Mise à jour économique du ministre fédéral des Finances - Un surplus de quatre milliards

John Manley
Photo: Agence Reuters John Manley

Ottawa - Le ministre des Finances, John Manley, ne nie pas l'existence de surplus, mais ses prévisions sont trop modestes aux yeux de l'opposition, qui l'accuse de camouflage.

Une croissance plus vigoureuse que prévu, des dépenses sous contrôle, des revenus destinés à augmenter. Tous les ingrédients sont réunis pour assurer une bonne santé financière au gouvernement fédéral. Malgré cela, le nouveau ministre des Finances, John Manley, prévoit pour cette année un maigre surplus de quatre milliards de dollars seulement, dont trois serviront à sa réserve pour éventualités et peut-être au remboursement de la dette.

La crédibilité de la mise à jour économique présentée hier à Halifax par M. Manley a aussitôt été mise en doute par les partis d'opposition. Ceux-ci l'accusent de faire comme son prédécesseur, Paul Martin, et de camoufler les futurs surplus d'Ottawa. «On doit prendre cet énoncé avec un grain de sel», a résumé le chef allianciste Stephen Harper.

Le Canada a affiché une croissance de plus de 5 % au cours du premier semestre 2002. Le rythme a quelque peu fléchi, mais la croissance devrait être de 3,4 % pour l'année en cours et de 3,5 % en 2003, une performance supérieure à celle prévue dans le dernier budget et la meilleure de tous les pays du G7. À moyen terme, on parle d'une croissance annuelle moyenne de 3 %.

Le ministre Manley, qui se prend à rêver du Canada comme d'un «tigre du Nord», refuse pourtant de se montrer trop optimiste. Peu importe le surplus de 8,9 milliards dégagé en 2001-02, il ne prévoit plus qu'un surplus de un milliard pour l'année en cours (2002-03) et de 3,1 milliards pour l'année suivante. Pour les années suivantes, il avance les chiffres de 3,5 milliards (2004-05), 6,8 milliards (2005-06), 10,5 milliards (2006-07) et 14,6 milliards (2007-08).

Pour y arriver, M. Manley retranche toutefois une réserve pour éventualités de trois milliards qui, si elle n'est pas utilisée, servira à rembourser la dette de 536,5 milliards. Il soustrait aussi une «mesure de prudence économique» sans cesse croissante. D'à peine un milliard en 2003-04, celle-ci atteint quatre milliards en 2007-08. Ne serait-ce de ces astuces, ce sont des surplus allant de 7,1 milliards à 21,6 milliards qu'il devrait prévoir.

John Manley, qui dit s'en tenir aux prévisions du secteur privé, attribue la taille modeste de ses surplus à deux facteurs: «l'effet soutenu du ralentissement économique de l'an dernier sur les recettes fiscales» et «l'incidence des initiatives déjà annoncées, plus particulièrement le plan quinquennal de réduction des impôts de 100 milliards de dollars et l'accord sur les soins de santé de 23,4 milliards», a-t-il dit.

Et comme si cela ne suffisait pas à refroidir les attentes, le ministre multiplie les appels à la prudence, rappelant l'incertitude qui prévaut sur la scène internationale ainsi que la fragilité de la reprise dans d'autres pays. Il rejette toute hausse de taxes et mise plutôt sur un examen continu des programmes ainsi que sur la réaffectation des ressources existantes pour financer les nouvelles initiatives, qu'il n'identifie pas.

Il n'a fait qu'énumérer les priorités évoquées dans le discours du Trône, soit un «plan à long terme» en santé, la mise en oeuvre du protocole de Kyoto, la hausse de la Prestation nationale pour enfant, l'investissement dans les infrastructures et l'amélioration de la productivité. Il faudra attendre la conférence des premiers ministres sur la santé, prévue pour janvier, et le dépôt du budget, en février, pour en savoir plus.

Le porte-parole bloquiste Pierre Paquette a rappelé que depuis 1997, son parti a presque toujours visé juste en matière de surplus alors que le gouvernement s'est sans cesse trompé. Selon lui, ce sera encore le cas cette année car il estime que le surplus atteindra environ dix milliards.

«Le ministre ne prévoit aucune hausse des recettes. Ça n'a aucun sens avec, entre autres, une croissance de 3,4 %, l'augmentation des taxes sur le tabac et l'entrée en vigueur de celles sur la sécurité aéroportuaire», a-t-il confié en entrevue. À son avis, ce manque de transparence empêche un débat éclairé sur l'usage des surplus et permet au fédéral de nier l'existence du déséquilibre fiscal qui affecte les provinces.

Fait à noter, pendant qu'Ottawa persiste en ce sens, ses documents montrent que les provinces afficheront un déficit global de 300 millions en 2001-02 alors que les administrations publiques canadiennes, prises dans leur ensemble, afficheront, elles, un «excédent de 8,6 milliards». Tout ça parce que le gouvernement fédéral, lui, a réussi à dégager un surplus de 8,9 milliards, soit 7,4 milliards de plus que prévu.