Eddie Goldenberg au Devoir - Les libéraux savaient que les cibles de Kyoto étaient inaccessibles

Le chef libéral Stéphane Dion faisait partie du cabinet de Jean Chrétien quand le protocole de Kyoto a été signé. Hier, l’ancien conseiller de Jean Chrétien a expliqué que les libéraux ont approuvé le protocole en sachant que les cibles serai
Photo: Jacques Nadeau Le chef libéral Stéphane Dion faisait partie du cabinet de Jean Chrétien quand le protocole de Kyoto a été signé. Hier, l’ancien conseiller de Jean Chrétien a expliqué que les libéraux ont approuvé le protocole en sachant que les cibles serai

Ottawa — L'ancien conseiller spécial de Jean Chrétien, Eddie Goldenberg, soutient que la signature canadienne au bas du protocole de Kyoto en 2002 visait avant tout à «conscientiser» l'opinion publique aux efforts immenses qui doivent être faits pour lutter contre les changements climatiques. Dans une entrevue accordée au Devoir hier, mais également lors d'un discours livré au Canadian Club de London, Eddie Goldenberg a aussi soutenu que le gouvernement Chrétien n'était pas prêt à l'époque à atteindre les objectifs de Kyoto, qu'il qualifie «d'extrêmement ambitieux». Il affirme même que la possibilité de rater la première échéance du protocole de Kyoto était évaluée comme une forte possibilité au sein du gouvernement libéral de l'époque.

Lors de l'entrevue, Eddie Goldenberg a soutenu que le gouvernement Chrétien «aurait dû en faire plus» pour tenter d'atteindre les objectifs de Kyoto, mais il ajoute immédiatement que l'opposition féroce de l'Alliance canadienne, de certaines provinces et du milieu des affaires était tellement forte qu'il avait été difficile d'aller de l'avant. L'opinion publique, pourtant favorable à Kyoto, n'était pas non plus prête à faire les sacrifices nécessaires, dit-il. Selon M. Goldenberg, qui a été conseiller de Jean Chrétien pendant toute la durée des mandats libéraux entre 1993 et 2003, Stephen Harper est le premier à avoir les coudées franches pour agir vraiment.

Aux premières loges

Eddie Goldenberg était aux premières loges en 2002 lorsque le cabinet Chrétien a décidé de signer le protocole de Kyoto. Il a vécu tous les tiraillements de l'intérieur. «Quand on a décidé de signer, on savait que c'était extrêmement ambitieux et que ce serait difficile d'atteindre les cibles de Kyoto», a-t-il dit au Devoir. «Mais en même temps, on pensait que c'était plus dommageable de ne rien faire. Il fallait le signer. C'était nécessaire.»

Hier midi, devant le Canadian Club de London, en Ontario, Eddie Goldenberg a livré essentiellement le même discours, ajoutant même que le gouvernement Chrétien n'était pas prêt à faire face à ce défi. «Les Canadiens étaient prêts à ce qu'on signe ce traité, même si l'opposition officielle aux Communes, quelques gouvernements provinciaux et la communauté des affaires se sont battus bec et ongles à l'époque, a-t-il dit dans son allocution, obtenue par Le Devoir. Mais je ne suis pas certain que l'opinion publique canadienne, qui était très favorable à Kyoto dans l'abstrait, était à ce moment-là prête à faire des gestes concrets pour lutter contre les changements climatiques. Pas plus que le gouvernement lui-même avec ce qu'il y avait vraiment à faire. Les cibles de Kyoto étaient extrêmement ambitieuses et c'était tout à fait possible qu'au bout du compte, les objectifs à court terme doivent être repoussés.»

Selon Eddie Goldenberg, «conscientiser les gens à l'ampleur du problème» était le plus important. «Je crois que signer Kyoto malgré l'opposition très forte a servi à galvaniser l'opinion publique et à amener le Canada où il est aujourd'hui. Sur le long terme, c'est beaucoup plus important que de savoir si on peut atteindre les premières échéances de l'accord [fixé pour 2008-12]», a-t-il dit à London.

Pour faire bouger les citoyens, il faut les préparer à l'avance, surtout dans un dossier aussi exigeant que celui du réchauffement de la planète, dit-il. «Pour réussir un virage dans les politiques publiques, il faut que l'opinion publique soit prête, affirme Eddie Goldenberg. Par exemple, il n'aurait pas été possible de lutter contre les déficits dans les années 80, les gens n'étaient pas prêts. Quand on a ratifié Kyoto, la population n'était pas prête à faire les sacrifices qui s'imposaient. Mais les choses ont changé. Harper peut agir, les gens vont suivre. Mais à la place, il a perdu un an et ne fait rien.»

Il affirme n'avoir jamais pensé que les cibles de Kyoto étaient inaccessibles, malgré leur ampleur pour un pays comme le Canada. Il met toutefois en garde les gens. «Ne nous leurrons pas, il y aura des coûts, et des coûts importants en dollars, autant pour les gens d'affaires que pour les contribuables, et pas seulement au Canada. Mais si la communauté d'affaires n'est pas coopérative et fait de l'obstruction, si elle cherche seulement un pansement au problème et crie sur tous les toits que le ciel va nous tomber sur la tête et que l'économie va s'effondrer, ce sera une énorme erreur», a-t-il dit à London. Selon Eddie Goldenberg, les entreprises ont les yeux rivés sur leurs profits trimestriels, alors que les gouvernements ont les yeux sur les sondages à court terme, ce qui n'aide pas à lutter contre un problème complexe et à long terme comme les changements climatiques.

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