L'imam Jaziri s'enfermera dans sa mosquée pour éviter d'être expulsé

Ce n’est pas la première fois que l’imam Saïd Jaziri s’enfermera dans sa mosquée pour s’assurer de rester au Canada. Il l’avait déjà fait en 2005 alors que son statut était en révision.
Photo: Jacques Nadeau Ce n’est pas la première fois que l’imam Saïd Jaziri s’enfermera dans sa mosquée pour s’assurer de rester au Canada. Il l’avait déjà fait en 2005 alors que son statut était en révision.

Se disant victime de la justice canadienne, un imam de Montréal, actuellement menacé d'expulsion, a annoncé qu'il désobérira à la Loi sur l'immigration et qu'il s'enfermera dans sa mosquée, rue Bélanger à Montréal. En se basant sur une série de documents obtenus par la Loi de protection sur les renseignements privés, l'imam de la mosquée al-Qods, Saïd Jaziri, dénonce une série de «dysfonctionnements très inquiétants» de la part des différentes instances qui ont statué sur son cas, notamment la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) et l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

«Je vais attendre dans la mosquée jusqu'à ce que le dossier d'annulation de mon statut de réfugié soit fermé», a indiqué hier M. Jaziri lors d'une conférence de presse. Il s'était déjà barricadé dans sa mosquée une première fois en 2005, lorsqu'il avait appris que son statut de réfugié était remis en cause. «Le Canada n'est pas une terre d'accueil ni un État de droit», a sévèrement critiqué sa femme, Nancy-Ann Adams, une Canadienne de souche. «Je suis prête à tout, même à camper sur la colline parlementaire s'il le faut.»

Le 22 juin dernier, la CISR a annulé le statut de réfugié que M. Jaziri avait obtenu en 1998, sous prétexte que l'imam avait présenté des informations erronées et «qu'il ne restait pas suffisamment de preuves justifiant l'asile». On lui reprochait d'avoir caché un casier judiciaire qu'il a en France et d'avoir exagéré les risques qu'il courait en Tunisie, son pays d'origine. «C'est normal que j'aie eu des craintes. J'étais en danger de mort, j'avais peur. La Convention de Genève me protégeait à cet effet», a expliqué M. Jaziri. L'appel qu'il a intenté par la suite en Cour fédéral lui a été refusé.

Armé d'une série de documents qu'il a obtenus avec l'aide de son ancienne avocate, Saïd Jaziri se plaint maintenant d'une série d'irrégularités, voire de falsifications de la date de certains documents de la Gendarmerie royale du Canada. Il prétend détenir des documents qui font la preuve que, lorsqu'il a demandé son statut de réfugié en 1997, l'enquête effectuée par l'immigration auprès d'Interpol en France concluait qu'il ne possédait aucun casier judiciaire.

M. Jaziri est convoqué devant la section des investigations et renvois de l'ASFC lundi prochain. Même si cette convocation n'est que la première étape du processus d'envoi, M. Jaziri a affirmé aux médias qu'il n'a pas l'intention de s'y présenter. «Je suis désillusionné, je ne bougerai pas d'ici», a-t-il confirmé avec détermination. Interrogé sur les conséquences d'un tel geste, le porte-parole de l'ASFC, Érik Paradis, a expliqué que c'est l'Agence qui devra alors prendre une décision. «L'agent des services frontaliers a un pouvoir discrétionnaire. Il va prendre en considération tous les faits et va exercer son jugement. Il peut juger qu'il y a lieu de procéder à une arrestation et un mandat sera alors délivré», a-t-il indiqué en précisant que des enquêtes seront faites pour s'assurer que le retour au pays ne présente aucun danger.

La loi ne prévoit pas de disposition spéciale concernant les personnes en voie d'expulsion qui se réfugient dans des établissements religieux. Mais, à ce jour, l'ACSF n'est jamais entrée à l'intérieur d'un établissement religieux pour procéder à l'arrestation de qui que ce soit, a confirmé M. Paradis. «C'est du cas par cas», a-t-il ajouté.

M. Jaziri demeure convaincu que ses difficultés sont dues au fait qu'il parle beaucoup et que les causes qu'il défend ont tendance à être médiatisées. L'hiver dernier, il avait convoqué une manifestation pour dénoncer le scandale sur les caricatures de Mahomet. Il a aussi le projet de faire construire une grande mosquée dans le centre-ville de Montréal. «J'ai fait plein de bonnes choses pour la communauté. J'ai même été le premier à ouvrir ma mosquée aux non-musulmans», a-t-il dit.

«Il y a trop de cas semblables à celui d'Arar», a-t-il ajouté. Il entend convoquer une autre manifestation de soutien à sa cause le 25 décembre prochain.