Ingérence dans une cause d'immigration - L'opposition réclame la démission de Stockwell Day

Stockwell Day
Photo: Agence Reuters Stockwell Day

Les commentaires du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, à propos d'une cause d'immigration pendante continuent de soulever la grogne. Après les avocats, ce sont maintenant les politiciens fédéraux qui critiquent cette ingérence politique.

Ottawa — Les partis d'opposition fédéraux ont été unanimes hier à condamner les propos de Stockwell Day, le NPD et le Parti libéral exigeant même la démission du ministre.

«Dans notre livre à nous, les libéraux, lorsqu'un ministre se mêle des affaires de justice [...], il devrait démissionner, surtout de la part d'un ministre de la Sécurité publique, parce que c'est une erreur grave», explique au Devoir la députée Raymonde Folco. Le Bloc québécois qualifie la sortie de M. Day d'«erreur».

Le NPD reproche l'aveuglement idéologique du ministre. «M. Day est si idéologue qu'il n'est pas capable de faire la distinction entre le gouvernement, les juges et les tribunaux», estime le député Joe Comartin. «Quand on fait quelque chose comme cela, il faut démissionner», ajoute-t-il en évoquant le cas de Jean Charest. En 1990, il avait dû quitter ses fonctions de ministre fédéral d'État à la Jeunesse, à la Condition physique et au Sport pour avoir téléphoné à un juge de la Cour supérieure du Québec avant que celui-ci ne rende sa décision dans la cause opposant un entraîneur à l'Association canadienne d'athlétisme. Brian Mulroney avait qualifié le geste de «viol technique» des directives du cabinet interdisant aux ministres d'intervenir dans le processus judiciaire.

Au bureau de Stephen Harper, on se porte à la défense de M. Day. «Il a dit exactement ce que nous avions dit avant que ce dossier n'atterrisse devant un tribunal, [à savoir que] cette personne n'est pas la bienvenue au Canada», a déclaré Dimitri Soudas, porte-parole du premier ministre. Que répond-il à ceux dans le milieu judiciaire qui estiment que ces déclarations pourraient influencer le commissaire à l'immigration appelé à trancher la cause, étant donné que le renouvellement de sa nomination dépend du conseil des ministres? «Il n'y a aucune ingérence politique sur cette question. Le juge prend sa décision en se basant sur la loi», dit-il, en ajoutant que ce commissaire est «absolument» libre de décider comme bon lui semble.

Le ministre Day a commenté lundi soir la cause de Malcolm Watson, un résident permanent canadien condamné aux États-Unis pour un délit mineur de relation avec son ex-étudiante. Il a été renvoyé au Canada, où il habite avec sa famille, et Ottawa tente maintenant de l'expulser. La première instance de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié a déclaré lundi que l'homme pourrait être renvoyé, mais la cause a immédiatement été portée en appel.

M. Day a applaudi à la décision par la suite. «Le Canada ne sera pas un refuge pour les prédateurs sexuels, a-t-il dit. La détermination de notre nouveau gouvernement d'engager des procédures dans cette affaire devrait envoyer un message clair aux personnes qui croient pouvoir mettre à l'épreuve l'application de nos lois en matière d'immigration.»