Un présumé espion russe est arrêté à Montréal

Ottawa — Le gouvernement conservateur a signé son premier certificat de sécurité pour autoriser l'arrestation, et à terme l'expulsion, d'un présumé espion russe intercepté mardi à Montréal.

L'homme, dont on ignore pour l'instant le vrai nom et l'âge, prétendait être un citoyen canadien du nom de Paul William Hampel. Certains quotidiens rapportent qu'il a été arrêté à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau alors qu'il s'apprêtait à quitter le pays et qu'il est d'origine russe, mais Ottawa n'a pas voulu confirmer cette information.

«Les renseignements vont suivre plus tard, a indiqué Mélisa Leclerc, porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day. Est-ce qu'il est Russe? Est-ce pour de l'espionnage? Pour du terrorisme? Est-il d'un autre pays? Quel est son âge, sa religion? Tout cela suivra quand la Cour fédérale aura révisé le cas.»

Le certificat a été signé le 9 novembre dernier par M. Day et son collègue à Citoyenneté et Immigration, Monte Solberg. L'arrestation a eu lieu mardi soir vers 18h. C'est le premier certificat de sécurité que signent les troupes conservatrices et le 28e émis au Canada depuis 1991, année à partir de laquelle le gouvernement a commencé à compiler des données. En vertu de la loi, un juge de la Cour fédérale doit statuer sur le «caractère raisonnable» du certificat dans les sept jours suivant son utilisation.

Le certificat de sécurité permet aux autorités canadiennes d'incarcérer jusqu'à son renvoi un non-Canadien se trouvant sur son territoire qui pose un risque pour la sécurité. L'avantage du certificat réside en son seuil de preuve, beaucoup moins élevé que celui nécessaire dans des poursuites en bonne et due forme.

«Probablement que les preuves accumulées ne sont pas suffisantes pour intenter une action criminelle, mais elles sont suffisantes pour enclencher une expulsion», croit Michel Junot-Katsuya, un ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) recyclé en spécialiste des questions sécuritaires et d'espionnage. L'autre avantage du certificat est que tout le processus se déroule à huis clos.

Le certificat déposé en Cour fédérale mardi nous apprend que l'individu est un «ressortissant étranger» sans préciser le pays. Trois raisons sont évoquées pour l'interdire de territoire:

- il est l'auteur d'actes d'espionnage ou se livre à la subversion contre toute institution démocratique;

- il est membre d'une organisation qui s'adonne à l'espionnage, au terrorisme ou encore qui est l'instigatrice «d'actes visant au renversement d'un gouvernement par la force»;

- il représente «un danger pour la sécurité du Canada».

Coup d'éclat

Si l'interception d'un présumé espion frappe l'imaginaire, elle n'en constitue pas moins, aux yeux des experts interrogés hier, une quasi-banalité. «Est-ce embarrassant pour les Russes? Non, c'est normal dans le contexte», croit Wesley Wark, professeur à l'Université de Toronto et président sortant de l'Association canadienne d'étude des questions de sécurité et de renseignement. «Peut-être que, pour le président russe, Vladimir Poutine, c'est un peu gênant qu'un des siens ait été attrapé, lui qui est un ancien agent du KGB, mais cela fait partie de l'ordre des choses dans ce domaine. Ce qui serait très embarrassant, c'est si on découvrait des liens entre cet agent et des responsables diplomatiques russes basés au Canada. Là, nous entrerions dans un contre-temps diplomatique.»

L'ambassade russe à Ottawa n'a pas rappelé Le Devoir hier.

MM. Wark et Junot-Katsuya estiment que le Canada est un lieu privilégié d'espionnage, en partie parce qu'il détient des secrets importants et en partie parce qu'il sait mal les protéger...

«On vient ici nous voler beaucoup de secrets parce que le Canada est très mal équipé en matière de lois, voire d'enquêteurs», croit M. Junot-Katsuya. L'espionnage industriel et commercial est très populaire, mais aussi l'espionnage politique et militaires.

En outre, croit M. Junot-Katsuya, l'intégration des agents doubles est facilitée par l'ouverture des Canadiens, qui accueillent facilement dans leur cercle social de nouveaux arrivants.

Le certificat de sécurité doit être revu mercredi par la Cour fédérale, à Montréal.