Afghanistan - Le Canada doit être ferme sur la date de son retrait, selon Dion

Pour le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, il n'est pas question que les troupes canadiennes poursuivent leur mission de sécurisation de la région de Kandahar, en Afghanistan, au-delà de la date butoir de février 2009. Il presse donc le premier ministre Stephen Harper de faire comprendre aux autres pays membres de l'OTAN qu'ils devront prendre le relais lorsque cette échéance «non négociable» sera atteinte.

Si les libéraux prennent le pouvoir avant cette date, le chef de l'opposition officielle s'est néanmoins engagé à maintenir les effectifs militaires canadiens actuellement en Afghanistan jusqu'en 2009, mais en se réservant «la possibilité de réaffecter notre groupe de combat à d'autres missions de première importance en manque d'effectifs, comme, par exemple, l'entraînement de l'armée nationale afghane. Ces troupes pourraient aussi être redéployées vers des équipes provinciales de reconstruction supplémentaires», a-t-il expliqué lors d'une conférence prononcée devant un peu plus d'une centaine d'étudiants de l'Université de Montréal.

Et même si son ultimatum semblait indiquer qu'il retirerait complètement les militaires canadiens, il a par la suite nuancé ses propos. «Nous ne disons pas que nous sortirons de l'Afghanistan en 2009. Nous disons que la mission de Kandahar se termine en 2009 et que l'OTAN doit trouver un remplaçant», a dit M. Dion, sans préciser à quoi pourraient être affectés les militaires après cette date.

Chose certaine, «tant et aussi longtemps que les autres pays membres de l'OTAN croient que la durée de notre engagement est indéterminée, ils ne feront jamais de préparatifs en vue de notre départ», croit-il. Or, selon lui, le gouvernement conservateur entretient un flou sur cette question. Stéphane Dion a notamment rappelé qu'à la fin de janvier, le critique libéral en matière de défense nationale, Denis Coderre, avait exhibé un document rédigé par les hauts gradés de l'armée qui montrerait que les Forces canadiennes planifient une stratégie en Afghanistan jusqu'en 2011.

Clarifier l'engagement

Il est donc temps, au dire du chef libéral, de «clarifier notre engagement» et d'user de «diplomatie» avec les autres pays membres de l'OTAN, deux domaines où les conservateurs ont échoué, selon M. Dion. «Pour que nos efforts soient couronnés de succès, il faut que davantage de pays participent aux efforts de reconstruction et aux opérations militaires dans le sud de l'Afghanistan, et il faut que ces interventions soient mieux coordonnées», estime-t-il.

Stéphane Dion fait siennes les conclusions du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Ce dernier a recommandé, dans un rapport intitulé Les troupes canadiennes en Afghanistan: il faut voir les choses en face, que le Canada «reconsidère son engagement si l'OTAN ne met pas en place d'ici à 12 mois une force de stabilisation sensiblement plus nombreuse et pleinement engagée». S'il prend éventuellement le pouvoir, il s'est donc engagé à discuter avec les alliés du Canada afin de les «convaincre de partager la charge qui nous incombe dans le sud de l'Afghanistan».

Le leader libéral est également convaincu de la nécessité de «confier le plus de responsabilités possible aux militaires, aux policiers et aux élus afghans» dans le processus de reconstruction et de relance économique. Et rien de tout cela ne sera possible, selon Stéphane Dion, si on ne peut «gagner la confiance et l'estime des Afghans». «Il faut que la population locale puisse associer notre armée et notre pays aux efforts de reconstruction», a-t-il résumé. Or les soldats canadiens sont appelés à «contrer une importante et violente insurrection», ce qui les a détournés de leur «objectif principal», soit la reconstruction du pays.

Un changement de cap est donc urgent. Il faudrait notamment répondre aux besoins criants en soins de santé, mais aussi améliorer substantiellement l'accès à l'eau potable. Le problème de l'opium doit en outre être abordé autrement que par la simple éradication. Dans ce domaine, Stéphane Dion reprend les idées formulées récemment par le chef bloquiste Gilles Duceppe. Il estime donc qu'on doit aider les paysans à se tourner vers d'autres cultures, mais aussi envisager d'acheter leurs récoltes pour des fins médicinales, soit la production de morphine et de codéine.

«C'est dommage parce que c'est une position d'une girouette et moi, je pense que les Canadiens veulent un vrai choix, a répliqué le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton. Le NPD a proposé un retrait de nos troupes et d'avoir une approche tout à fait différente en Afghanistan que l'approche du gouvernement. M. Dion a voté contre cette mission, mais maintenant il va l'appuyer pendant deux ans de plus. C'est dommage.»

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

Le Devoir

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