Revue de presse - Un gros nuage vert

Avec le Bloc québécois qui menace de provoquer dès février une motion de censure sur la mission afghane et de mettre ainsi en péril le gouvernement Harper, les rumeurs d'élections et de remaniement vont bon train à Ottawa. Selon Greg Weston, de Sun Media, un des buts d'un remaniement ministériel au retour des Fêtes serait de «sauver la pauvre Rona Ambrose des raclées quasi quotidiennes» ainsi que le décrié projet de loi sur la qualité de l'air, mais le véritable objectif serait de donner un nouveau souffle aux conservateurs à la veille d'élections printanières. Weston semble traiter cette possibilité comme une certitude, car il prend au sérieux la menace du Bloc. Il note que ce dernier a intérêt à agir avant que le gouvernement n'ait le temps de distribuer ses bonbons budgétaires et les libéraux, de s'organiser et de profiter de leur remontée dans les sondages.

Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, a pour sa part fait remarquer l'importance qu'a prise récemment l'environnement dans le discours de Stephen Harper. Selon lui, le chef conservateur se rend simplement compte qu'il ne peut laisser tous ses adversaires se bâtir un capital environnemental sur son dos. Si Ambrose a déçu et semble être la première victime de ce nouvel intérêt de Harper pour l'environnement, ce n'est pas uniquement sa faute, affirme Simpson. Selon lui, la ministre, jeune et jolie, a souffert du sexisme qui affecte le monde politique en plus de payer pour l'indifférence initiale des conservateurs à l'égard de l'environnement, en particulier des changements climatiques, et de l'obsession de contrôle du premier ministre.

John Ivison, du National Post, est moins clément à l'endroit d'Ambrose. Selon lui, le premier ministre a perdu patience envers une ministre qui sème la confusion sur son passage et ne semble pas maîtriser ses dossiers. Ivison pense que la sortie de Brian Mulroney cette semaine ne l'a pas aidée, ce dernier disant sur les ondes de la radio de CBC qu'il fallait faire davantage, sur le fond et sur la forme, pour vendre le projet de loi sur la qualité de l'air. Mais toucher à Rona Ambrose n'est pas sans risque, car elle occupe un poste majeur en plus d'être une des rares femmes ministres de ce gouvernement. Par contre, l'importance qu'a prise l'environnement dans l'opinion publique et les mauvaises notes qu'y récoltent les conservateurs forcent Harper à bouger. Mais, souligne Ivison, un changement de porteur de ballon ne saura suffire. Il faudra un projet de loi profondément remodelé.

Une mission à revoir

Il n'y a pas que les partis d'opposition, le Bloc en tête, qui exigent un réexamen de la mission canadienne en Afghanistan. Un ancien sous-ministre des Affaires étrangères, Gordon Smith, y a mis son grain de sel cette semaine. Dans un texte paru dans le Globe and Mail, Smith ne remet pas en question les objectifs poursuivis par le Canada, mais bien les méthodes adoptées pour les atteindre. «Le Canada est en Afghanistan "pour aider à stabiliser le pays, renforcer sa gouvernance et améliorer la vie des Afghans"», rappelle Smith. Mais le constat qu'il fait est désolant. Il énumère tout ce qui ne tourne pas rond en Afghanistan et rend la mission si difficile. Il constate enfin que les forces canadiennes interviennent dans la région la plus difficile, alors que la majorité de l'aide canadienne est dispensée ailleurs pour des raisons de sécurité. Les organisations non gouvernementales, de leur côté, s'inquiètent de la militarisation de l'aide. Smith croit, pour sa part, qu'il faut justement diriger davantage d'aide vers le secteur de Kandahar et permettre à l'armée de seconder ces efforts. «Le divorce actuel entre nos activités militaires et de développement doit cesser», dit-il. Prôner un retrait immédiat des forces militaires et affirmer qu'il suffit de garder le cap démontre un manque de compréhension de la complexité des enjeux, poursuit-il. Un débat sérieux s'impose donc afin de déterminer si un changement de cap, radical ou non, s'impose.

Un vote à saveur ethnique?

Après le Globe and Mail, c'était au tour du Toronto Star, samedi dernier, de se pencher sur le rôle joué par des délégués issus de certaines communautés culturelles lors du congrès au leadership libéral. Selon le quotidien, nombre de délégués se sont présentés à Montréal avec des enjeux et des intérêts étrangers en tête. Le Star cite, par exemple, les plaintes de certains camps à l'égard d'un groupe de délégués d'origine tamoule désireux de voir les candidats s'engager à retirer les Tigres tamouls de la liste des organisations terroristes. «L'existence de groupes votant en bloc n'est pas un phénomène nouveau. C'est un fait établi dans les batailles pour les nominations dans les comtés à forte concentration ethnique», convient le Star. Mais ce phénomène est préoccupant lorsqu'il mène à donner préséance à des intérêts particuliers au détriment de la recherche du bien commun. Le Star craint qu'en conservant le système de délégués pour choisir leur leader les libéraux aient maintenu un processus plus vulnérable à la manipulation.

Un nouveau Orford made in Canada?

Le gouvernement fédéral a assoupli les restrictions imposées aux centres de ski établis dans ses parcs nationaux de l'Alberta. Ces centres pourront ajouter des pistes, élargir leurs stationnements et bâtir des abris — mais pas d'hôtels ou de condos — dans les zones déjà développées, nous apprend l'Edmonton Journal. Les modifications ouvrent aussi la porte à des aménagements au-delà des secteurs déjà exploités si les opérateurs peuvent offrir «des gains environnementaux substantiels» à l'intérieur ou à la périphérie des terres sous bail. Les règles initiales, très strictes, freinaient la viabilité financière des installations, offrirait comme raison Parcs Canada. Les opérateurs devront soumettre leurs lignes directrices et une évaluation environnementale... aux frais de Parcs Canada.

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