Ottawa: un congé à l'ombre des élections

Ottawa — Les travaux parlementaires aux Communes sont ajournés jusqu'au 29 janvier, ce qui ne veut pas dire que les partis politiques seront inactifs. Au cours des prochaines semaines, ils mettront les bouchées doubles en matière de préparation électorale.

Même s'il est en place depuis moins de deux semaines, le nouveau chef libéral, Stéphane Dion, doit déjà fouetter ses troupes pour qu'elles soient prêtes à toute éventualité.

Au printemps, le gouvernement conservateur de Stephen Harper devra déposer un budget, une étape toujours cruciale pour un gouvernement minoritaire qui risque d'être défait s'il n'obtient pas l'appui d'au moins un parti d'opposition.

S'ajoutent aussi les menaces à peine voilées du Bloc québécois, qui se dit prêt à défaire le gouvernement aussi bien sur la question du déséquilibre fiscal, sur la mission canadienne en Afghanistan que sur le respect du protocole de Kyoto.

En conférence de presse, hier, M. Dion a répété qu'il n'était pas pressé de se retrouver en campagne électorale. «Il faut à tout prix être prêt, on ne sait jamais quand ça peut arriver», a déclaré le chef de l'opposition officielle. «Je ne veux pas précipiter les Canadiens dans des élections, mais mon devoir c'est de s'assurer que mon parti est prêt», a-t-il poursuivi.

Quelques minutes plus tard, il précisait qu'il serait fort étonnant que son parti voit du bon dans le prochain budget conservateur, étant donné les orientations et les choix du gouvernement au cours des derniers mois.

M. Dion a donné un avant-goût de ce qui pourrait bien devenir le coeur de l'affrontement entre libéraux et conservateurs lors de la prochaine élection, en dépeignant le gouvernement conservateur comme un gouvernement de droite, qui coupe dans les programmes sociaux et qui est peu transparent.

Le premier ministre Harper, en conférence de presse, a pour sa part fait observer qu'il n'était pas pressé de se retrouver en campagne électorale. «J'aime bien ce travail», a-t-il noté, sourire en coin, avant d'ajouter qu'il aimerait poursuivre ce qu'il a amorcé en janvier dernier.

«Je n'ai aucune raison de déclencher une élection, le public n'en veut pas», a poursuivi M. Harper.

Mais le gouvernement Harper pourrait bien ne pas se rendre jusqu'au prochain budget. Parmi les scénarios possibles, le Bloc québécois pourrait décider d'utiliser une journée d'opposition pour tenter de renverser le gouvernement en faisant adopter une motion de blâme.

Selon l'édition de jeudi de La Presse, cette tentative pourrait survenir dès le 15 février prochain. Le leader parlementaire du Bloc québécois, Michel Gauthier, a voulu couper court, jugeant cette question prématurée. «Le gouvernement est maître de son calendrier», a souligné M. Gauthier, notant que les dates des journées d'opposition, qui permettent à l'opposition de présenter des motions de blâme, ne sont pas encore connues.

«Et le gouvernement a tous les moyens parlementaires pour nous déjouer», a ajouté le député du Bloc, rappelant que les libéraux, lorsqu'ils étaient au pouvoir, ne s'étaient pas gênés pour retirer ces journées d'opposition afin d'éviter de devoir faire face à la menace d'élections.

Cependant, le Bloc ne nie pas qu'il pourrait passer à l'attaque avant le budget, ce qui fait monter d'un cran le niveau d'énervement. «Ce que la stratégie ouverte du Bloc vient de faire, c'est de sonner l'alerte rouge. Donc, ça veut dire que tout le monde va être sur un pied de guerre pendant le temps des Fêtes», a résumé le libéral Jean Lapierre, qui avait annoncé la veille sa retraite de la vie politique.

Pour ce qui est de l'organisation en vue de la campagne, M. Gauthier souligne qu'il vaut toujours mieux être prêt «à 80 %, deux ou trois mois avant le déclenchement». «On travaille dans une échéance très serrée», a ajouté l'organisateur en chef des troupes bloquistes.