Contrat pour l'achat de quatre avions C-17 de la société Boeing - Des retombées marginales pour l'industrie aérospatiale canadienne?

Le débat a continué de faire rage hier à la Chambre des communes au sujet de l’octroi du contrat d’achat de quatre avions militaires à la société Boeing, certains disant même douter que l’industrie aérospatiale canadienne puisse en profiter
Photo: Le débat a continué de faire rage hier à la Chambre des communes au sujet de l’octroi du contrat d’achat de quatre avions militaires à la société Boeing, certains disant même douter que l’industrie aérospatiale canadienne puisse en profiter

Les partis d'opposition ont continué de talonner le gouvernement Harper hier au sujet de l'achat des quatre avions C-17 de Boeing. Ce contrat sera d'ailleurs signé cet après-midi, en Ontario, alors que le Bloc québécois et le Parti libéral soutiennent que cet achat est mal ficelé et que le Québec va «perdre des emplois».

Ottawa — Le ministre de la Défense avait hâte de signer définitivement le contrat pour l'achat des quatre C-17 de l'avionneur américain Boeing. Et ce sera chose faite cet après-midi, à Trenton, en Ontario. Selon les informations qui circulent à Ottawa, le contrat annoncé demain sera d'une valeur d'environ un milliard de dollars, ce qui correspond au coût d'acquisition des appareils. Mais la valeur totale devrait éventuellement atteindre près de 3,4 milliards sur 20 ans, incluant l'entretien. De plus, il n'était pas clair hier si Boeing et le fédéral allaient révéler la répartition régionale des retombées économiques, ce qui est au coeur de la controverse aux Communes depuis trois jours.

Certaines sources affirment que Boeing et Ottawa se sont entendus pour fixer immédiatement 60 % des premières retombées économiques, alors que les 40 % restantes viendraient sur une longue période. Il n'a pas été possible de faire confirmer cette information hier.

Malgré l'imminence de la signature du contrat, la controverse s'est poursuivie hier aux Communes. Le critique libéral en matière de défense, Denis Coderre, a fait écho aux informations qui circulent au sein du ministère de la Défense et dans le milieu très actif des lobbyistes militaires, à savoir que les retombées économiques de 3,4 milliards seraient uniquement indirectes, ce qui empêcherait l'industrie aérospatiale canadienne de profiter de l'expertise de Boeing pour se développer.

Selon plusieurs sources, Boeing aurait décidé, avec l'assentiment d'Ottawa, non seulement de faire construire toutes les parties de l'avion aux États-Unis, mais aussi d'en faire l'entretien de deuxième et troisième ligne, soit l'entretien d'importance. Boeing n'aurait donc pas l'obligation de céder une partie de sa propriété intellectuelle sur certaines pièces.

Boeing a toujours l'obligation de réinvestir au Canada l'équivalent de chaque dollar du contrat, donc 3,4 milliards, puisque c'est une loi canadienne. Mais rien ne l'oblige à fournir des retombées économiques directes. Hier, Denis Coderre était furieux, lui qui aurait aimé un contrat plus avantageux pour le Canada. «C'est avec les retombées directes qu'on peut faire de la recherche et du développement. Les retombées indirectes, c'est changer le papier de toilette dans les avions. On va changer le lave-glace, on va mettre de l'huile, puis on va mettre du gaz. That's it, that's all. Ça n'a pas de sens.»

Au Sénat, le ministre des Travaux publics, Michael Fortier, a réfuté ces informations. «Nous voulons que ces dollars soient réinvestis au Canada dans le secteur de l'aérospatiale et de la défense, partout au Canada, pour s'assurer d'avoir des compagnies plus dynamiques qu'elles ne le sont aujourd'hui», a-t-il dit.

Les TCA

Le syndicat des TCA, qui représente 12 000 travailleurs dans l'industrie aérospatiale, a également plongé dans la bagarre hier. Dans un communiqué, la centrale syndicale dénonce «le manque de fermeté» du gouvernement Harper, qui laisse le loisir à Boeing de construire toutes les parties de l'avion aux États-Unis. Et puisque l'industrie canadienne se concentre à 55 % au Québec, le syndicat attaque particulièrement les ministres québécois, leur reprochant leur laisser-aller.

Michel Gauthier, du Bloc québécois, a de son côté réclamé pour une troisième journée consécutive une part plus élevée des retombées pour le Québec, alors que les informations qui circulent laissent entendre que la province va récolter de 20 à 25 % des retombées, soit autant que l'Ontario et l'ouest du pays. Le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, refuse de garantir une plus grande part au Québec, soutenant que c'est le libre marché qui doit dicter les règles et laissant ainsi le feu vert à Boeing pour choisir qui aura les contrats.

«C'est inacceptable. Ce n'est pas ça qu'on attend d'un gouvernement. Ce n'est surtout pas ça qu'on peut accepter quand on sait bien que, quand vient le temps de protéger l'industrie automobile [ontarienne], il n'y a jamais de problème», a lancé Michel Gauthier. Le Bloc réclame 60 % des retombées pour le Québec. «[Maxime Bernier] savait très bien qu'en prenant cette décision-là [laisser le choix à Boeing], il portait un coup fatal à l'industrie aéronautique au Québec. On va perdre des emplois. On va perdre du développement technologique», a dit Michel Gauthier.