Respect de Kyoto - L'opposition tente de forcer la main des conservateurs

Ottawa — L'intérêt récent du gouvernement conservateur envers le problème du réchauffement climatique n'est qu'une manoeuvre électorale, a plaidé hier le chef libéral Stéphane Dion.

Pour une quatrième journée consécutive depuis la reprise des travaux aux Communes, les libéraux ont mis l'accent sur l'environnement. Hier, dans le cadre d'une journée de l'opposition, ils ont forcé le débat sur une motion pressant entre autres le gouvernement conservateur minoritaire de «reconfirmer l'engagement du Canada à respecter intégralement les principes et les objectifs du protocole de Kyoto».

Le vote sur cette motion devrait avoir lieu lundi, et tout semble indiquer que celle-ci sera adoptée puisque le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont annoncé qu'ils l'appuieraient. Même si la motion est adoptée aux Communes, le gouvernement n'est cependant pas obligé d'en respecter la teneur.

La stratégie des libéraux vise à obliger les conservateurs à se prononcer, lors d'un vote, en faveur ou non du protocole de Kyoto. Le Bloc avait fait de même avec une motion similaire au printemps 2006.

Rien de tout cela n'ébranle toutefois le gouvernement conservateur, qui s'oppose à ce plus récent effort des libéraux. Selon le ministre de l'Environnement, John Baird, qui n'a en aucun cas critiqué le traité international, c'est l'affirmation dans la motion que la Loi canadienne sur la protection de l'environnement peut être utilisée dès maintenant pour réduire les émissions qui pose problème.

«Cette motion n'est qu'une tentative de faire dérailler la réglementation la plus stricte des gaz à effet de serre de l'histoire canadienne», a résumé le ministre Baird, défendant les mesures présentées par les conservateurs l'automne dernier. C'est ce plan qui alimente les attaques des libéraux.

Dans son discours pour expliquer et défendre la présentation de la motion, M. Dion s'est aussi attardé, une fois de plus, à dresser la liste des coupes effectuées l'an dernier par le gouvernement conservateur, à son arrivée au pouvoir. Ce n'est qu'à la fin de l'année 2006, se rendant compte que la population ne lui faisait pas confiance pour s'attaquer à un problème urgent d'envergure internationale, que le premier ministre Stephen Harper a changé de cap, soutiennent les libéraux.

Pour le chef de l'opposition officielle, cette volte-face de son adversaire n'est pas sincère.

«Les Canadiens ne sont pas dupes, a fait valoir M. Dion dans son discours aux Communes. Ils savent que le premier ministre n'est pas du tout attaché à la lutte contre les changements climatiques. Son seul engagement est de préparer son parti à une élection.»

La motion n'est que la première attaque des libéraux. Aujourd'hui, les députés débattront du projet de loi du libéral Pablo Rodriguez sur le respect des objectifs de Kyoto. Les libéraux espèrent que la mesure sera soumise au vote en troisième lecture le 14 février.

«Il nous faut un nouveau gouvernement», a répété à quelques reprises le chef libéral.

Pas du tout, a répliqué le ministre Baird, qui s'est fait un plaisir de rappeler les «13 ans d'inaction» du gouvernement libéral.