C-130J: dissension au ministère de la Défense

Ottawa — Les avions de transport C-130J du géant américain Lockheed Martin, dont le gouvernement fédéral a l'intention d'acquérir 17 exemplaires au coût de 4,9 milliards de dollars, ne soulèvent pas la controverse uniquement aux États-Unis mais également au sein même du ministère de la Défense, à Ottawa. Deux analyses internes remises au général Rick Hillier au printemps dernier soutiennent que le C-130J éprouve de la difficulté à donner le rendement annoncé par Lockheed Martin sans compromettre sa fiabilité à long terme. De plus, un des rapports note que les acheteurs de cet avion dans le monde ont des avis «presque universellement négatifs» sur cet appareil.

Dans un rapport de quelques pages qui fait le compte rendu des possibilités d'acquisition dans le cas des avions de transport tactique, l'armée souligne que le C-130J ne peut pas atteindre l'altitude et la vitesse de croisière promises par Lockheed Martin. «La vitesse de vol annoncée ne peut être atteinte sans un impact significatif sur la durée de vie des moteurs», peut-on lire en page 12 du document divulgué par le ministère de la Défense grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Dans ce document obtenu par Le Devoir, on constate aussi que l'appareil consomme plus d'essence que prévu et que son entretien ainsi que l'entraînement des pilotes sont plus coûteux puisqu'il est très différent du vieil Hercule qu'il est censé remplacer.

Ce document rédigé le 5 avril dernier, soit plusieurs mois avant la décision d'acheter 17 avions C-130J, précise aussi qu'on devra démonter les véhicules terrestres LAV III des Forces armées canadiennes pour qu'ils puissent entrer dans le nouvel appareil, exactement comme c'était le cas avec l'ancienne version des Hercule. Cette obligation requerra «des préparatifs plus intensifs» de la part du personnel au sol, note ce rapport, intitulé Airmobility Issues Briefing. Par contre, point positif, le document vante l'équipement efficace et moderne de l'habitacle.

Si certains hauts gradés du ministère de la Défense poussent pour acheter les avions C-130J, d'autres sont visiblement sceptiques puisqu'un autre document interne fait état des problèmes de l'appareil. Ce document, lui aussi remis au général Rick Hillier le printemps dernier, a été obtenu par l'Ottawa Citizen. «En définitive, même si le C-130J a toutes les allures du vénérable Hercule, il n'a toujours pas officiellement atteint le même degré de performance», note le document. Les spécialistes de l'armée ajoutent que cet appareil «a des limites opérationnelles significatives». Ils font aussi état des consultations qu'ils ont menées avec des acheteurs du C-130J ailleurs dans le monde, notant que les avis sont «presque universellement négatifs».

Ces deux rapports vont inévitablement apporter de l'eau au moulin des critiques de ce choix en matière d'équipement militaire. Les députés de l'opposition, qui ont décidé de s'attaquer aux contrats de l'armée dès le retour de la Chambre, en janvier, ne manqueront pas d'arguments pour talonner les hauts fonctionnaires et le ministre. «Je vais poser de très sérieuses questions sur l'achat des avions C-130J. Ce n'est vraiment pas la fin de l'histoire. Le ministre O'Connor a la responsabilité de répondre aux questions légitimes qui se posent et il ne le fait pas jusqu'à présent», a soutenu au Devoir la députée néo-démocrate Dawn Black. Même constat au Parti libéral: «Le ministre ne répond pas et reste évasif en Chambre. Ce n'est pas honnête», estime Ujjal Dosanjh.
1 commentaire
  • Yves Nadeau - Abonné 15 décembre 2006 00 h 47

    Suivre la trace de l'argent

    En anglais, on utilise l'expression "follow the money" pour illustrer une technique d'enquête pour résoudre un crime. Dans le cas présent, et c'est un aspect qui n'a pas encore été exploré avec détail, il serait intéressant de connaître les lobbyistes qui ont fait la promotion du C-130J auprès du gouvernement. S'agit-il d'anciens militaires recyclés en lobbyistes? Ont-il des liens avec cet ancien lobbyiste militaire qui est maintenant ministre conservateur?

    Depuis la publication du dossier du Devoir, je lis avec intérêt chaque nouvel article et j'espère que l'enquête s'étendra à l'ensemble des achats militaires annoncés par le gouvernement conservateur. Les sommes sont élevées et il ne semble pas y avoir eu de véritable analyse des besoins, une analyse difficile car nous ignorons à quoi doivent servir nos forces armées.

    Enfin, lorsqu'on parle du C-130J, est-ce que le "j" signifie "junk"?