Le plan conservateur de réduction des GES fait sursauter les écologistes

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a qualifié hier de «totale hypocrisie» l'ébauche préparée par les conservateurs pour réduire les gaz à effet de serre des grands émetteurs industriels par une réduction de l'intensité des émissions plutôt que par une réduction des émissions en chiffres absolus.

Du côté des écologistes, le document divulgué hier par Le Devoir et The Globe & Mail a littéralement révolté les troupes. Le scénario des conservateurs de décembre prévoit de laisser les pétrolières hausser, malgré les engagements du protocole, leurs émissions de GES de 46 % d'ici à 2010 et de les laisser augmenter de 179 % dans la période post-2015. Globalement, le gouvernement Harper prévoit que l'ensemble des grands émetteurs pourra augmenter ses émissions d'ici à 2010 de 11 % pour les ramener à 1 % sous la barre de 2000 après 2015. Le protocole de Kyoto exige plutôt que le Canada réduise ses émissions à 6 % sous le niveau de 1990 pendant les cinq années de la période 2008-12.

«Une véritable imposture politique», affirmait Daniel Breton, de la coalition Québec-Vert-Kyoto.

«Proprement scandaleux parce que ce plan démontre que non seulement les conservateurs montrent qu'ils n'entendent pas respecter le protocole de Kyoto, mais que, contrairement à leurs affirmations, ils n'entendent pas faire de véritables efforts de réduction pour la période qui suit et au cours de laquelle on se serait attendu à ce qu'ils fassent du rattrapage», expliquait de son côté le coordonnateur de Greenpeace-Québec, Steven Guilbeault.

«Cette ébauche, a poursuivi le leader écologiste, serait proprement risible si le sujet n'était pas aussi important pour la planète. En réalité, c'est dramatique. Adopter une politique de réduction basée sur l'intensité, c'est comme si un médecin disait à quelqu'un qu'au lieu de maigrir, il doit se contenter d'engraisser moins vite. C'est scandaleux de vouloir leurrer les gens ainsi.»

Aux Communes, le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, a éludé toutes les questions directes visant à déterminer si les conservateurs allaient adopter de vraies cibles de réduction ou une stratégie basée sur l'intensité des émissions, comme le scénario divulgué hier.

Le ministre Baird a d'ailleurs donné l'impression de vouloir prendre ses distances par rapport à ce document. «Nous sommes, a-t-il dit, en train d'écrire une politique pour faire la réglementation de l'industrie au Canada, pas seulement pour les gaz à effet de serre, mais aussi pour la qualité de l'air. On n'a pas fini notre travail. On fait encore des consultations avant d'agir.»

Mais pour le chef du Bloc, Gilles Duceppe, «tant qu'il n'y a pas de cibles précises, d'approche territoriale, bien, on fait le jeu des pollueurs. C'est pollueur payé plutôt que pollueur-payeur».

Du côté de la coalition Québec-Vert-Kyoto, «avec des scénarios pareils, expliquait le porte-parole, Daniel Breton, les conservateurs ne peuvent plus rejeter la faute sur les libéraux. Désormais et sans ambiguïté, le problème, c'est eux. Au-delà des efforts des faiseurs d'image qui tentent de leur donner un peu de vernis vert, ce qu'on voit, c'est le vide total en terme de contenu politique».

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