Les talibans fourbissent leurs armes

1900 soldats de la base de Valcartier prendront la relève l’été prochain.
Photo: Agence France-Presse (photo) 1900 soldats de la base de Valcartier prendront la relève l’été prochain.

Ottawa — Les 1900 soldats de la base de Valcartier qui prendront la relève dans le sud de l'Afghanistan l'été prochain seront aux prises avec une recrudescence de la violence qui mettra leur sécurité en péril, a soutenu hier l'ambassadeur du Canada à Kaboul, David Sproule, lors d'une conférence téléphonique. M. Sproule a dit s'attendre à une opposition accrue des talibans et des groupes terroristes au printemps et à l'été, alors que le retour du temps doux permettra aux insurgés d'être plus actifs. Des experts militaires sur place ont confirmé cette affirmation.

«Il est tout à fait possible que les talibans s'opposent à nous de façon plus soutenue quand le temps clément sera de retour. D'après notre expérience ici, on peut s'attendre à plus d'opposition. C'est à prévoir», a dit David Sproule hier à l'occasion d'une conférence téléphonique visant à souligner le premier anniversaire du pacte de l'Afghanistan, signé par 60 pays à Londres. Ce pacte a permis d'élaborer des objectifs, souvent sur plusieurs années, pour sortir l'Afghanistan du bourbier.

L'ambassadeur a souligné que les attaques contre la force multinationale ont été moins nombreuses depuis quelques semaines en raison de l'hiver «très froid» qui sévit en Afghanistan mais également à cause de l'opération Méduse menée à l'automne. «Les talibans et les terroristes ont gardé beaucoup de séquelles de cette opération menée par l'OTAN pour déloger les insurgés de la région de Kandahar», a-t-il expliqué. Mais la violence, a-t-il ajouté, sera certainement de retour.

Ces propos rejoignent ceux du nouveau commandant des forces américaines en Afghanistan, le général David Rodriguez, qui a dit lundi s'attendre à une année 2007 plus difficile que 2006, notamment quant au nombre d'attaques suicide. «Nous prévoyons une augmentation du nombre d'attaques suicide et des autres tactiques qu'ils [les talibans] croient être efficaces, a-t-il dit. Nous prévoyons le recours à ces méthodes et à d'autres attaques de type plus conventionnel contre les responsables du gouvernement afghan, les forces armées afghanes et les forces de la coalition internationale.» En 2006, l'OTAN a dénombré 139 attaques suicide en Afghanistan, dont plusieurs dans le sud du pays, où les forces canadiennes sont déployées.

La semaine dernière à Bruxelles, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a également soutenu que la violence sera au rendez-vous dès le printemps et que pas moins de 15 000 insurgés attendaient le retour des beaux jours pour lancer leurs attaques contre les forces de l'OTAN. «2007 sera une année très importante», a dit M. Scheffer.

Ces propos ne surprennent pas Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite et aujourd'hui expert militaire au sein du Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal. «Depuis que la FIAS [Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN] est en Afghanistan, le printemps a toujours montré une activité accrue des talibans et des terroristes», a-t-il affirmé.

La raison en est simple, a continué M. Landry. «L'Afghanistan est un pays de montagnes de très haute altitude. Quand l'hiver arrive, les chemins sont moins praticables et la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan est plus difficile à franchir. C'est du Pakistan que la majorité des insurgés proviennent, et ils font le chemin à pied, à cheval ou à dos d'âne.»

Les 1898 soldats du Québec qui formeront la vaste majorité du contingent canadien en Afghanistan (2500 militaires en tout) en juillet prochain feront donc face à des embûches au moins aussi importantes que leurs prédécesseurs des autres provinces. À ce jour, 44 soldats canadiens sont morts en Afghanistan depuis 2002, dont 36 depuis un an seulement. Près de 300 militaires de la base de Valcartier, à Québec, sont déjà déployés en terrain hostile depuis quelques semaines, près de Kandahar.

Sur le terrain, les divers commandants militaires ne s'entendent toutefois pas sur l'ampleur des attaques à venir. Hier, un porte-parole de l'OTAN a soutenu que la coalition internationale n'entrevoyait pas «d'offensive majeure» des talibans au printemps, malgré une recrudescence prévisible de la violence. «Nous ne croyons pas qu'il va y avoir une offensive printanière des talibans, a dit le général Richard Nugee. Il y aura plus d'attaques et de violence avec le temps qui s'améliorera, mais je ne pense pas qu'il y aura une offensive. Le mot "offensive" est symbolique, il réfère à une attaque rapide, forte, dans une courte période de temps. Et je ne pense pas que ça va arriver», a-t-il dit à Kaboul.

Selon M. Nugee, l'OTAN a suffisamment affaibli les talibans au cours des derniers mois pour espérer un printemps sans offensive claire et concertée des talibans et des terroristes. L'OTAN, a-t-il dit, prévoit également d'autres opérations pour garder le «contrôle» de la situation, a-t-il conclu sans préciser davantage.

Il y a toutefois une bonne nouvelle pour les soldats de la base de Valcartier: ils auront plus d'aide que prévu pour tenter de contrer les insurgés. Les États-Unis ont confirmé la semaine dernière qu'ils laisseront en Afghanistan 3500 soldats qui devaient revenir en sol américain. Selon les informations qui circulent, environ 750 d'entre eux seraient affectés dans le sud du pays. Le Pologne a aussi confirmé l'envoi de 1200 militaires.

Au cours des prochains mois, les Forces canadiennes et leurs alliés de l'OTAN tenteront de garder la sympathie de la population afghane, une des clés du succès de cette mission menée sous l'égide de l'ONU, a soutenu David Sproule. En 2006, le Canada a versé 16 millions de dollars en aide internationale dans la province de Kandahar, là où les combats sont les plus fréquents et les plus violents. En 2007, Ottawa entend verser près de 20 millions dans cette région, sur une enveloppe totale de 100 millions destinée à l'Afghanistan. «On va construire des ponts, des routes et des barrages. Il faut montrer à la population qu'il y a des résultats tous les jours», a soutenu l'ambassadeur canadien à Kaboul.

L'armée canadienne continuera aussi à former les militaires et les policiers afghans, question que la force locale soit pleinement opérationnelle en 2010. «On fait des progrès», a dit David Sproule. Le Canada a d'ailleurs alloué une aide de dix millions pour contribuer à former les policiers afghans. La justice sera aussi un volet important de l'aide internationale du Canada en 2007, tout comme l'éducation des jeunes filles.

En fin de journée hier, le premier ministre Stephen Harper a émis un communiqué pour souligner le premier anniversaire du pacte de l'Afghanistan. «La reconstruction de l'Afghanistan, après des décennies de guerres et d'oppression, prendra du temps. Nous ne devons pas oublier que le développement ne peut pas se produire sans stabilité ni sécurité. Nos hommes et nos femmes pleins de bravoure des Forces canadiennes collaborent avec nos coopérants et nos diplomates pour faire en sorte que les progrès puissent se poursuivre», a-t-il dit.

Le Devoir

Avec l'Associated Press
1 commentaire
  • Jean-Philippe Godbout - Inscrit 1 février 2007 14 h 28

    Année très difficile pour le Canada en Afghanistan

    Des attaques et attentats suicides plus nombreux sont a prévoir en 2007. "À ce jour, 44 soldats canadiens sont morts en Afghanistan depuis 2002, dont 36 depuis un an seulement. Les 1898 soldats du Québec qui formeront la vaste majorité du contingent canadien en Afghanistan (2500 militaires en tout) en juillet prochain feront donc face à des embûches au moins aussi importantes que leurs prédécesseurs des autres provinces". Donc, à quoi s'attendre pour 2007 en particulier? Une cinquantaine de morts de soldats canadiens, dont au moins 75% de québécois. Cela me semble plausible...

    Année difficile pour le gouvernement Harper qui risque de perdre beaucoup de sympathie au québec. Un renversement du gouvernement est à prévoir, en partie à cause de la question afghane et le retour des libéraux au pouvoir.

    À quand des tractations sérieuses avec le Pakistan pour une collaboration plus poussée sur la question des talibans. Probablement que le général Musharraf a lui aussi les mains liées face aux "groupes de pressions" de son pays.

    Bien beau vouloir éliminer des fourmis, mais il en arrivera toujours de la fourmilière...