Congrès au leadership du Parti libéral du Canada - Des libéraux veulent aider Terre-Neuve à sortir de sa dépendance à l'égard du Québec

Le Québec générera son lot de débats au congrès libéral la semaine prochaine à Montréal. Non seulement discutera-t-on de son caractère national, mais aussi de son attitude économique envers ses voisins.

Ottawa — Terre-Neuve se tourne vers le Parti libéral du Canada pour régler ses différends avec le Québec sur le développement de son potentiel hydro-électrique. Les militants de la province demanderont qu'un futur gouvernement fédéral libéral aide la province insulaire à tirer profit de ses ressources, notamment en construisant un réseau de distribution d'électricité pancanadien qui la sortirait de sa dépendance québécoise.

Le clin d'oeil est comique. C'est en plein coeur de la métropole québécoise, lors du congrès à la direction du PLC, que les militants terre-neuviens tenteront de convaincre les quelque 5000 délégués de promouvoir le développement du Labrador sans l'aide du Québec. Deux résolutions à ce sujet ont été soumises au débat.

La première, parrainée par les deux provinces insulaires que sont Terre-Neuve et l'Île-du-Prince-Édouard, réclame ni plus ni moins au prochain gouvernement fédéral libéral de soutenir la création «d'un réseau électrique national» qui permettrait la distribution de l'électricité d'est en ouest du pays. Cet ambitieux projet n'est pas chiffré.

L'autre résolution provient uniquement de l'aile terre-neuvienne et demande qu'un éventuel gouvernement fédéral libéral «collabore avec les provinces concernées pour maximiser l'exploitation du potentiel hydroélectrique du Labrador et assurer à la province de Terre-Neuve-Labrador sa juste part des revenus générés par tous les projets». Cette résolution part de la prémisse que la province «ne retire pas tous les avantages» de son potentiel hydro-électrique et qu'il en va de «l'intérêt national» que le pays accroisse sa production d'électricité.

Le Québec et Terre-Neuve se font la guerre depuis des années à propos du développement hydroélectrique du Labrador. Sa géographie oblige Terre-Neuve à négocier avec le Québec tout projet d'exportation d'électricité en dehors de ses frontières. Or, Terre-Neuve estime s'être fait berner dans les années 1970 avec le contrat de Churchill Falls, fixant jusqu'en 2041 le prix — dérisoire — de l'électricité qu'elle vend au Québec. Le Québec la revend à fort prix sur les marchés étrangers, engrangeant les profits.

Les pourparlers pour le développement futur du Bas-Churchill sont donc houleuses. Le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, a même menacé de construire des lignes de transports sous-marines si Hydro-Québec ne laisse pas à sa province la maîtrise d'oeuvre entière du projet. Il a aussi créé la controverse en déclarant qu'il fallait réduire la dépendance envers la province «compte tenu de la volatilité de la scène politique au Québec».

Des résolutions nationales

Par ailleurs, les 135 résolutions qui seront débattues la semaine prochaine par les militants libéraux trahissent leur goût des grandes initiatives pancanadiennes. Ainsi, les militants proposent de créer un programme d'aide juridique pour tout le pays. Ils proposent aussi la création d'un système de garde après l'école pour les enfants de plus de six ans.

Les libéraux seront aussi appelés à se prononcer sur les sujets devenus des incontournables de tout bon congrès politique. Ainsi, les jeunes libéraux réclament la légalisation de la marijuana (et non pas seulement la décriminalisation proposée par l'ex-gouvernement libéral). Une autre résolution vise à décriminaliser le sexe anal entre personnes de moins de 18 ans. La commission des femmes réclame l'interdiction de toutes les armes semi-automatiques et automatiques à des fins personnelles.

La fameuse résolution reconnaissant l'existence d'une nation québécoise, quant à elle, reste inchangée et sera débattue mercredi. Les discussions entre les candidats au leadership pour en réduire le potentiel explosif n'ont pas encore abouti. «Je pense que, d'ici à la convention, nous trouverons une solution», s'est contenté de dire le chef intérimaire, Bill Graham.