Ottawa investit 345 millions pour développer la filière des biocarburants

Le gouvernement Harper a annoncé hier qu'il crée un fonds de 345 millions de dollars pour stimuler la production des biocarburants, soit 200 millions pour financer l'acquisition de moyens pour produire de l'éthanol et du biodiesel, et 145 millions pour la recherche et le développement des filières et des marchés.

Ce nouveau programme fédéral d'aide à l'industrie agricole servira à atteindre l'objectif du ministère fédéral de l'Environnement d'exiger 5 % d'éthanol dans l'essence commerciale d'ici 2010 et 2 % dans le carburant diesel et l'huile à chauffage.

S'il y a un large consensus scientifique sur les bienfaits du biodiesel, les derniers bilans scientifiques sur la valeur énergétique et écologique de l'éthanol démontrent plutôt que le remède est pire que le mal. Il faut en effet, selon les méthodes utilisées, l'équivalent d'un litre de pétrole en intrants divers pour produire un litre d'éthanol dont les gaz à effet de serre vont s'ajouter à ceux du litre utilisé pour le produire!

Pour l'ancien ministre de l'Environnement fédéral et chef du Parti libéral, Stéphane Dion, ce n'est pas 5 % mais 10 % d'éthanol qu'il faudrait exiger dans toutes les essences vendues sur le marché canadien d'ici 2010.

Réagissant à l'annonce du règlement fédéral et du programme d'aide, le nouveau chef libéral a réitéré cet engagement et dit douter que les conservateurs atteignent même leur objectif plus modeste de 5 %. L'aide fédérale accordée aux fermiers, ajoute Stéphane Dion, sera d'autant moins efficace qu'elle ne leur est pas donnée sous forme d'avance, ce qui va réduire leur capacité d'investissement.

Jacques Gourde, secrétaire parlementaire du ministre de l'Agriculture du Canada, expliquait de son côté, en conférence de presse à Montréal, que l'utilisation du maïs-grain pour produire de l'éthanol plafonnera rapidement, car les terres propices à cette culture sont peu nombreuses au Canada. Mais, ajoutait-il, il ne croit pas aux prévisions du World Watch Institute et des autres scientifiques qui entrevoient qu'il sera éventuellement plus rentable pour les agriculteurs de nourrir les voitures que les humains, avec les conséquences qu'on imagine sur l'alimentation. Pour M. Gourde, la recherche financée par Ottawa va permettre de miser sur d'autres filières, comme les déchets de cultures ou des productions riches en sucre, comme la betterave.

La France investit massivement dans la production d'éthanol avec la betterave à sucre parce qu'elle est d'abord plus productive en sucre que le maïs-grain et que cette culture est plus tolérante et exige peu d'intrants chimiques et de pesticides.
1 commentaire
  • Pierre Landry - Abonné 21 décembre 2006 10 h 02

    Un pas dans la mauvaise direction

    Il aurait été souhaitable que ces $ soient investis vers le développement de réelles alternatives, du genre filière hydrogène; en effet les dommages créés à l,environnement par la création d'éthanol sous forme d'engrais et pesticides, sans compter le "fuel"des machines agicoles, constutuent un déplacement du problème; sans doute électoralement rentable dans les vastes plaines de l'Ouest!!