Développement économique Canada - Blackburn se vante d'avoir fait le ménage

Le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn se réjouit que son intervention ait permis d’épargner près de 30 millions de dollars. Les chiffres prouvent aussi que la signature personnelle du ministre a considérablement prolongé le délai d’approb
Photo: Agence Reuters Le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn se réjouit que son intervention ait permis d’épargner près de 30 millions de dollars. Les chiffres prouvent aussi que la signature personnelle du ministre a considérablement prolongé le délai d’approb

Le ministre du Travail et responsable de Développement économique Canada (DEC), Jean-Pierre Blackburn, est à l'heure du bilan et estime que sa décision de voir tous les dossiers, loin de politiser la bureaucratie, a permis d'en améliorer le fonctionnement.

Ottawa — Soupçonné d'avoir voulu politiser son ministère en approuvant personnellement toutes les contributions de Développement économique Canada, le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn se réjouit aujourd'hui que son intervention ait permis d'épargner près de 30 millions de dollars.

M. Blackburn s'était fait critiquer au printemps dernier lorsqu'il avait décidé de ne plus déléguer de pouvoir de signature à ses subalternes, y compris les fonctionnaires dans les régions québécoises soutenues par DEC. Dès lors, aucun de ses fonctionnaires n'avait plus le pouvoir d'octroyer une contribution ou une subvention sans l'approbation du ministre. Neuf mois plus tard, M. Blackburn est fier de montrer, chiffres à l'appui, que cette décision a permis de resserrer les règles au sein de son ministère et de le recentrer sur sa véritable mission.

Au cours d'une entrevue avec Le Devoir cette semaine, M. Blackburn a démontré que depuis qu'il autorise (ou refuse) lui-même les projets de 100 000 $ ou moins, le nombre de demandes soumises à DEC a diminué... de moitié.

«Il est intéressant de constater qu'à partir du moment où le ministre regarde les dossiers, il y en a moitié moins qui montent», a affirmé M. Blackburn avec une pointe d'ironie dans la voix.

Le ministre ne s'est pas aventuré à expliquer la chute radicale du nombre de dossiers soumis, mais il a laissé la journaliste conjecturer sans rouspéter. Est-il possible que des dossiers moins valables aient été autorisés par automatisme — ou pour toute autre raison — et qu'ils ne soient plus acheminés aujourd'hui en sachant que jamais ils ne passeraient le test de la hiérarchie bureaucratique?

Le ministre n'a répondu ni oui ni non. Sourire en coin, bien assis dans le sofa de son bureau de Gatineau, il a seulement répété ceci: «Ce n'est pas moi qui refuse les dossiers. J'en ai peut-être seulement refusé sept ou huit pendant l'année. Mais depuis que je les regarde tous, oups!, il y en a moitié moins dans la machine... »

La décision du ministre avait causé beaucoup de remous au sein du ministère. Doté d'un budget de 200 millions de dollars, DEC a le mandat de stimuler le développement économique du Québec, en particulier dans les régions en décroissance démographique. Jusqu'à l'arrivée de M. Blackburn, les fonctionnaires dans les régions avaient le pouvoir d'octroyer seuls des contributions pouvant atteindre 100 000 $. Personne ne le dira devant les caméras, mais on chuchote que certains de ces fonctionnaires, à cause de ce pouvoir, étaient traités aux petits oignons par les promoteurs régionaux de tout acabit.

Selon les chiffres fédéraux, 697 dossiers de 100 000 $ ou moins ont été soumis à DEC au cours de l'année 2005 (sous la tutelle du ministre libéral Jacques Saada à l'époque). Pour les dix mois de l'année en cours, seulement 277 dossiers ont été déposés. (Jean-Pierre Blackburn prédit que le total atteindra environ les 350 d'ici la fin de l'année.) Comme ce sont des dossiers d'une valeur maximale de 100 000 $, ce sont jusqu'à 30 millions de dollars qui n'ont pas été distribués et qu'on a répartis vers d'autres projets.

Toutefois, les chiffres prouvent aussi que la signature personnelle du ministre a considérablement prolongé le délai d'approbation des demandes. Avant, un projet de 100 000 $ ou moins prenait en moyenne 26 jours pour être approuvé. Ce délai a maintenant doublé, passant à 60 jours. Pourtant, le dossier ne reste que cinq jours sur le bureau du ministre (contre neuf à l'époque de son prédécesseur). C'est donc le processus bureaucratique qui s'est alourdi.

Encore là, il semble que la crainte d'être critiqués par leur patron politique a poussé les fonctionnaires à se montrer doublement vigilants. «Moi, je n'ai pas demandé qu'on ajoute tel ou tel document aux dossiers», a expliqué M. Blackburn. «Mais on me dit que les fonctionnaires se rendaient compte qu'ils avaient besoin de tel ou tel document supplémentaire et que le dossier retournait donc en région pour y être complété.»

Il n'en reste pas moins que le rôle personnel du ministre a été contesté, notamment lorsqu'il a bloqué à la dernière minute une contribution d'environ 55 000 $ au festival gai montréalais Black & Blue. Certains y ont vu une décision à caractère idéologique. Le ministre s'en défend. Selon lui, le rôle de DEC doit être le démarrage (d'entreprises, de festivals ou d'organismes). Après quelques années, ceux-ci devraient être capables de «voler de leurs propres ailes».

Mais pourquoi, alors, n'a-t-il pas attendu de développer une politique unique pour les festivals qui se serait appliquée à tous en même temps? «Si vous le faites comme ça, c'est comme si vous n'agissiez jamais. Vous le faites, mais en bon père de famille.»

M. Blackburn a donné l'exemple de quelques pourvoiries qui demandaient plusieurs milliers de dollars pour réparer des chalets, des chaloupes et des moteurs. «Quand vous payez un forfait en pourvoirie, ça devrait inclure l'entretien des équipements. Alors j'ai dit non. J'avais un signal à envoyer.»