Achat de C-17: il fallait faire vite, dit O'Connor

Le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, et le général Rick Hillier ont essuyé de vives critiques de l'opposition hier au Comité de la défense concernant leurs achats militaires de 17 milliards de dollars. Les partis d'opposition n'ont pas manqué de leur rappeler les nombreuses controverses soulevées par ces achats, ce qui a poussé le ministre sur la défensive. Mais selon Gordon O'Connor, ces achats militaires étaient nécessaires «le plus tôt possible».

Ottawa — La première journée d'audience sur les achats militaires au Comité permanent de la défense a été presque entièrement monopolisée par le contrat accordé à Boeing pour l'acquisition de quatre avions de transport stratégiques C-17. Le ministre O'Connor et le général Hillier, lui aussi appelé à témoigner, ont défendu bec et ongles cet achat, balayant dans la cour des autres ministères les controverses sur les retombées économiques, le processus sans appel d'offres et les contraintes de l'ITAR sur la double citoyenneté.

Le député libéral Denis Coderre a ouvert les hostilités, soutenant que le Canada n'a pas besoin des

C-17, un énorme avion de transport. Ce type d'avion a été utilisé notamment pour amener toute l'équipe de la DART et son volumineux équipement en zone de catastrophe humanitaire. La dernière fois, c'était lors du tsunami en Asie. «Dans le passé, quand on avait absolument besoin de ce type d'avion, on louait un Antonov russe ou on demandait à l'OTAN, qui a plusieurs de ces avions disponibles pour ses membres. On peut les avoir en 48 heures. Alors pourquoi en acheter au coût de 3,4 milliards? Les contribuables n'en ont pas pour leur argent», a soutenu le député.

Gordon O'Connor s'inscrit en faux contre ces propos. «Le ministère réclame ce type d'avion depuis dix ans, c'est vous [les libéraux] qui ne l'avez pas écouté», a-t-il d'abord répliqué. Selon le ministre, le Canada ne doit plus dépendre d'un autre pays. «On dépend souvent de la Russie pour louer un avion de transport stratégique. Mais on a déjà vu la Russie refuser de nous le louer parce qu'elle n'aimait pas la nature de la mission. On ne veut pas être l'otage d'un autre pays pour nos déplacements.» Le général Rick Hillier ajoute que les avions C-17 de l'OTAN sont très en demande. «Tout le monde veut répondre aux crises en même temps. Ce n'est pas évident que les avions sont toujours libre», dit-il.

Le député du Bloc québécois, Claude Bachand, a quant à lui talonné le ministre sur la rapidité des achats effectués par le gouvernement conservateur. «Pour que les contribuables en aient pour leur argent, il ne faut pas aller trop vite. Quand on veut des équipements à tout prix, même sans appel d'offres, on perd notre pouvoir de négociation [avec les manufacturiers]», a-t-il lancé.

Le ministre a alors reconnu qu'il a fait «aussi vite que possible». «On a besoin d'aller rapidement», a-t-il dit, puisque les Forces canadiennes «doivent avoir le meilleur équipement disponible», ce qui n'est pas le cas avec sa flotte vieillissante. Le général Hillier, assis à la droite du ministre O'Connor, est allé dans le même sens. «C'est bien d'avoir des retombées économiques, mais pour nous, l'important est d'avoir les équipements le plus tôt possible», a-t-il dit.

Cette précipitation a-t-elle incité les fonctionnaires à tourner les coins rond pour accélérer le processus d'achat, notamment en préqualifiant certains constructeurs au détriment d'un vrai appel d'offres? Le ministre O'Connor a détourné toutes les questions sur le processus d'acquisition vers le ministère des Travaux publics, responsable des contrats. «À la Défense, on ne fait que choisir les critères en fonction de nos besoins. Le reste, ce n'est pas chez nous. Industrie Canada s'occupe des retombées économiques et les Travaux publics, des contrats», a affirmé le ministre.

L'opposition a alors saisi la balle au bond. Pourquoi alors avoir changé les critères de capacité pour l'achat des C-17 seulement un mois avant l'annonce officielle, ce qui favorisait automatiquement Boeing, comme Le Devoir l'a révélé il y a une dizaine de jours? Surtout, pourquoi l'avoir fait malgré un avis contraire du haut fonctionnaire responsable des besoins aériens des Forces canadiennes, qui prévenait que cette modification allait disqualifier le seul autre concurrent de Boeing, soit le A400M de Airbus?

Après avoir esquivé une première fois la question, le ministre O'Connor a simplement répondu que les critères d'achat pouvaient changer en cours de route. De son côté, le général Hillier s'est défendu d'avoir modifié sur papier les besoins de l'armée pour obtenir les

C-17. «On a fait nos analyses. On a fait nos études. Et on a choisi les critères en fonction de nos besoins. Oui, parfois les critères changent en cours de route. C'est normal», a-t-il dit. Le ministre O'Connor a soutenu n'avoir «jamais interféré dans un aucun processus d'achat». «Je ne le ferai jamais non plus», a-t-il dit.

Le Comité de la défense doit se pencher sur les achats militaires jusqu'au début du mois de mars. Les députés ont décidé de faire la lumière sur ces contrats qui totalisent 17 milliards à la suite d'articles et de reportages des médias, notamment dans Le Devoir, qui faisaient état de favoritisme dans la sélection des manufacturiers.
1 commentaire
  • Gilles Hudicourt - Inscrit 7 février 2007 09 h 07

    Énoncé du besoin opérationnel

    l'Énoncé du besoin opérationnel comme l'apelle le MDN, ou ce qui devrait en fait se nommer le cahier des charges, précisait que l'Avion de transport stratégique devait être capable de transporter 19,5 tonnes sur 3,500 milles nautiques et d'avoir une cabine assez grande pour embarquer tous les véhicules sur roues des FC. L'idée était d'avoir un avion capable de traverser l'océan Atlantique avec à son bord nos véhicules blindés sur roues, le plus gros étant les VBL-III (17 tonnes et 2m 80 de hauteur).

    C'est que les Hercules, même le nouveau C-130-J que les FC vont acheter, et dont la soute cargo n'a que 2m74 de hauteur, ne sont pas capables d'emporter ces VBL-III sans devoir les démonter, et ne peuvent traverser l'Atlantique avec une telle charge. Un C-130J même avec une charge réduite de 15,8 tonnes à bord, n'a une autonomie que de 1,600 miles nautiques, pas de quoi faire le trajet Gander-Irelande, qui est de 1,715 miles nautiques en ligne droite. Nos vieux Hercules ne peuvent faire cette traversée qu'avec 10 à 12 tonnes à bord.


    Il fallait donc un appareil un peu plus gros qu'un Hercule. Les deux candidats évident pour un tel cahier des charges se sont, après étude, révélés être le Airbus A400M de 120 millions de dollars, et le Antonov 70 de 60 million de dollars, d'une capacité de 37 tonnes et de 47 tonnes respectivement. En réalisant cela, et en voulant assurer la place au Boeing C-17, on a arbitrairement augmenté la charge utile du cahier des charges à 39 tonnes, deux tonnes plus élevé que que le A400M ne soit capable d'emporter. On a éliminé le AN-70 en ajoutant que l'appareil choisi devrait être homologué au Canada avant la signature du contrat, qui, comme nous le savons, a eu lieu voilà quelques jours.

    Le AN-70 vole depuis belle lurette mais n'est pas encore été homologué, faut d'argent qu'un contrat comme celui des FC lui aurait amplement procuré, s'il y avait des gens honnêtes au MDN. L'augmentation à 39 tonnes n'a pas été modifiée pour être en mesure d'emporter nos blindés Léopards (qui a des chenilles et non des roues), puisque ceux-ci pèsent 44 tonnes et que le cahier des charges précise encore "véhicules sur roues". On notera toutefois que 39 tonnes est le double de 19.5. J'imagine que les FC vont prétendre qu'ils veulent un avion capable de prendre 2 VBL-III à la fois.

    Ça laisse toujours la place à l'Antonov 70 de 60 millions de dollars si jamais les gens au MDN vont laisser la chance à cet avion (ukrainien et non russe pour ceux qui feignent d'ignorer leur géographie) de soumissionner en bonne et due forme selon les termes prévus par la loi du Canada. Ce sont des milliards qui sont en jeu, des milliards qui à mon avis valent bien un petit délais de 6 mois, le temps de permettre à deux appareils d'être comparés légalement via le procéssus d'appel d'offre.