Afghanistan - Le Canada ne prendra pas la tête des forces de l'OTAN

Gordon O’Connor, ministre canadien de la Défense
Photo: Agence Reuters Gordon O’Connor, ministre canadien de la Défense

Le Canada ne dirigera pas les troupes de l'OTAN en Afghanistan en 2008 comme il le souhaitait, puisque les pays de l'organisation ont choisi de modifier les périodes de commandement, ce qui repousse à 2009 une éventuelle direction canadienne. Or, Ottawa a déjà dit non à ses alliés, puisque l'effort du Canada en Afghanistan après février 2009 est bien incertain, comme le ministre de la Défense l'a confirmé au Devoir.

Ottawa — Le 15 juin dernier, lors d'une conférence de presse à Ottawa en compagnie du secrétaire général de l'OTAN, le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, affirmait que le Canada avait demandé le commandement des troupes de l'OTAN en Afghanistan en 2008. Or, cinq mois plus tard et à quelques jours d'une réunion de tous les pays de l'OTAN à Riga, en Lettonie, les plans ont complètement changé. Le Canada ne sera pas sur les rangs pour diriger les 30 000 soldats de la coalition en Afghanistan.

C'est qu'Ottawa refuse pour l'instant de s'engager dans ce pays au-delà de février 2009. «Le plan a changé, et ça n'a rien à voir avec nous, a affirmé au Devoir Gordon O'Connor. Je m'explique: l'OTAN a choisi d'étendre les périodes de commandement. Chaque pays devra prendre la tête de la coalition pendant six mois de plus. Donc, comme deux autres pays devaient assurer la direction avant nous d'ici 2008, ça repousse notre rôle de commandement en 2009. Mais c'est trop loin pour nous, car on ne veut pas prendre d'engagement pour 2009.»

Une source gouvernementale a expliqué au Devoir que les membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) avaient pris cette décision d'étendre les périodes de commandement «il y a quelques mois déjà», sans toutefois publiciser ce choix. Jusqu'à maintenant, les pays qui prenaient la tête de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) de l'OTAN en Afghanistan devaient assurer le commandement pour une période de 6 mois (parfois 9). Mais dès février 2007, cette période passera à 12 mois. D'après les informations qui circulent au sein de l'OTAN, les États-Unis devraient être le prochain pays à prendre la direction des troupes internationales sur le terrain. Présentement, c'est la Grande-Bretagne qui tient les rênes de la FIAS.

Le Canada a déjà dirigé les troupes de l'OTAN en Afghanistan, mais c'était en 2004, lorsque la mission était plus petite. Depuis, l'OTAN est chargée de la sécurité de tout le pays et non plus seulement de la région de la capitale, Kaboul.

Selon Marc-André Boivin, coordonnateur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié à l'Université de Montréal, Ottawa perd une occasion «prestigieuse et influente». «Ce n'est pas dramatique de ne plus assumer la direction en 2008. L'impact est faible. C'est surtout sur la réputation du Canada que ça fait une différence, car diriger une grosse mission de l'OTAN comme en Afghanistan, ça augmente notre influence et notre prestige au sein de l'organisation. C'est toujours un atout de diriger», dit-il.

Une armée en Afghanistan ou à Vancouver 2010?

Hier, à la Chambre des communes, le ministre O'Connor a toutefois dû répondre à des questions sur la capacité de déploiement limitée des forces canadiennes. Hier, Le Devoir révélait qu'une note interne remise au ministre par les hauts fonctionnaires du ministère de la Défense prévenait le ministre de l'incapacité de protéger les Jeux olympiques de Vancouver 2010 tout en maintenant un nombre important de troupe à l'étranger.

À une question du NPD, le ministre a répété les affirmations qu'il a faites au Devoir, soutenant que la demande militaire n'avait pas encore été définie et qu'il était impossible de dire ce qu'il serait possible de faire au-delà de 2009. Gordon O'Connor a toutefois confirmé que les stratèges militaires étaient déjà à pied d'oeuvre dans ce dossier.

Au Devoir, le ministre a toutefois soutenu qu'il espérait qu'un recrutement intensif permettrait d'avoir plus de soldats disponibles en 2010, ce qui augmenterait la marge de manoeuvre du gouvernement. «Je pense qu'on aura la capacité d'assurer la sécurité des jeux de Vancouver», a-t-il dit. Les conservateurs veulent recruter 13 000 nouveaux militaires. Or, rien n'est moins sûr, puisque le recrutement connaît des ratés depuis de nombreuses années.

La situation actuelle est si difficile que le ministère de la Défense tente par tous les moyens de dénicher des nouveaux soldats pour la mission en Afghanistan tellement l'armée est à bout de souffle. À Ottawa, on veut éviter aux soldats un deuxième séjour dans ce pays.

Pour ce faire, deux options sont sur la table: allonger chaque rotation de soldat, ce qui ferait en sorte de les faire passer trois mois de plus en sol afghan (neuf mois plutôt que six). Ou alors utiliser des soldats de différents corps militaires (marine et force de l'air) dans les forces terrestres. Une pratique controversée et inhabituelle. «On ne parle pas de les envoyer sur la ligne de front, mais plutôt de les utiliser comme cuisinier ou chauffeur de camion, soit des postes autres que le combat direct», explique une porte-parole militaire, Karin Johnstone, qui reconnaît toutefois que ces militaires seront tout de même en terrain hostile, ce qui pourrait représenter un risque important. Des scénarios qui montrent à quel point l'armée est à la limite de ses capacités actuellement.