4,9 milliards pour 17 appareils - O'Connor doit défendre le choix de l'exorbitant avion C-130J

Gordon O’Connor
Photo: Agence Reuters Gordon O’Connor

Le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, a reconnu hier aux Communes que les 17 avions C-130J qu'Ottawa veut acquérir du géant américain Lockheed Martin vont coûter 85 millions $US chacun, soit 20 millions $US de plus que le prix payé par Washington. Le ministre a également laissé entendre que les pièces de rechange et l'entraînement des pilotes allaient coûter jusqu'à 100 millions de plus par appareil, une somme jugée «astronomique» et «injustifiée» par les partis d'opposition aux Communes.

Ottawa — Les révélations du Devoir hier concernant l'achat controversé par Ottawa des avions C-130J de la compagnie Lockheed Martin ont déclenché la fureur des partis d'opposition à la Chambre des communes, qui ont talonné le gouvernement durant une bonne partie de la période de questions. Le concurrent de Lockheed Martin, Airbus, a aussi fait une conférence de presse pour réclamer un véritable appel d'offres pour l'achat des avions tactiques, lui qui fait la promotion de son avion A400M.

Le gouvernement n'a toutefois pas réussi à dissiper les doutes, au contraire. Pressé de questions, le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, a affirmé que le Canada allait payer 85 millions $US par appareil. «Le prix par avion est de 85 millions $US. Tous les autres coûts vont aux pièces de rechange, à l'entraînement, à l'administration du projet et ainsi de suite», a dit le ministre. Or Washington a payé ses C-130J entre 52 et 66,5 millions $US chacun. Une somme que le Pentagone trouvait déjà très élevée, selon un témoignage de l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld devant le Sénat en février 2005.

Puisque le ministère de la Défense précise que le contrat aura une valeur approximative de 3,2 milliards pour l'achat des 17 avions C-130J (sans compter le 1,7 milliard pour l'entretien sur 20 ans), il faut en conclure que les autres coûts pour les pièces de rechange, l'entraînement et la gestion du programme atteindront près de 100 millions par appareil. «Ce n'est pas un bon deal. Il faut revoir ça. On s'enligne vers un potentiel de scandale financier. On parle quand même de 4,9 milliards de dollars en tout. C'est beaucoup d'argent. Si on peut prendre des mesures préventives pour empêcher ça, il faut le faire», a soutenu le député libéral Denis Coderre, qui suit le dossier de près.

La députée du NPD Dawn Black a quant à elle interrogé le ministre sur les performances du C-130J. Hier, Le Devoir révélait que deux rapports indépendants du Pentagone et un rapport d'une ONG non partisane de Washington faisaient état des lacunes importantes de l'appareil. Au point où le Pentagone, aux États-Unis, a voulu mettre fin avant le terme au contrat passé avec Lockheed Martin. En entrevue avec Le Devoir, Jack Crisler, vice-président international en développement des affaires aéronautiques pour Lockheed Martin, a toutefois affirmé que les problèmes étaient réglés maintenant. «Tout cela est basé sur des informations périmées et inexactes, a-t-il dit. L'avion va très bien et répond aux attentes.»

Le ministre a repris le même refrain. «Il n'y a pas de problème technique avec le C-130J et nous allons l'acquérir à un prix raisonnable», a-t-il dit en réponse à une question du Bloc québécois. Talonné par tous les partis d'opposition, le ministre a répété à plusieurs reprises que l'avion était parfaitement conforme aux souhaits du ministère de la Défense.

Des réponses courtes et tranchées qui n'ont pas rassuré les partis d'opposition. Selon le chef du Bloc, Gilles Duceppe, le gouvernement doit mettre en place un véritable appel d'offres et non pas une demande d'expression d'intérêt et de qualification (DEIQ). Cette procédure permet d'éliminer la concurrence lors de l'appel d'offres, puisque les critères de la DEIQ sont élaborés en fonction d'un appareil bien précis. Dans ce cas-ci, l'armée canadienne a moulé ses critères sur le C-130J afin qu'il soit le seul à se qualifier.

«C'est un peu inexplicable, le fait que l'on nous dise que le coût unitaire, c'est 85 millions. À cela on doit ajouter 103 millions. Je ne peux pas comprendre ça, de un. De deux, il y a des rapports du Pentagone qui précisent qu'il y a de sérieux problèmes avec cet avion. Or j'imagine que ce n'est pas la couleur des ailes qu'il a comme problème. Moi, je pense que ç'aurait pris véritablement un processus bien plus transparent», a soutenu Gilles Duceppe.

La députée du NPD Dawn Black estime quant à elle que le gouvernement doit demander plus de garanties à Lockheed Martin. «On a déjà eu des expériences au Canada où on a acheté des équipements défectueux qui ont été de vrais citrons, comme les sous-marins Victoria il y a quelques années. Il ne faut pas que ça se reproduise. Il y a beaucoup de questions en suspens et sur plusieurs aspects de cet achat militaire. Les contribuables ont raison de ne pas avoir confiance.»
 
2 commentaires
  • martin grenier - Inscrit 13 décembre 2006 08 h 16

    Les avions

    Que les partis d'opposition fassent tomber le gouvernement pour l'achat de ces avions.

  • Alain Girard - Abonné 13 décembre 2006 19 h 30

    Il faut mettre fin à toute cette stupidité

    Il ne fait aucun doute dans mon esprit, que les gens qui nous gouvernent, devraient prendre cet argent et l'investir dans la vrai guerre,celle contre les changements climatiques.