Blackburn suscite la colère de ses fonctionnaires

Ottawa — Le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn a déclenché la colère de ses fonctionnaires pour avoir tenu des propos jugés «injustes» et «outranciers» à leur endroit. Le syndicat se braque contre un ministre qu'il reconnaît ne pas aimer parce que s'adonnant, à son avis, à l'ingérence politique.

C'est l'entrevue avec Le Devoir publiée vendredi dernier qui a mis le feu aux poudres. Le ministre responsable de Développement économique Canada (DEC) défendait sa décision, critiquée au départ, de revoir personnellement toutes les contributions versées par son ministère, y compris celles de 100 000 $ ou moins — une tâche déléguée autrefois aux fonctionnaires. Le ministre Blackburn faisait valoir que, depuis cette décision, le nombre de demandes cheminant au ministère avait diminué de moitié, permettant une réaffectation pouvant atteindre 30 millions de dollars.

La présidente de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada, Michèle Demers, a répliqué dès vendredi d'une lettre incendiaire dans laquelle elle somme le ministre de s'excuser.

«Le ministre met en doute le professionnalisme des fonctionnaires du DEC, minant le moral des employés et l'atmosphère au sein de l'agence. Les commentaires du ministre sont l'ultime insulte et un manque de respect flagrant envers les fonctionnaires fédéraux», écrit Mme Demers dans cette lettre affichée sur le site Internet du syndicat.

Mme Demers croit que s'il y a moins de demandes dans le système, «ce serait peut-être que les fonctionnaires, en effectuant leur travail avec diligence, éthique et professionnalisme, les auraient d'abord refusées. Le ministre Blackburn a le culot de s'attribuer le mérite pour le travail fait par ses fonctionnaires. Il devrait plutôt leur faire confiance et leur donner des directives précises quant à ses attentes».

En entrevue, Mme Demers reconnaît que la chimie n'opère pas entre le ministre conservateur et ses fonctionnaires de DEC. «Il y a tellement d'interférence politique dans les dossiers et de décisions de la part du ministre lui-même sur ce qui devrait être alloué comme subvention ou pas et à qui, on se demande si ça ne ressemble pas à de la partisanerie», explique-t-elle en entrevue avant d'ajouter que «les fonctionnaires de ce ministère se demandent à quoi ils servent. Le ministre se substitue à eux. C'est malsain».

Vendredi, le chef de cabinet de M. Blackburn, Michel Lalonde, a expédié un courriel aux employés de DEC se dissociant de l'article. «Le ton de l'article, le titre et la photo sont l'oeuvre de la journaliste et du journal et non pas du ministre. Seules les citations lui appartiennent», est-il écrit selon ce que Mme Demers en a lu au téléphone. Jusqu'à présent, personne dans l'entourage du ministre n'a contacté Le Devoir pour se plaindre.

M. Blackburn avait déclaré au Devoir la semaine dernière qu'«il est intéressant de constater qu'à partir du moment où le ministre regarde les dossiers, il y en a moitié moins qui montent».

La présidente de DEC, Michelle D'Auray, a aussi contacté Mme Demers par courriel la remerciant de sa lettre et lui offrant une rencontre. Celle-ci n'a pas encore répondu.