Maher Arar constitue toujours une menace aux yeux des États-Unis

Ottawa — Maher Arar constitue toujours une menace pour les États-Unis et son nom demeurera sur une liste de surveillance en dépit des conclusions d'une commission d'enquête canadienne, a déclaré hier l'ambassadeur américain au Canada, David Wilkins.

«La décision d'expulser M. Arar des États-Unis en 2002 a été prise par des responsables américains en fonction de notre propre évaluation indépendante du danger qu'il représentait pour les États-Unis», a indiqué M. Wilkins par voie de communiqué.

Les autorités américaines avaient d'autres sources de renseignement au sujet de M. Arar, en plus des données transmises par la GRC, et estiment qu'il constitue toujours une menace, a précisé M. Wilkins.

L'ambassadeur a aussi souligné que le juge Dennis O'Connor, qui a dirigé la commission d'enquête canadienne dans cette affaire, a reconnu ne pas être au courant de la totalité du dossier compilé par les Américains sur M. Arar.

La commission O'Connor n'a trouvé aucune preuve d'une implication de M. Arar dans des activités terroristes, mais les Américains continuent de lui refuser l'accès à leur pays, voire le droit de le survoler.

La déclaration de M. Wilkins confirme pour la première fois que les États-Unis continuent à soupçonner Maher Arar en s'appuyant sur ce qu'ils disent être leurs propres sources indépendantes.

M. Wilkins a refusé de donner plus de détails à propos des preuves que les Américains détiendraient contre M. Arar, mentionnant la poursuite judiciaire intentée contre Washington par M. Arar. La poursuite a déjà été rejetée mais cette décision a été portée en appel.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a demandé au premier ministre Stephen Harper d'intervenir pour que le nom de M. Arar soit retiré de la liste américaine.

«C'est mal, tout simplement, a-t-il déclaré. Il n'y a aucune indication que le nom de M. Arar doive apparaître sur une telle liste. Nous venons de mener une enquête au Canada sur cette question. Le premier ministre doit faire tout en son pouvoir pour corriger la situation, autrement il enverra le message que le gouvernement canadien n'appuie pas ses citoyens.»

Le ministre canadien de la Sécurité publique, Stockwell Day, aurait toutefois déjà communiqué avec le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, pour réclamer le retrait du nom de M. Arar de cette liste.

Un organisme américain, le Center for Constitutional Rights, s'est aussi porté à la défense de M. Arar.

«Que les États-Unis aient le culot de garder Maher [Arar] sur une liste de surveillance et de laisser entendre qu'il représente une menace pour ce pays est scandaleux mais peu surprenant compte tenu du fait que ce gouvernement refuse de reconnaître ses erreurs et cherche toujours à les camoufler», a soutenu l'avocate du groupe, Maria LaHood. «La véritable menace pour les États-Unis découle du mépris de notre gouvernement pour la loi et la vérité, ce que Maher [Arar] a eu le courage de dénoncer.»