservateurs.

Le député libéral Keith Martin, quant à lui, n'a pas changé d'avis. «Soit je voterai contre le parti, soit je ne me présenterai pas au vote», a-t-il dit au Devoir hier. «Quand on en vient à des questions de vie ou de mort, je dois pouvoir vivre avec moi-même», a-t-il ajouté.

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