Les conservateurs renient une de leurs cinq promesses

Ottawa — Le gouvernement conservateur, qui a fait du respect de ses promesses électorales une vertu, renonce à réaliser une de ses cinq priorités. La «Garantie sur les délais d'attente» en santé, qui devait même permettre aux Canadiens d'aller se faire soigner à l'étranger en cas de trop longs délais, ne sera pas honorée par les troupes de Stephen Harper.

«Je n'ai jamais laissé entendre que nous accomplirions cela au cours de la première année de notre mandat, ni même des deux premières années de notre mandat», a déclaré le ministre de la Santé, Tony Clement, au cours d'une entrevue avec le quotidien Ottawa Citizen publiée hier. «Vous devriez vous méfier de tout politicien qui dit que cela peut être fait d'un coup de baguette parce qu'il peut faire plus de mal que de bien.»

M. Clement, qui change complètement la promesse de son gouvernement, soutient dans cette entrevue qu'«il n'a jamais été question seulement de se fixer un but, mais une façon méthodique d'y arriver». Pourtant, le programme électoral conservateur est limpide. «Un gouvernement conservateur collaborera avec les provinces pour offrir une Garantie sur les délais d'attente pour les patients afin que tous les Canadiens reçoivent les traitements médicaux essentiels dans des délais d'attente cliniquement acceptables ou qu'ils peuvent être traité [sic] dans une autre juridiction.»

Stephen Harper en avait même fait une de ses cinq priorités, dont la liste était répétée en campagne électorale comme un mantra. Si le plan libéral parlait de mettre en place des délais-cibles à la fin de 2007, «le plan conservateur se mettra en place immédiatement, il ne sera pas reporté à 2007», soutenait M. Harper.

Hier, les partis d'opposition ont attaqué le gouvernement pour ce revirement de position. «Le gouvernement recule», a lancé le chef du NPD, Jack Layton. Le chef libéral, lui, y voit la preuve que M. Harper a menti comme, selon lui, pour le déséquilibre fiscal ou les fiducies de revenus. «C'est la même chose dans tellement de domaines, c'est un gouvernement qu'on ne peut pas croire, a lancé Stéphane Dion. Monsieur Harper, on ne peut pas le croire. Quand il vous dit quelque chose, vous ne pouvez pas le croire. Il est capable de dire le contraire le lendemain si ça fait son affaire.»

Le premier ministre Stephen Harper a nié avoir reculé. «Ce gouvernement a l'intention d'honorer sa promesse en santé, a-t-il dit en Chambre. La vérité, c'est que le gouvernement a mis en place avec les provinces un certain nombre de projets-pilotes sur les délais d'attente, et nous constatons aujourd'hui que ces délais commencent à diminuer. C'est un objectif à long terme.»

Le ministre Clement a même cité une étude de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) publiée hier selon laquelle 42 000 chirurgies supplémentaires avaient été effectuées au cours de la dernière année. «Nous faisons des progrès et cela démontre que les provinces et le gouvernement fédéral travaillent ensemble», a-t-il dit à sa sortie de la Chambre des communes.

Ce qu'il n'a pas précisé, toutefois, c'est que l'augmentation du nombre de chirurgies n'a pas nécessairement diminué les temps d'attente. «L'impact sur le temps d'attente? Nous ne pouvons pas le dire, conclut la présidente de l'ICIS, Glenda Yeates. Alors, nous savons qu'il y a plus de chirurgies qui sont effectuées, mais cela veut-il dire que les gens attendent moins longtemps? Nous n'en sommes pas sûrs.»