Justin Trudeau fait le saut dans Papineau

Justin Trudeau
Photo: Agence Reuters Justin Trudeau

Ottawa — Le fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau a finalement choisi son comté: Justin Trudeau tentera de devenir le candidat du Parti libéral du Canada dans la circonscription de Papineau, au nord de l'île de Montréal. Il ne s'agit pas d'une nomination, ce qui forcera la recrue à se battre pour gagner son investiture. Surtout qu'il y aura de la concurrence.

En effet, Le Devoir a appris que Mary Deros, conseillère municipale de Parc Extension depuis huit ans, songe sérieusement à se porter elle aussi candidate à l'investiture. Le quartier de Parc Extension est à l'intérieur du comté de Papineau. Mary Deros y est décrite comme «la mère de Parc Extension» tellement elle est appréciée et connue, selon une source libérale bien branchée.

Jointe par Le Devoir hier, Mary Deros a affirmé poursuivre sa réflexion mais a rapidement ajouté ne pas être intimidée par l'arrivée d'un gros nom comme Justin Trudeau. «Si ç'avait été son père, là, oui!», a-t-elle lâché. «M. Trudeau est une personnalité, mais au bout du compte, il faut bien représenter les gens de Papineau. C'est ça, l'important. Est-il le meilleur candidat pour ça? Ça reste à voir», a-t-elle affirmé.

Le porte-parole du PLC au Québec, Fabrice Rivault, a confirmé que de cinq à dix personnes ont signifié leur intérêt et sont en train de faire les démarches nécessaires pour se porter officiellement candidat libéral dans Papineau. «À moins que tout le monde se désiste, oui, il y aura de la compétition», a-t-il dit hier. Il a toutefois indiqué ne pas avoir reçu, à ce jour, de demande officielle de candidature de la part de Justin Trudeau, qui est enseignant de formation. La date de l'assemblée d'investiture n'a pas encore été fixée.

En entrevue avec la Presse canadienne, Justin Trudeau a dit vouloir faire de la politique pour «ramener un peu de noblesse» et «réduire le cynisme qu'on trouve en politique ces jours-ci». Il a insisté pour dire qu'il se présente dans un comté pauvre et multiethnique. «Papineau est mon premier choix. Il n'y a aucun doute pour moi que représenter une telle circonscription me servira très bien comme jeune député [parce qu'il n'y a rien comme] être branché sur les préoccupations des gens qui ne sont pas aussi choyés qu'ailleurs.» Il n'a pas rappelé Le Devoir hier pour commenter davantage.

De passage à Montréal hier midi, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a qualifié d'«excellente nouvelle» l'intérêt de Justin Trudeau. «J'ai beaucoup d'estime pour son courage. Mais je ne l'impose pas [comme candidat] et il ne me l'a jamais demandé. Il y a sans doute d'autres candidats qui vont se présenter et ça va faire un bon débat entre libéraux», a-t-il dit.

À Ottawa, le député libéral de Montréal, Denis Coderre, a dit estimer que Justin Trudeau va voir «qu'est-ce que c'est de se battre sur le plancher des vaches». «Il faut qu'il vende des cartes [de membre]. Je lui souhaite bonne chance», a-t-il dit avant d'ajouter avec sarcasme que ce sera «une belle expérience de vie pour lui».

Papineau est une des circonscriptions les plus hétérogènes de l'île de Montréal. Elle comprend le quartier de Parc Extension, une partie francophone du quartier Villeray et une partie du quartier Saint-Michel, qui abrite une importante communauté haïtienne. Lors du scrutin de janvier 2006, la bloquiste Viviane Barbot l'avait emporté avec 990 voix de majorité. Ce comté montréalais est considéré comme prenable par les libéraux, qui estiment l'avoir laisser échapper «dans une erreur de parcours», selon les mots de Denis Coderre. L'historique du comté est effectivement très libéral.

Mais le chef du Bloc québécois s'inscrit en faux. «Ce n'est pas une question d'accident de parcours, voyons donc! J'appelle ça la démocratie», a-t-il dit hier. Gilles Duceppe estime que Justin Trudeau devra s'expliquer sur plusieurs choses. «Il ne reconnaît pas la nation québécoise. Ça part mal. Je ne sais pas quelle est sa position sur la loi 101 non plus. On verra bien. [...] Il y a loin de la coupe aux lèvres.» À propos de la nation, Denis Coderre en convient. «Il devra s'expliquer. Vous savez que moi, j'appuie le Québec comme étant une nation. On va avoir des bonnes discussions.»

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