Le ministre de la Justice défend la décision d'impliquer les policiers dans la sélection des juges

Ottawa — Le nouveau ministre de la Justice, Rob Nicholson, a défendu la décision de son prédécesseur de placer des policiers dans les comités de sélection des juges. Il ne faut pas y voir de partisanerie, a-t-il plaidé, et ce, même si certains des policiers nommés sont des alliés connus des conservateurs dans leur lutte contre le registre des armes à feu.

«S'il vous plaît, gardez un esprit ouvert!», a lancé le ministre en comité parlementaire hier après-midi. «Je crois que les policiers contribueront de manière positive. Je ne les vois pas comme un groupe d'individus n'étant pas au diapason [de la communauté juridique].»

Le gouvernement conservateur a essuyé de sévères critiques pour avoir modifié la composition des comités lui recommandant des candidatures pour pourvoir les postes de juge. Un huitième membre issu de la communauté policière a été ajouté. Pour éviter les votes à égalité, le représentant de la magistrature s'est vu retirer son droit de vote, avec pour effet que ce sont les membres désignés par le gouvernement fédéral qui détiennent désormais une majorité votante.

«Ce changement a été apporté pour donner au nouveau gouvernement une occasion de noyauter les conseils consultatifs et influer sur le processus de recrutement de manière inappropriée», a lancé le libéral Brian Murphy. Le ministre Nicholson ne le voit pas ainsi, rappelant que la plupart des recommandations de candidature se font à l'unanimité, sans vote. «Je n'accepte pas la prémisse voulant qu'il y ait une atmosphère de combat ou de confrontation sur ces comités», plaide le ministre.

Cette modification est déjà en fonction. Des 13 conseils consultatifs de la magistrature au pays, 12 ont déjà été dotés de leur membre policier. Au Québec, dans le comité pour l'Est de la province, on trouve Jean-Guy Dagenais, le président de l'Association des policiers provinciaux. Pour l'Ouest, c'est Denis Côté, président de la Fédération des policiers municipaux du Québec. M. Côté est un des rares policiers à s'être prononcés contre le registre des armes à feu, qu'Ottawa veut démanteler.

Rares sont les policiers qui ont appuyé l'initiative conservatrice visant à restreindre le contrôle des armes à feu. Pourtant, Ottawa a réussi à en trouver un autre pour siéger dans les comités de sélection des juges. Il s'agit de Loren Schinkel, de Winnipeg. Il avait déjà déclaré que le registre ayant coûté quelques milliards et que le budget annuel de la police de Winnipeg était de 150 millions de dollars, «vous pouvez certainement comprendre ce que cet argent pourrait accomplir pour nos citoyens». MM. Schinkel et Côté avaient tous les deux été cités dans un des communiqués de presse du député conservateur Gary Breitkreuz, parti en guerre contre le registre des armes à feu depuis sa création.