O'Connor devra s'expliquer

De nouveaux doutes sont apparus en ce qui a trait au rendement du C-130J.
Photo: Agence Reuters De nouveaux doutes sont apparus en ce qui a trait au rendement du C-130J.

Ottawa — Le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, et les hauts fonctionnaires de son ministère vont passer une bonne partie de l'hiver sur la sellette puisqu'ils devront expliquer leurs achats militaires, dont la valeur totalise 17 milliards de dollars. Les révélations du Devoir au sujet de l'achat controversé des avions C-130J du constructeur américain Lockheed Martin ont incité les députés du comité parlementaire de la Défense à se pencher sur l'ensemble des nouveaux contrats militaires dès la reprise des travaux de la Chambre, en janvier.

De plus, de nouveaux doutes sont apparus en ce qui a trait au rendement du C-130J, la US Air Force ayant confirmé au Devoir que «moins d'une douzaine» de C-130J sont actuellement déployés en Irak et en Afghanistan sur les 83 appareils C-130J que possède l'armée de l'air américaine. Ce sont plutôt les vieux Hercule qu'on utilise encore le plus dans les zones de conflit puisque l'armée américaine ne peut pas préciser leur nombre dans ces deux pays tellement ces appareils sont nombreux.

Le ministre O'Connor, qui a fait face à un barrage de questions mardi aux Communes à la suite de l'enquête du Devoir sur l'appareil C-130J, n'est pas au bout de ses peines, si on en croit les partis d'opposition. Hier, lors d'une séance à huit clos du comité parlementaire de la Défense, les députés ont décidé de s'attaquer en priorité aux nombreux achats militaires que le gouvernement a déjà annoncés. Navires, camions, avions tactiques, avions de transport stratégique, hélicoptères: le gouvernement Harper a une liste d'épicerie militaire d'une valeur totale de 17 milliards de dollars.

«On avait le choix entre plusieurs études à entreprendre, mais je me suis battu bec et ongles pour qu'on se penche sur les achats militaires», a expliqué le critique du Bloc québécois en matière de défense, Claude Bachand. «On va s'attarder à ça pendant plusieurs semaines. Il y a des choses très préoccupantes. Je ne suis pas certain du tout qu'on achète les meilleurs appareils.»

L'article du Devoir publié mardi a créé une véritable commotion au comité et renforcé l'impression déjà présente selon laquelle les achats militaires devraient être scrutés de plus près. Deux aspects soulèvent des questions, selon les députés: le prix du C-130J et ses performances.

En effet, le coût de cet appareil semble être beaucoup plus élevé que le prix déjà payé par d'autres pays. Pressé de questions, le ministre O'Connor a affirmé mercredi que chacun des C-130J de Lockheed Martin allait coûter 85 millions $US au gouvernement fédéral. Or Washington a payé entre 52 et 66,5 millions $US par appareil alors que l'Italie a dû régler une facture de 80 millions $CAN par appareil. Et puisque le Canada a annoncé qu'il verserait 3,2 milliards pour l'achat de 17 avions C-130J (sans compter la somme de 1,7 milliard pour l'entretien sur 20 ans), il reste une somme inexpliquée de 1,5 milliard. Hier, le ministre O'Connor a affirmé que «tous les autres coûts vont aux pièces de rechange, à l'entraînement, à l'administration du projet et ainsi de suite». Ceci représente une somme additionnelle de 88 millions par appareil.

«Pourquoi devrait-on payer plus cher que les autres pays? Ça n'a pas de bon sens! C'est une bonne affaire que le comité se penche sérieusement sur ce contrat», a affirmé Claude Bachand. Le député du Bloc s'interroge aussi sur les performances de l'appareil C-130J. «C'est déjà une vieille technologie. Tous les pays qui ont acheté cet avion doivent déjà améliorer l'appareil avec des blocs de mise à niveau.», a-t-il dit.

En entrevue avec Le Devoir, Jack Crisler, vice-président international au développement des affaires aéronautiques pour Lockheed Martin, a soutenu que «l'avion fonctionne très bien et répond aux attentes» alors que les rapports du Pentagone étaient basés sur des faits «périmés».

Joint par Le Devoir, un responsable de la US Air Force, le capitaine Nathan Broshear, a confirmé que le C-130J est bel et bien utilisé à l'heure actuelle dans les zones de combat en Irak et en Afghanistan. «Tous les C-130J sont capables de fonctionner dans les zones hostiles», a-t-il dit. Sans vouloir préciser le nombre exact de C-130J déployés dans ces deux pays, et ce, par mesure de sécurité, M. Broshear a toutefois souligné que «moins d'une douzaine» de ces appareils sont sur place. En Irak et en Afghanistan, et en incluant tous les pays qui participent à ces deux missions, «il y a environ 20 C-130J sur place», a-t-il dit. Il a cependant refusé de dire si tous les avions sont déployés dans les zones de combat.

Or 20 appareils sur les 145 que possèdent actuellement cinq pays (États-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Italie et Danemark), c'est peu, soutiennent les députés à Ottawa. À eux seuls, les États-Unis possèdent un total de 83 C-130J alors que «moins d'une douzaine» sont utilisés dans ces deux pays en guerre.

Par contre, le capitaine Broshear n'a pas pu dire, même vaguement, combien de vieux Hercule, le modèle que le C-130J est censé remplacer, sont utilisés en Irak et en Afghanistan. «C'est un nombre assez élevé, a-t-il affirmé. Le Hercule est le cheval de trait de notre transport. Il est robuste, polyvalent, et il peut jouer plusieurs rôles différents.»

Peu de C-130J comparativement aux vieux Hercule, cela signifie que, «de toute évidence, les pays n'ont pas entièrement confiance dans cet avion», a avancé la députée Dawn Black. Mais la US Air Force, qui a toujours défendu son choix avec acharnement, s'inscrit en faux. Le capitaine Broshear a tenu à parler de «ce fantastique appareil» qu'est le C-130J. «Nous aimons souligner ses performances exceptionnelles. C'est un très bon avion», a-t-il dit.