Le Québec, une nation... indéfinissable

Stephen Harper
Photo: Agence Reuters Stephen Harper

Ottawa — Selon la résolution adoptée il y a quelques semaines aux Communes, les Québécois forment une nation,. Mais ne demandez pas à celui qui a concocté la motion, le premier ministre Stephen Harper, de définir précisément cette nation.

Si on se fie à M. Harper, il n'y aurait pas de définition exacte. «C'est aux gens de le définir», a-t-il répété hier, en entrevue, à la Presse canadienne. Pressé de questions, il a finalement donné quelques exemples, liant d'abord la nation québécoise à l'usage de la langue française. «Évidemment, cette idée est liée à la langue française et, pour cette raison, je pense que, si on parle d'une nation québécoise, on parle en français, on parle de l'idée des Québécois et pas de l'idée des "Quebecers"», a souligné M. Harper, tout en précisant qu'il y a aussi des «liens» avec le territoire du Québec.

La version anglaise de la motion adoptée aux Communes fait référence aux «Québécois» et non aux «Quebecers», le terme équivalent en anglais. Le gouvernement a mis du temps à expliquer cette caractéristique, le ministre Lawrence Cannon se perdant même dans ses explications lors d'un point de presse. Le ministre Cannon avait finalement été obligé de rectifier le tir, en soulignant que la nation reconnue englobait tous les Québécois, quelle que soit importe leur origine.

Le débat, lancé par le Bloc québécois qui avait déposé la première motion sur cette question, s'est soldé par l'adoption de la motion de M. Harper (la reconnaissance de la nation québécoise dans un Canada uni) par 266 votes contre 16.

«Être Canadien est une citoyenneté, c'est une définition légale, a poursuivi M. Harper lors de l'entrevue. On est citoyen ou on ne l'est pas. Mais l'idée d'une nation comme cela, liée à la question de l'identité, on ne peut pas la définir pour tout le monde.»

Alors, si la nation est liée à la langue, est-ce que des francophones hors-Québec peuvent en faire partie? «Je ne suis pas certain, a noté le premier ministre. C'est une identité. Ceux et celles qui partagent cette identité font partie de cette identité. Ceux et celles qui ne partagent pas cette identité ne font pas partie de cette identité.»

Et si la nation est aussi liée au territoire, est-ce que les anglophones du Québec peuvent se sentir aussi membres de ce groupe? «Je pense que certains anglophones ou certains groupes ethniques s'identifient avec l'idée d'une nation québécoise et [il y en a] peut-être d'autres qui ne s'identifient pas», a lâché M. Harper, oubliant probablement qu'il avait dit, quelques minutes auparavant, qu'il ne s'agissait pas des «Quebecers».

Depuis son adoption, la définition de la nation québécoise n'est pas la même au sein des troupes conservatrices. Des députés conservateurs ont laissé entendre, comme M. Cannon, qu'il s'agissait d'une reconnaissance des francophones du Québec, descendants des premiers arrivants.

Peu importe, il vaut mieux maintenant passer à un autre débat, a lâché le premier ministre après cinq minutes de discussion sur le sujet. «Je comprends que les bloquistes et les libéraux fédéraux veulent avoir le grand débat entre des centralisateurs et des souverainistes qui continue à jamais. Mais je pense que la population veut passer à autre chose.»

Pourtant, lundi soir, lors d'un discours à saveur préélectorale prononcé à Saguenay, M. Harper ne s'est pas gêné pour faire largement référence à ce qu'il a décrit comme un exemple «des réussites de notre gouvernement dont je suis le plus fier». Dans ce discours, il notait que les Québécois forment «un peuple unique lié par une langue, une culture et une histoire commune».